ST SE PILES
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Fig. 346 et 347. — LE PATRON DES BONS JUGES (statues d'Uvillac et de Pleyben). SAINT Yves, en Bretagne, ne se contente pas de patronner les
justiciables. Ce fut une belle idée de sanctifier ainsi le bon juge. Ces images sont bien plus rassurantes que les tristes vers de La Fontaine: «Suivant que vous serez
puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir». Le saint Yves breton, juge ecclésiastique, reste digne et impartial entre le seigneur et le manant; et même l'attitude franche du manant semble attirer sa sympathie.
SN Se à LU
JNNILE
Fig. 348 et 349, — SAINTE MARTHE. Comme sainte Marguerite, SAINTE
MARTHE a dompté un monstre; c'est en l'aspergeant d'eau bénite qu’elle l’a
maîtrisé. Mais, quand elle devint la patronne des servantes, son vase d'eau
bénite apparut comme un ustensile de ménage. Le monstre était d'ailleurs moins essentiel que dans l'histoire de sainte Marguerite.
Il est raisonnable de reconnaître dans ce Dieu debout, immobile, un accusateur, etdansla figure étendue d'Ariane le corps d'une morte. Mais cette histoire d'une accusation de la princesse par le Dieu est restée obscure ; les scholiastes d'Homère ne savaient déjà plus guère les griefs de Dionysos. Cependant, la beauté de cette nudité féminine, la présence de ce jeune Dieu qui semble la contempler avec complaisance ont fatalement donné au mythe un autre dénouement. Dionysos devient un amoureux ; Ariane n’est qu'endormie et le cortège des bacchants développe ses conséquences logiques. Ce n’est plus à un supplice, c’est à de nouvelles amours, à de nouvelles noces que cette image nous convie. Et Thésée, à qui les dieux avaient repris la princesse pour la faire mourir, n’est plus qu'un amoureux volage ; la voile du navire que l’on voit filer sur les flots bleus n’emporte plus l'amour désespéré, mais l'ingratitude et l’infidélité. Dénouement bien inattendu pour qui suit la logique sentimentale, mais parfaitement explicable si l’on se laisse conduire par la logique particulière des images ; une belle endormie, un jeune
dieu, un cortège de bacchants ont suggéré les pensées
L'ANPE DES APIMAGES
impliquées dans un spectacle de jeunesse et de beauté ; la peinture a bouleversé la poésie ; l'image a créé un nouveau mythe.
Comment s'étonner que les arts plastiques aient tant contribué aux floraisons de fables, si l’on voit encore aujourd’hui, en un temps de mythologie ralentie, les chefsd'œuvre de la peinture et de la sculpture continuer à alimenter l'imagination mythologique? Le visiteur du Louvre, en entrant au Salon Carré, salue d’abord l’Antiope, de Corrège. Il contemple longuement cette chair lumineuse, l'attitude un peu contournée de la belle endormie, l’ombre chaude où il croit entendre le souffle du satyre, et il reçoit une première impression de cette peinture amoureuse. Il fait quelques pas, et le voici devant un Titien, encore une Antiope. Cette fois, la nudité est allongée plus simplement dans un vaste paysage de montagnes et de grands arbres ; des chasseurs et leurs fanfares ne parviennent pas à réveiller cette beauté qu'attaque sournoisement un satyre. Un peu plus tard, dans une autre salle, un petit Watteau nous montre encore l’idylle hardie de Corrège et de Titien, et désormais notre opinion est faite sur le mythe d'Antiope. Antiope est une des nombreuses mortelles qui obtinrentles faveurs du roi des dieux, mais ces faveurs lui furent accordées à son insu, et sans doute contre sa volonté, pendant son sommeil. Cependant, si sa curiosité une fois éveillée, le visiteur cherche à la satisfaire en consultant