‹ La Vie Des ImagesChapitre 116 sur 155 · ECOHRMES DE LA CROYANCE · texte numérisé non relu

ECOHRMES DE LA CROYANCE

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Fig. 341 à 343. — ICONOGRAPHIE ET HAGIOGRAPHIE BRETONNES. Saint ÉLor (à GouEzENEC) cloue un fer à cheval; SAINT IstDORE (à SrivaL,

Morbihan) tient la faucille et le hoyau ; SAINT FiACRE (à PoNTiIvY) s'arrête un instant de bêcher son jardin. À leur type, à leur costume, ilest aisé de reconnaître

combien ces saints bretons sont de date récente. Le saint Éloi n'a-t-il pas pris naissance, à litre d'enseigne, sur quelque porte de forgeron? Le travail de la plas-

tique sur la croyance doit être étudié en Bretagne, parce que là il est aussi actif encore qu’il put être en Champagne au XV® siècle, ou bien en Languedoc en $ période romane.

scène, l'apparition des ombres, leur aspect, le site, ce sont maintenant des attitudes et un décor que l’on nous décrit et les personnages s'arrêtent d'agir et de parler, comme des figures de tableaux vivants. Nous commençons à les voir en même temps que nous cessons de les entendre.

« Et voici que j'aperçus Minos, son sceptre d’or en main, siégeant pour juger les morts, et ceux-ci attendaient les sentences, assis ou debout auprès de la demeure d'Hadès aux vastes portes. » Ce palais d'Hadès, nous le connaissons par des peintures de vases : c’est le péristyle d'un petit temple ; encadré par les colonnes et le fronton, le dieu apparaît assis sur son trône. Comme dans la description de Pausanias d’après Polygnote, comme dans les peintures de vases imitées des grandes peintures, les figures se présentent les unes auprès des autres, isolées dans leur activité particulière, ignorantes des figures voisines. Le poète les énumère comme ferait un rédacteur de catalogue. Après Minos, c'est Orion, le géant chasseur, qui continue à chasser éternellement dans les champs d’asphodèles ; puis c'est Titye, couvrant la terre de son corps immense, tandis que deux vautours lui rongent le foie ;

Tantale, entouré d'eau et de fruits qu'il ne peut atteindre ; Sisyphe, soulevant à bout de brasson rocher qui, arrivé au sommet du mont, roulera dans la plaine ; Hercule enfin, qui était allé aux enfers pour y enlever le Cerbère aux trois têtes. a

Tout ce développement fut rédigé par un poète qui avait sous les yeux ou dans sa mémoireles peintures dePolygnote ou d’un peintre antérieur ; ces thèmes ont traversé l’art grec sans subir de graves transformations, sibien qu'on reconnaît dans les images de basse époque les modèles plus anciens où la poésie homérique a pris sa source. Mais, si les images ont peu varié, les croyances se sont modifiées, et surtout elles ont dû se conformer aux exigences de la logique et de la morale. Ces images sont à l'origine d’une certaine conception des enfers, et bien des mythes ont coulé des commentaires suggérés par les peintures. Qu’y a-t-il donc à l’origine de ces tableaux? Rien de plus qu’une figuration des plus illustres morts que l’on a représentés dans leurs occupations habituelles pour les faire reconnaître. Quand les préoccupations morales. se

êlèrent à l’idée de mort et que l’on pensa à opposer le châtiment des méchants à la récompense des bons, les

attitudes de ces morts illustres reçurent des interprétations adaptées à leur légende. Minos, roi illustre, avait été peint avec les attributs de la royauté, le trône et le sceptre: 1l apparut comme le juge des enfers et il conserva son siège de juge quand Hadès lui prit le trône monarchique. Orion, grand chasseur, continua de chasser, sans que la légende semble s'être beaucoup intéressée à lui et avoir tiré de sa vie un illustre exemple de crime et de châtiment. Mais Titye subit la pire destortures ; les anciens, qui confondaient son supplice avec celui de Prométhée, soupçonnaient déjà que ce vautour rongeur pouvait bien n'avoir été, à l'origine,

