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LA MAIN ET LA PENSÉE

L'HOMME DANS LA NATURE ; « IL EST LE PLUS INTELLIGENT DES ANI- MAUX PARCE QU'IL A DEUX MAINS ». — LE TRAVAIL SUR LA MATIÈRE, L'INVENTION TECHNIQUE, LE MÉTIER, SOURCES DE L'INTELLIGENCE, — CONSÉQUENCES SPIRITUELLES INFINIES D'UNE TECHNIQUE AUSSI SIMPLE QUE LA CÉRAMIQUE. — NOUS NOUS REPRÉSENTONS LE MONDE SUIVANT NOTRE MÉTIER DOMINANT. — C'EST NOTRE ART QUI NOUS RÉVÈLE LA NATURE. — ACTION DES ŒUVRES CRÉÉES PAR NOTRE INDUS- TRIE ET NOTRE ART SUR LA VIE DE NOTRE PENSÉE, LES FORMES DE LA SENSIBILITÉ ET CELLES DE LA CROYANCE. — L'HABITUDE DE L'EXPRES- SION VERBALE, L'USAGE DE L'ÉCRITURE IMPRIMÉE NOUS FONT MÉCON- NAITRE LE ROLE DES IMAGES DE L'ART DANS L'HISTOIRE DE LA PEN- SÉE. — EXEMPLE D'UNE IMAGE AYANT AGI FORTEMENT SUR LA SENSI- BILITÉ ET LA CROYANCE : NOTRE-DAME DE SARDENAI, PRÈS DE DAMAS : ON LA VÉNÉRAIT DÉJA AU Ve SIÈCLE; LES MIRACLES QU'ELLE ACCOMPLIT ; LES SENTIMENTS QU'ELLE SUSCITE. — LES MÉDITATIONS MYSTIQUES DU MOYEN AGE ONT-ELLES INSPIRÉ L'ART, OU BIEN EN SONT-ELLES NÉES? — COMMENT NOTRE-DAME DE SARDENAI S'EST TROUVÉE UNE ŒUVRE DE L'ÉVANGÉLISTE SAINT LUC; L'ÉVANGÉ- LISTE EST AINSI DEVENU LE PATRON DES PEINTRES.

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Fig. 1. — LES GESTES QUI PARLENT (Portail sud de la cathédrale d'Amiens). Ces douze apôtres causent et discutent deux à deux C'est surtoul

par les mouvements des bras et les attitudes des mains que la statuaire nous fait entendre la pensée des personnages de pierre. La main humaine n'est pas seulement

l'organe qui, explorant et façonnant la matière, construit notre notion des choses ; même inactive, elle reste le mode d'expression le plus naturel de notre pensée. Ces apôtres d'Amiens, comme ceux de Vinci, dans la Cène de Milan, nous sembleraient muets s'ils devenaient manchots.

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OUS avons coutume de distinguer art et nature, res- N tant admis que la nature est la source de l’art. Elle nous apparaît comme un réservoir infini où nous venons puiser pour notre utilité ou notre agrément. Mais, si l'on voulait se représenter dans sa genèse la conception que nous nous faisons du monde, ne serait-on pas amené à renverser les termes et à dire que cette nature est une découverte de l’art? L'homme vit au milieu de ses œuvres ; son coin d'univers est l'atelier où 1l exerce son adresse et son ingéniosité, le laboratoire où se forme son intelligence. Il est le plus industrieux des êtres vivants, le seul qui ploie les éléments vers son plaisir ou sa curiosité. Il a pu ainsi s'affranchir des servitudes du sol et du climat ; le monde s’élargit chaque jour autour de lui, à mesure qu'il intéresse des forces nouvelles à son activité. Quelle supériorité initiale l'a donc désigné pour cette domination sur les autres espèces et sur les choses? Un philosophe grec a répondu : « L'homme est le plus intelligent des animaux parce qu'il a deux mains ». Anaxagore voyait mieux que ne peut faire le philosophe contemporain le lien qui unit la technique et la pensée, parce que

ce lien était alors plus étroit ; les notions acquises n'étaient

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