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Fig. 372 et 373. — DECAMPS ET FLAUBERT. Ailleurs, ce ne sont pas des rapprochements aussi directs et précis que l'on peut faire entre le peintre et l'écri-
vain. L'influence ne s'en devine pas moins. Ainsi, cette jeunesse merveilleuse de Samson et les phrases magnifiques sur l'enfance d'Annibal où l'on voit l'enfant
luttant avec des aigles. Ainsi, ce Christ au prétoire qui évoque le supplice finalde Matho ; ainsi, le « supplice des crochets», et bien d'autres images de Decamps, intenses, ardentes et cruelles.
témoin qui raconte l'action à laquelle il a été mêlé, pour devenir un peintre, c'est-à-dire un observateur indépendant des choses qu’il nous montre. Il ne peut se tenir de nous dire, au milieu de la bataille, que le soleil fait jaillir des étincelles des épées et, dans le chapitre du « défilé de la hache », lorsque s'achève l'horrible drame, on se rappelle l’image finale: « Alors, un des lions se mit à marcher, découpant avec sa forme monstrueuse une ombre noire sur le ford du ciel pourpre ; quand il fut tout près de l’homme, il le renversa d’un seul coup de patte. Puis, étalé dessus, à plat ventre, du bout de ses crocs, lentement il étirait les entrailles. » I] ne restait alors, Flaubert nous l’a dit, aucun Barbare pour admirer cette magnifique peinture, mais Flaubert l’imagina, et, dans son imagination, nous reconnaissons Decamps, Delacroix et les bronzes de Barye.
Flaubert apporte dans le roman historique l'esthétique, l'optique du peintre. Il montre des tableaux qui valent en eux-mêmes, indépendants des personnages qui y tiennent un rôle, et même lorsqu'il n’y a nul spectateur pour les regarder. Sa peinture lui paraît présenter un intérêt suffisant pour qu'il ne juge pas nécessaire de lui donner un support psychologique.
Après ce prodigieux effort pour voir et montrer un monde disparu, Flaubert rentra dans la réalité contemporaine. Mais’ il avait pris l'habitude des peintures d'imagination. Alors, il fit l'inventaire de sa mémoire et, dans sa retraite de Croisset, il se mit à revivre son adolescence parisienne.
Ainsi fut composée cette étonnante Education sentimentale qui reprend le titre d’un récit écrit vingt ans plus tôt et resté manuscrit. Et la très grande différence qui
sépare les deux œuvres, malgré la même idée première, le titre conservé, montre combien le mode de conception de l'artiste s’est transformé. Maintenant, Flaubert n’est qu’un spectateur impassible ; il raconte avec la sérénité du peintre qui ne songe qu'à l'exactitude. Son livre pourrait s'appeler «Choses vues ». Cette fois encore, sa mémoire lui fournit un riche trésor d'images, les souvenirs de sa vie d'étudiant, ses anciens camarades, admirable tableau du Paris orléaniste entré 1840 et 1850 ; ce récit ingénieux, enchevêtré, dont tous les mots ont une valeur, résume et fait revivre en quelques pages, et en une foule de croquis rapides, une histoire de dix années, la monarchie, la République, l'Empire, l'échec des espérances, la banqueroute des enthousiasmes, la chute du romantisme dans le positivisme. Mais Flaubert ne s’est pas contenté d'évoquer ses souvenirs ; ce qu'il n'avait pas vu lui-même, il l'a cherché dans l’art : il travaillait avec une collection de gravures et de plans ; il raconte et décrit en feuilletant des albums. Les dessins de Gavarni, de Beaumont sont présents à sa pensée ; chaque fois qu'apparaît Rosanette, «la Maréchale », son attitude, son costume sont décrits en quelques mots, et ce croquis est toujours une litho de Gavarni. Les tableaux plus poussés, les descriptions plus analysées montrent une précision qui sent la copie d'après l'image : la soirée à l’Alhambra, l'orchestre, les groupes des danseurs, les courses au Champ de Mars, le retour des voitures par les Champs-Élysées, les scènes au restaurant, le bal costumé chez Rosanette, le duel, une loge au théâtre, la chambre d'étudiant. Tous ces aspects qui nous semblent résumer la vie parisienne sous Louis- Philippe, autant de pages qui ne sont que des dessins transposés en descriptions. On pourrait mettre un croquis