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L'UNIVERS DE L'ART ET CELUI DE LA SCIENCE

COMMENT ON PEUT PARLER DE « LA VIE DES IMAGES » ; ELLES MON- TRENT DANS LEUR DÉVELOPPEMENT UNE SORTE D'INDÉPENDANCE INDIVIDUELLE ET EXERCENT AUTOUR D'ELLES UNE ACTION. — LES ARTS PLASTIQUES RÉPONDENT A UNE UTILITÉ, LA PLUS ÉLEVÉE DE TOUTES ; ILS PORTENT LES CROYANCES ET LES ESPÉRANCES SUPRÊMES DE L'HUMANITÉ. — LA CRÉATION PLASTIQUE EST UNE DES SOURCES DE LA VIE SPIRITUELLE ; LES ARTS NOUS ÉLÈVENT DE LA TECHNIQUE AU SENTIMENT ET A L'IDÉE ; HABITUÉS A DÉDUIRE L'ART DES CIRCON- STANCES DE TEMPS, DE MILIEU ET DE MOMENT, NOUS DEVONS AUSSI RECONNAITRE JUSQU'A QUEL POINT IL CRÉE CE DONT ON LE CROIT LE RÉSULTAT. — CE N'EST PAS SEULEMENT LA BEAUTÉ PLASTIQUE QUI RÉSULTE D'UN MÉTIER MATÉRIEL ; TOUS LES ARTS ET TOUTES LES SCIENCES NE SONT QUE DES TECHNIQUES QUI S'ACHÈVENT EN SPÉCULA- TION. — OPPOSITION DU MONDE CONCRET DE L'ART AU SYSTÈME ABS- TRAIT DE LA SCIENCE ; LEQUEL INTÉRESSE LE PLUS NOTRE VIE MORALE ET SENTIMENTALE. — COMMENT L'ANALYSE SCIENTIFIQUE NOUS RAMÈNE DANS LE DOMAINE MÉCANIQUE, TANDIS QUE LA CRÉATION ARTISTIQUE ÉLÈVE LA MATIÈRE VERS LA VIE ET LA CONSCIENCE. — LA CRÉATION DE LA BEAUTÉ, MIEUX QUE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ, FAIT COMMUNIER LES HOMMES EN UNE MÊME SÉRÉNITÉ. — COMMENT RAPHAEL A CONFESSÉ CETTE RELIGION DE LA BEAUTÉ DANS LES FRESQUES ILLUSTRES DU VATICAN.

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Fig. 392. — ORNEMENTATION SCULPTÉE DE LA RENAISSANCE. Ces rinceaux empruntés à l'antiquité par lu Renaissance ont connu tous les

modes d'expression : le marbre, le bois, la peinture ; ils tiennent leur valeur décorative de ce qu'ils unissent la discipline géométrique à la richesse foisonnante ; :

d'une floraison naturelle.

GAPARITRE -X

RONIVERS DEAR ET. CEEUL: DE, EASCIENCE

L est temps de conclure. Parler de la vie des images [ ce n'est, il est vrai, qu'user d'une métaphore. Mais elle résume et éclaire un grand nombre de remarques et

sa commodité en justifie l'emploi. Cette expression implique, en effet, l’idée d'un être qui naît, grandit, décline et meurt: des éléments s'organisent pour constituer une personnalité indépendante, personnalité qui, dès sa naissance, agit sur son milieu pour assimiler ce qui la sert et rejeter ce qui lui est hostile; puis sa force interne s’affaiblit, s'use, jusqu'au moment où ellene peut plus assurer la cohésion de l'organisme ; alors, l'être se désagrège et ses éléments vont entrer en d’autres associations. L'histoire d'un type de monument — temple grec, église romane, cathédrale gothique, château féodal — se déroule suivant un régime très semblable aux lois qui déterminent l'épanouissement des vivants et leur déclin. Un principe de construction, la rencontre, l'alliance d'une matière et d'un usage pose le problème fondamental qui va ensuite commander tout le développement de cette personnalité architectonique ; les essais se succèdent, apportant leurs solutions jusqu'au jour où le principe se trouve épuisé, soit que la matière n'ait plus de combinaisons à offrir, soit que les besoins à satisfaire aient disparu. Dans le monde de la sculpture et de la peinture, les conditions ne sont guère