Fig. 344. — SÉPULCRE BRETON. Cette DESCENTE DE CROIX bretonne, à

la chapelle Saint-Nicolas, AU FAOUET, montre les prédilections de la dévotion

bretonne. Ce n’est plus Joseph d'Arimathie qui intervient dans la lamentation

sur le cadavre de Jésus, mais Nicodème, le patron des forgerons, avec ses tenailles et ses clous.

qu'un oiseau symbolique, un aigle héraldique ; on avait connu, en effet, un illustre roi scythe dont le royaume était traversé par un fleuve appelé Aétos, c'est-à-dire aigle. Et, quand on eut découvert que cet oiseau rongeait le roi, il ne restait plus qu'à découvrir le crime qui justifiait pareil châtiment, ce qui n’est jamais bien difficile. Pour Tantale, le richissime roi de l'Asie, son faste se retourna contre lui : il devint l’image du dénuement au sein de l'abondance, et l'on trouva dans sa vie de quoi justifier ce retour de fortune. De Sisyphe quele peintre avait montré, dans sa

tentative pour escalader l'Olympe, entassant des rochers, l'effort apparut comme le signe même de la lutte sans fin et de la lassitude désespérée. Quant à Héraclès, sa légende était trop riche pour être fixée à tout jamais par une image peinte ; sa destinée n'a pas été arrêtée par son séjour aux enfers, et déjà, dans le texte homérique, un interpolateur a pris soin de nous avertir qu'une ombre seulement le représente chez Hadès, mais qu'en réalité, le héros vit sur l'Olympe parmi les immortels.

Un personnage de Plaute, dans les captifs, dit qu'il a vu la représentation des supplices de l'enfer : « Vidi ego multa sæpe picta que Acherontis fierent cruciamenta. » Comme tous ses semblables de la comédie latine, ce personnage ne fait que traduire des propos tenus par un personnage grec. Ce dernier avait visité Delphes.

Comme toutes ces histoires se ressentent du lieu où elles sont nées, devant des images ! On croit entendre le custode donnant des explications aux pélerins de Delphes ; on assiste à la formation des croyances en écoutant l’interprétation des peintures. C’est le même travail de pensée qui, au moyen âge, dans les figures des saints, transformera en instrument de torture un accessoire fortuit ou symbolique, ou un inoffensif outil, quand le martyre apparut comme un complément indispensable à la sainteté. Mais le supplice des saints est une péripétie dans leur vie, la dernière, tandis que, dans les enfers, le supplice est un état permanent, éternel. La fixité des images aidait d’ailleurs à concevoir cette pensée d’éternité, et la croyance trouva les corrections utiles pour expliquer la durée sans fin des supplices infernaux ; le vautour dévore un foie qui renaît sans cesse ; les Danaïdes veulent remplir un tonneau sans fond ; Tantale ne se lasse pas de tendre la main vers des fruits qu'il n'atteint jamais ; Sisyphe hisse un rocher qui retombe toujours. Combien ne trouverait-on pas dans l’histoire d’autres croyances qui ne sont qu'interprétations ingénieuses ou naïves d'images que l'on voit représenter une action qui ne s'achève pas, un effort qui n'aboutit jamais?

Avant de quitter l'Odyssée, retenons deux autres épisodes de cette Nekuia, parce qu'ils se rattachent à des légendes connues et qu'ils évoquent des œuvres d'art illustres : l’histoire d'Ariane et celle d’Antiope. Dans le défilé des illustres princesses qui vivent aux Enfers, nous avons vu passer Ariane, cette fille de Minos qui aida Thésée à sortir du Labyrinthe et qui revint avec lui de Créte. L'Odyssée nous dit ici que Thésée conduisait la princesse vers Athènes lorsqu'Artémis la fit mourir dans

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