les littératures grecque et romaine, il apprend que ce mythe est l’un des plus obscurs qui nous soient parvenus de l'antiquité. Il ne nous a pas été, comme tant d’autres, raconté tout au long par les poètes. Une tragédie d'Euripide portait le nom d’Antiope, mais elle est perdue, et les philologues modernes auraient bien du mal à mettre d'accord les quelques allusions queles poètes anciens font aux démêlés de cette princesse thébaine avec l'Olympe. Voici l'essentiel de son histoire. Antiope, séduite par Zeus, s'était enfuie auprès d'Epopeus, qui l’épousa. Ramenée par son frère Lykos, elle donna naissance à deux jumeaux qu'elle abandonna. Confiée à la surveillance de Dircé, elle réussit à s'échapper et se réfugia surlemont Cythéron, où Dircé allait la faire attacher aux cornes d’un taureau par ses fils qui ne la connaissaient pas ; mais le mystère de leur naissance s’éclaira, et c'est Dircé qui subit le supplice destiné à Antiope. Telle était l'aventure à laquelle fait allusion l'Odyssée et que développait la tragédie perdue d’Euripide ; tel est le dénouement représenté par la statuaire antique dans le groupe fameux du Musée de
ÉORMMESMNDE L'ACCROYANCE
Naples, connu sous le nom du Taureau Farnèse ; on y voit les deux fils d'Antiope, qui, pour venger leur mère, attachent Dircé aux cornes d’un taureau. Évidemment, l'histoire de cette Thébaine évoquait chez les anciens des souvenirs tragiques plutôt que des images galantes. Il est d’ailleurs plus que probable que Corrège et aussi Titien et Watteau ont ignoré toutes ces circonstances.
Mais Corrège a peut-être connu l’histoire d'Antiope par les Métamorphoses d'Ovide. Dans le sixième livre de son poème, Ovide, sous prétexte de décrire la broderie d'Arachné, énumère les innombrables amours de Jupiter ; et la souplesse de sa versification, comme l’art ingénieux de la brodeuse, suit avec esprit, dans ses inlassables métamorphoses, le plus volage des amoureux et le plus obstiné. Et nous voyons défiler le taureau d'Europe, l'aigle d’Astérie, le satyre d'Antiope, l'Amphitryon d'Alcmène, la pluie d'or de Danaé, le feu de la nymphe Egine, le serpent de Deolis, le pâtre de Mnémosyne. Après quoi, Arachné et Ovide passent aux amours de Neptune, qui ne fut jamais qu'un pâle imitateur de son frère céleste, un reflet de l'Olympe dans la mer. Il n’était pas inutile de rappeler l'énumération d'Ovide pour remarquer que Corrège l’a sans doute ignorée. Parmi les amours de Jupiter qu'il a mises en peinture, il nous a en effet montré Léda, lo, Ganymède, qui ne se trouvent pas dans les listes des Métamorphoses et, réciproquement, sur les huit épisodes rappelés par Ovide, il en est au moins six, et probablement sept, qui ne figurent pas dans l’œuvre du peintre. Corrège, semble-t-il, ne connaissait pas plus le traité d'Ovide que la tragédie d'Euripide.
À qui donc a-t-il emprunté le thème de ses peintures sur les amours de Jupiter, sa Léda, sa Danaé ? Au Songe de Poliphile. Depuis le commencement du xvif siècle, ce livre était le bréviaire archéologique des peintres de Venise et de l'Italie septentrionale. On y assiste au triomphe, en quatre images, des principales amours de Jupiter : Europe, Danaé, Léda et Semélé. Sur un char se tiennent les héroïnes de chaque aventure: sur ses parois sont figurés les épisodes de ces romans merveilleux. Un Italien de peu de culture, comme Corrège, n'avait pas besoin d'autre document que ces gravures ; elles étaient pour lui plus faciles à lire que les vers d'Ovide. Il semble vraisemblable de reconnaître dans le livre de Poliphile l'origine des deux tableaux de Corrège, la Danaé et la Léda.