différentes ; statues et tableaux ne constituent pas, il est vrai, des êtres tout à fait originaux ; tout ce monde des images ne possède qu'uneexistence dépendante, secondaire; il reçoit sa lumière des réalités qu'il reproduit; :l est un signe, un langage et, à ce titre, semble-t-il, ne devrait avoir d'autre sève que celle qui lui vient de la chose exprimée. Mais nous savons combien :l est difhcile de distinguer dans une œuvre d'art l'acte d’imiter et celui de créer. Assurément, les (arts d'imitation » perdraient toute valeur expressive, toute raison d'être, le jour où ils ne reproduiraient plus les aspects de la nature et de la vie ; mais la nature qu'ils nous font reconnaitre est celle qu ils ont composée selon leurs moyens et leurs habitudes, si bien que les portraits de l’art font tout autre chose que refléter la réalité. On sait en effet que, malgré la constance des conditions naturelles, malgré la fixité des modèles, les formes de la plastique ne s'arrêtent pas dans leurs variations. C'est qu'elles trouvent en elles-mêmes leur puissance vitale, le principe de leur permanence. Avant d'imiter la nature, les arts s'imitent eux-mêmes, fidèles aux mêmes procédés, aux mêmes habitudes techniques et visuelles. Que de plaintes contre la tyrannie de ces habitudes! Cette insurrection contre les lois de la vie est parfaitement vaine. Un art est un ensemble de tradi-

tions ou de conventions que l’on se passe de maître à élève. Il n’est pas une image sculptée ou peinte, si naturalistes que soient ses prétentions, qui ne résulte d’un ensemble de « conventions ». Ce sont les « postulats » de l’art ; ils supposent un accord entre la matière et l'ouvrier, entre le peintre et son modèle, entre l'artiste et son public. Tant d'accords ne se peuvent faire ni défaire en un jour. L'histoire de l’art nous montre que les œuvres les plus révolutionnaires viennent se fondre dans cette continuité. Ainsi peut-on afñrmer que les images, même quand elles ne se donnent que pour des imitations véridiques, ne sont pourtant pas sous la dépendance absolue de leur modèle ; elles trouvent dans la permanence du genre le principe de leur développement. Elles imitent sans doute une réalité ; mais d’abord elles recommencent les images qui les ont précédées. Mais, chose plus imprévue, il nous a paru que ce système d'images, loin de n'être qu'un reflet des choses, les éclaire au contraire d’un jour qui nous les rend plus familières et plus intelligibles. Les essais de l'art sont un des moyens par lesquels notre esprit s'exerce à voir et à concevoir la nature. On peut dire que ces ( conventions » dont la continuité compose l’histoire de l’art contiennent les conceptions successives que l’homme s’est faites de la nature où il vit et du monde surnaturel qu'il rêve. Cette action des images sur les formes de la pensée et celles de la croyance apporte la preuve la plus forte que l'œuvre d’art n’est pas seulement un résultat, mais une réalité nouvelle, originale, agissante, et d’autant plus puissante sur l'esprit qu’elle y a ses origines et qu’elle en parle le langage.

Cette activité artistique n'est pas, comme on nous l'enseigne, une distraction supérieure, un exercice à vide.

L'art humain tient trop étroitement à notre existence pour que nous puissions l'appeler un « jeu ». Il est né de nécessités vitales et il reste fidèle à ses origines. Juger de la beauté en art selon son caractère désintéressé et son inutilité, c'est méconnaître la hiérarchie des intérêts qui préoccupent l'humanité. Évidemment, les formes supérieures de la plastique ne répondent pas à des emplois vulgaires ; elles se rattachent à nos aspirations suprêmes, à ce qui tient le plus au cœur des hommes, puisqu'elles sont au service de sa foi et donnent quelque solidité à son

Des

le « beau » que dans ces moments où l'artiste, entraîné

espérance. esthéticiens n'ont voulu reconnaître par son élan, ivre de son propre mouvement, cesse de viser un but. Ces exercices de virtuosité ne sont jamais qu’une

gymnastique préparatoire avant le travail utile. Ni les

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