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Fig. 352. — THÉSÉE/ET,ARIADNE. L'HISTOIRE D'ARIADNE dans l'art antique a pour point de départ une figure endormie. Dans ce marbre, trouvé dans la villa d'Hadrien à Tivout, il faut reconnaître Thésée qui fuit, tandis qu'une divinité descend du ciel. Dans la niche de gauche, un Bacchus gracieux. C'est de figures de ce genre que Poussin s’est inspiré dans ses compositions.
thébaine. Et voici de quelles réflexions bourgeoises Ben-
serade commente l'aventure :
Le plus puissant des Dieux n’avançait rien Par son mérite, et par son entretien
Près d’Antiope, et la Nimphe, à vrai dire, Pleine d'orgueil, des mains de ce beau sire Eût refusé le globe terrien.
Malgré l'éclat d'un rang comme le sien
Il fut traité de simple citoyen :
Que faire donc afin de la réduire?
Il s’avisa de venir en Satire,
Pour estre heureux ce fut là le moyen Le plus puissant.
Ainsi Benserade ne savait pas qu'Antiope était princesse et 1l l'appelle nymphe ; d'autre part, tout son commentaire, de ton goguenard, est pour nous dire que, d’après lui, Antiope ne dormait pas et que Jupiter s'est montré en satyre, pensant que ce travesti servirait ses intérêts. Mais l'illustrateur, Fr. Chauveau, eut l’idée, pour illustrer nos
deux poètes, de s'inspirer du tableau de Corrège que les peintres de l’Académie royale pouvaient alors admirer dans la galerie du Roi. Il lui fallait un satyre galant ; il emprunta celui de Corrège, et d’ailleurs en modifa l'attitude qui devint beaucoup plus agressive, et le fit accompagner de nuées et d'un aigle qui nous obligent à reconnaître le dieu sous son déguisement. Ce fut aussi le tableau de Corrège qui lui donna l'idée de représenter Antiope endormie, attitude parfaitement inattendue, nullement signalée par Ovide, et tout à fait inconciliable avec les commentaires ironiques du rondeau de Benserade. Son Antiope est presque une copie de la Vénus de Corrège, mais le carquois et le flambeau ont disparu, et l'Amour qui, tout à l'heure, sommeillait auprès de sa mère, volette maintenant dans les airs, d’où il projette sur Jupiter des flèches auxquelles le galant chèvre-pied ne paraît que trop sensible.
Et c’est alors que le tableau où l’on avait toujours reconnu une Vénus et un satyre devint le Sommeil d’Antiope. Les métamorphoses d'Ovide-Benserade, avec leurs fines gravures, furent certainement beaucoup consultées
en un temps où l’art du peintre consistait d'abord à savoir
Fig. 353. — DE VÉNUS A ANTIOPE. Dans les Métamorphoses en rondeaux de Benserade, cette vignette de F. CHAUVEAU représente L'AVENTURE D'AN- TIOPE, Le graveur s'est servi du tableau de Corrège qui représentait une tout autre histoire, à la suite de quoi lemythe d'Antiope s'est trouvé amplifié tandis que le tableau de Corrège était débaptisé.
bien illustrer les épisodes de la mythologie. Chauveau avait imité la Vénus de Corrège pour représenter l'aventure d'Antiope ; et, inversement, on prit l'habitude de donner le
LAS PERDIES
IMAGES
nom d’Antiope à la Vénus de Corrège. Et l’on ne prit pas garde que ce jeune satyre n’est certainement pas Jupiter, qu'il est un satyre respectueux qui protège le corps de Vénus contre le soleil ou le froid, et non pas un impudique chèvre-pied qui abuse de l’heureuse rencontre. L'abbé Gougenot, un brave homme du xvili® siècle qui savait regarder un tableau, avait parfaitement remarqué que le satyre de Corrège semblait manquer d’appétit. En effet, Corrège a peint un personnage déférent. Mais la renommée de cette race d'hommes-boucs est si mauvaise, on les a si souvent vus, dans l’art antique ou moderne, en des attitudes répréhensibles, que l’on est toujours prêt à les accuser, même quand ils se montrent, comme ici, bien élevés.
Et quand fut définitivement établi qu'il fallait reconnaître dans le tableau de Corrège l'aventure d’Antiope, le thème continua de « travailler ». D'abord, il remonte la chronologie et absorbe les œuvres antérieures à sa formation. Toute femme endormie que surprend un satyre indiscret devient une Antiope. Ainsi pour le célèbre tableau de Titien au Louvre qui, dans la pensée de son auteur, ne fut jamais qu'une nymphe parmi d’autres nymphes de Diane ; quant au satyre impudique, Titien l’a emprunté SEE
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