Mais l’Antiope? L'Antiope aussi vient du songe de Poliphile ; elle en reproduit une gravure, et cette gravure ne touche nullement à l'aventure de la princesse thébaine ;
c'est tout simplement une image de Vénus endormie. Parmi les images qui passent sous nos yeux durant ce songe interminable, on croit reconnaître parfois quelque souvenir de bas-relief antique. L'une de ces illustrations montre une femme endormie et, placé derrière elle, un satyre incline les branches d’un arbre et y accroche une draperie pour donner un abri à la belle dormeuse. Audessous se lit une inscription grecque : Pantôn tokadi, c'est-à-dire, à la mère de toutes choses. Cette mère de toutes choses n’est autre que Venus genitrix. Le tableau de Corrège que nous appelons l'Antiope est visiblement inspiré par la gravure du Songe de Poliphile. Corrège a fait disparaître quelques faunillons qui accompagnaient le bon satyre ; en revanche, il a fait intervenir l'amour et son arsenal : le carquois rempli de flèches, l'arc que tient sa mère, et enfin le flambeau jamais éteint. C’est donc bien Vénus qu'il nous faut reconnaître. Quant au satyre, quelle raison avons-nous de soupçonner en lui un Jupiter travesti? Quand on commença de commettre cette erreur, au XVII siècle, des critiques faisaient judicieusement observer que, si Corrège avait voulu représenter Antiope et Jupiter, il n'aurait pas tellement métamorphosé le roi
des dieux qu'il ne nous parût encore reconnaissable à
: Fig. 350. — BACCHUS ET ARIANE. Cette peinture célèbre de POMPÉI
au MUSÉE DE NAPLES représente L'ARRIVÉE DE BACCHUS devant Ariane endormie. Ces compositions de la peinture antique révèlent une certaine raideur plastique qui les rattache aux types de la sculpture et les rend peu aptes à l'expression dramatique. Cette rencontre d'une figure debout et d'une figure couchée est constante dans la peinture et les bas-reliefs : et cela peut être Bacchus et Ariane, Diane et Endymion, un Satyre et Vénus, etc. Quelques thèmes plastiques suffisent à un grand nombre de situations mythologiques. Le commentaire peut incliner le sens des images vers des mythes variés.
200 EX VIPEPDIESE PATAGIES
quelque signe ou accessoire, son aigle par exemple. C’est, et de charmantes vignettes, composées et gravées par en effet, une règle du jeu mythologique — comme de l’art deux de ses meilleurs élèves, Fr. Chauveau et Séb. Le chrétien — que les personnages y soient, autant que pos- Clerc. Ces petites compositions dessinées et gravées avec sible, désignés par des signes certains. Et l’on comprend élégance forment un répertoire mythologique à l’usage que ces signes deviennent encore plus indispensables des peintres et, comme les métamorphoses galantes abonquand les dieux se mettent à user de métamorphoses. dent dans le livre d'Ovide, les jolies gravures annoncent Ils auraient même pu ajouter que le déguisement de bien souvent l’art du xvIrif siècle, Dans l’énumération des Jupiter est une précaution inutile, puisque le dieu s'attaque métamorphoses amoureuses de Jupiter, on en vint donc à une personne endormie. Comment donc le tableau qui aux deux vers d'Ovide qui lui sont consacrés :
ne représentait au XVII® siècle qu'une Vénus dormant et
un satyre a-t-il, au siècle suivant, changé peu à peu de … ut Satyri celatus imagine pulchram titre et de sujet pour devenir Jupiter et Antiope ? Jupiter implerit gemino Nycteida fœtu. En 1676, le poète Benserade, qui avait eu le courage de mettre en rondeaux les Métamorphoses d'Ovide, publia Cette fille de Nyctéis qui conçut des enfants d'un
un beau livre, orné d’un frontispice de Charles Le Brun Jupiter déguisé en‘lsatyre, c'est Antiope, la princesse
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Fig. 351. — POUSSIN ET L’ANTIQUE. Poussin sentait fortement la beauté plastique des thèmes de l'art antique. Mais il était en même temps psychologue
et narrateur, et il cherchait toujours l'expression de la pensée par les attitudes et les physionomies. Les belles et sereines statues de marbre s'animent dans ce
beau dessin de l'ÉcoLE DES BEAUX-ARTS DE PARIS ; BACCHUS contemple l'héroïne, et son geste traduit l'admiration et le respect ; ARIANE cependant s'éveille,
et ce geste du bras levé, qui dans l'art antique est d’une figure qui dort, semble ici écarter les voiles du sommeil; les songes s'enfuient et les yeux qui s'ouvrent s'étonnent de cette divine apparition. L'analyse de Poussin découvre la vie morale dans la plastique grecque.
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