CRAN ARE AD ETS
IMAGES
qu’un simulacre d'exécution. Sans doute ce n’est pas l’art qui inspire sa pensée ; mais c'est par le travail artistique que s’exerce d'abord cette pensée. La plastique est une forme primordiale de la spéculation.
L'art littéraire est de tous le plus compréhensif, mais il est aussi le plus incertain et le plus flottant. Les mots touchent à tout et ne saisissent rien. Au milieu des autres arts, ses frontières restent indécises. Ilestlà un peu comme la philosophie au centre des sciences ; on le croit un foyer rayonnant et il est un centre de convergence. Il touche à la pensée abstraite comme la philosophie, il raconte l’humanité comme l’histoire, il crée des fictions à l’imitation de la nature ; il peint et il chante, il est poésie, musique et peinture, car les mots qui sont la matière première de l'art littéraire, en même temps qu'ils définissent la pensée, peuvent évoquer des images, et, par le timbre des syllabes et le rythme des phrases, ils sont de la musique.
Aussi l’art littéraire reçoit-il des autres arts beaucoup plus qu'il ne leur donne. C’est d'eux d'ailleurs que lui viennent le plus souvent ses conceptions, ses images et même son rythme ; il découvre peu, il résume, il joue avec des notions et des mots qui sont les résidus supérieurs des réalités concrètes traitées par les autres arts ou les idées qui flottent autour des connaissances exactes. Dans l'ordre générique, il apparaît le dernier ; il n'est pas à l'origine, mais au terme de la création esthétique ; il est la fleur suprême des civilisations rafñnées ; en lui jouent des combinaisons imprévues de pensées et de sensations nées de disciplines fort différentes. Dans une même page d’un roman moderne, notre esprit peut à la fois suivre une thèse médicale, contempler un paysage et se bercer à la cadence d’un beau développement. C’est ainsi que la littérature placée de manière à observer tous les jeux de l'esprit humain nous semble parfois inspirer des formes d'art dont elle n’est que la transcription verbale, Il serait en effet bien surprenant que l'invention pût jaillir d’un pur travail de la pensée repliée sur elle-même et cherchant son expression verbale ; l'esprit humain ne se peut renouveler que par sa découverte continue des choses. D'une image à une pensée, le travail est naturel parce qu’une démarche de l'esprit y suffit, mais, de l’idée à l'image réalisée, il y a une création, tout un travail qui suppose une technique savante, la pratique d'un métier difficile.
L'intelligence humaine vit, depuis quatre cents ans, sous le régime de l'imprimerie. C’est peu dans le cours des âges, mais ges siècles sont les siècles de l’histoire. Il n’en faut pas plus pour nous faire croire à la primauté de la