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Fig. 43. — PAYSAGE DE TAPISSERIE. Ces SCÈNES DE CHASSE (peintures murales du palais des papes à Avignon), mises a jour il y a seulement quelques
années, ont apsorté aux historiens l'aubaine d'un nouveau problème, le problème de leurs origines. Et la question première a été naturellement : origine française
ou italienne? Mais on ne trouve rien de semblable ni de l'un ni de l'autre côté des Alpes. Par leur style, en effet, ces peintures révèlent un art peu pratiqué
en ltalie, très pratiqué en France, mais dont il reste peu de monuments : le carton de tapisserie peint à la détrempe. Ces entassements de feuillage, ces compositions
encombrées, ce pittoresque familier tout évoque des images destinées à la tapisserie; ces peintures murales d'Avignon nous présentent des équivalents muraux bien conservés des cartons qui servaient de modèles aux tapissiers des XIV® et XV® siècles.
graphie toute liberté était permise, mais que la symétrie décorative n'autorisait aucun écart.
Nous voici maintenant devant la porte centrale. Sur ce tympan étroit, l'artiste a fait tenir la prodigieuse vision que les vieilles civilisations d'Asie ont léguée au christianisme romain: Jésus, le roi des rois, sur son trône, dans sa gloire, entouré des animaux ailés et des vieillards qui chantent ses louanges. Mais l'étrange image venue d’Assyrie a été assimilée par l'architecture française. A Moissac, le sculpteur, l'esprit occupé par le texte fulgurant de l'Apocalypse, cherche, en creusant le mur de son tympan
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de figures plates et tordues ; une âme forcenée tourmente ces formes disloquées. À Chartres, les statues robustes et élégantes se sont groupées avec exactitude et symétrie pour reconstituer la vision du livre. Mais l'imagination absurde et fastueuse de l’Asiatique est devenue vraisemblable, raisonnable, à l’européenne, à la grecque, à la française. Traduites dans la langue rationaliste, ces phrases prennent un sens nouveau et presque contraire. Ce Dieu splendide et éblouissant qui devait nous frapper de stupeur est tout près de nous paraître
un homme supérieur seulement par sa beauté et sa
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Fig. 44. — LE CADRE ET LE TABLEAU. Quand Giovanni BELLINI a conçu cette illustre VIERGE AUX SAINTS DES FRARI, à Venise, c'est du magnifique cadre de bois sculpté qu'il a déduit toute sa composition. Les architectures peintes des panneaux (absidiole, plafonds et piliers) ne font que continuer l'architecture réelle du cadre sculpté. Les deux saints du panneau de droite sont partis pour mieux nous laisser voir co nment la peinture tient à l'encadrement.
noblesse. À peine née, la statuaire a retrouvé sa vocation et humanisé les descriptions inhumaines de l’Apocalypse.
Mais ce n’est là encore entre le texte et l’image qu'un de ces désaccords qui restent peu visibles parce qu'ils sont plus profonds. La traduction chartraine du livre montre bien d’autres libertés. Les vingt-quatre vieillards n’ont point été oubliés ; ils ont été sagement relégués chacun sur un claveau des voussures intérieures et, comme une troisième voussure restait à remplir, des anges sont venus l’occuper. Leur présence n'est pas absurde ; mais il est bien évident qu'elle n’a pas d'autre justification que de remplir un vide. En tout cas, saint Jean de Pathmos ne les connaissait pas. Il n'en va pas de même du linteau où s’alignent les apôtres. Au-dessous de Jésus, ils semblent à leur place, et pourtant ils n’y sont pas. Le visionnaire de l’Apocalypse ne les a pas vus : il n'a vu que les animaux et l'ange ; et le sculpteur devait d'autant moins faire appel aux douze apôtres que, dans sa pensée, deux d’entre eux étaient déjà présents sous forme symbolique, Il est vrai que, d’autres fois déjà, par exemple à Carennac, les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse avaient été remplacés par les douze apôtres.
N'y a-t-1l donc jamais eu confusion entre ces deux groupes
IMAGES
de personnages ? Le tympan de Chartres les réunit dans une même composition parce qu'il lui fallait une nombreuse figuration. Moissac, pour le même besoin, avait juxtaposé huit rosaces. Et même, quand les douze apôtres furent disposés, par groupes de trois, sur le linteau de Chartres, le metteur en scène s’aperçut que sa ligne était un peu courte, et il ajouta des figures supplémentaires. Quels sont ces figurants inattendus ? La théologie et l’iconographie ne sont pas embarrassées pour leur donner des noms. Mais nous persuaderont-elles qu'ils sont ici pour un autre motif que pour occuper deux encoignures ? Ainsi, pour que son ordonnance fût plus magnifique, le sculpteur n’a pas craint de nous tromper jusqu’à nous faire croire qu'il y eut quatorze apôtres.
Le tympan de droite, avec la même désinvolture, soumet l'iconographie aux exigences de la symétrie.
Sur le linteau inférieur, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux bergers ; sur le linteau supérieur, la Présentation au temple ; sur le tympan, la Vierge assise tient l'Enfant, et toute la composition a été calculée pour que les trois figures de l'enfant Jésus fussent superposées dans l'axe central de la porte. Cette ordonnance est admirable ; elle atteint à la pensée par le rythme. Mais le dessinateur qui a imaginé ce plan a dû traiter les personnages de l'Évangile un peu comme des motifs d’ornementation ; il a omis les uns, multiplié les autres suivant ses besoins ; l’Adoration des mages a été jetée par-dessus bord et les figurants de la Présentation au temple ont été
Fig. 45. — FIGURE PEINTE PER PAR UN SCULPTEUR. SN MICHEL-ANGE, dans sa pein- AC a ture du JUGEMENT DERNIER à la Sixtine, est resté fidèle à la plastique du marbre. C'est un caprice ponlifical qui avait fait un fresquiste de c: marbrier. Les grappes d'élus et de damnés sont de véhémentes statues, et il n'y a rien dans cette composition qui échapperait à la traduction sculpturale. Ni atmosphère, ri lumière ; rien que des groupes.
Ici, c'est un damné, replié sur lui-même, grelott nt de terreur, qu'un démon rugissant entraîne dansl'abîme. Les formes rondes, pleines, nous font deviner le beau modelé, gonflé et coulant, de la statue de marbre qui a été pensée par Michel-Ange
quand il modelait à fresque, JS RE sur le mur de la Sixtine, cet ‘ te \ athlète en boule. { | \
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