‹ La Vie Des ImagesChapitre 137 sur 155 · PANIERS DIES · texte numérisé non relu

PANIERS DIES

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tableaux, ni les statues, ni les arts innombrables qui tiennent à l'architecture n'ont coutume de fleurir sans motif, sans autre résultat que de nous fournir un motif d'admiration, et de donner matière à une science du beau. Cette conception si contraire à toutes les données de la nature et de la vie n’a pu s'installer dans la pensée moderne qu'à la faveur d'un phénomène historique, celui de la Renaissance ; mais ce grand événement reste une anomalie. L'esthétique classique, la théorie de la beauté inutile ne fait que dégager la philosophie d'une situation morale tout à fait anormale. En nous montrant que l'admiration des formes artistiques peut survivre aux croyances qui en sont l’âme, la Renaissance nous a persuadés que l’art est sans lien avec la vie, ou tout au moins qu'il peut s’en détacher. En effet, l'art païen a survécu aux révolutions morales qui l'avaient renversé. L'Europe encore chrétienne de la Renaissance a retrouvé sonanciennetendresse pour les dieux de marbre qu’elle avait autrefois sculptés et adorés ; dans le sentiment de la «beauté pure», reconnaissons cette fidélité artistique qui survit à la croyance. Ainsi a-t-on pris l'habitude de distinguer entre le domaine de la foi et celui de la beauté, entre le domaine de l’art et celui de l'utilité. Poussée à son terme extrême, cette conception a trouvé son expression philosophique dans l'esthétique de Kant. Dans sa Critique du jugement, il n’a fait que donner sa forme absolue et rigoureuse au sentiment classique. Une beauté qui peut être à la fois celle des païens antiques et des chrétiens modernes ne peut être qu'un idéal universel, éternel, au-dessus de toute contingence, hors du temps, hors de l’espace, hors de la réalité.

Rien de toute cette métaphysique ne résiste au commerce des œuvres. Il se peut que nous ayons appris à aimer et admirer des œuvres qui expriment des pensées qui nous sont étrangères ; la pratique de l’histoire nous empêche d'oublier que la beauté s'appuie toujours sur une utilité, exprime toujours une foi. Il se peut que la fréquentation des ruines, des musées, la contemplation de tous ces débris que laissent les civilisations et les croyances aient développé en nous une sensibilité spéciale, fort désintéressée de toute utilité, une faculté d'émotion qui peut s'exercer sans objet, une sorte de ( piété sans la foi» qui ressemble assez à un culte de la beauté inutile, à une reconnaissance de l’art détaché de la vie, de l’art « activité de jeu ». Mais, quelle que soit l’école vers laquelle nous allions, nous ne rencontrons jamais que des œuvres répondant à des nécessités vitales ou exprimant des

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