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1, SU VE À F Fig. 78. — DIEU CHRÉTIEN ET MONSTRES CHALDÉENS. La plus illustre et la plus heureuse des interventions des quatre éléments de l'antique Khérub assyrien dans l'art chrétien occidental est sans doute ce TYMPAN DU PORCHE ROYAL DE CHARTRES. Jamais cet assemblage hétéroclite n’a composé décoration plus savante, mieux rythmée. Et même cette discipline atténue un peu l'allure baroque de ces monstres. L'art qui les met en scène se montre déjà d'un naturalism: raisonnable, peu compatible avec l'étrangeté de cette ménagerie fantastique. Ces quadrupèdes ailés entourent une figure de Christ trop vraie, trop humaine pour ne pas paraître des visions chimériques. Le geste tranquille du Dieu, son apparition soudaine semble mettre en fuite ces monstres désormais impossibles.
Les Dieux antiques découverts par la statuaire grecque avaient de même façon chassé les fantaisies zoomorphiques de l'Asie et de l'Egypte.
des, vibrantes, faites pour battre l'air comme des rames de métal ; le cou altier du lion et la crinière frisée de son poitrail ; le corps pesant du taureau et ses pattes courtes appuyées sur les sabots pesants: et la voilà, cette bête puissante et tranquille, musculeuse et velue, pleine d’une force surnaturelle si apparente par la saillie dure des muscles et des tendons. L'art asiatique a, sans doute,
(1) Les quatre roues de la vision d'Ezéchiel sont également un souvenir du temple de Jérusalem (I Rois. 7. 30. 32.)
divinités vindicatives ; le règne animal tout entier est possédé de puissances surnaturelles. Dans cette zoologie désordonnée, l’art et la croyance ont choisi, pour symboliser la force, les êtres dominateurs, l’homme et l'aigle, le lion et le taureau. Est-ce logique ou plastique? Quoi qu'il en soit, le Khérub n'est pas seulement une des puissantes créations de l’art humain, comme le centaure des Grecs ; il condense dans une forme viable ce qu'il peut y avoir de beauté et de grandeur dans les
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cultes zoomorphiques et, par l'intermédiaire d'Ezéchiel et de l’Apocalypse, le christianisme a hérité de ses débris.
Ces rois du règne animal furent les thèmes habituels des arts de l'Asie; les Perses les reçurent de l’Assyrie, et Mardochée, quand il accompagnait Esther au palais de Suse, put admirer, sur les frises de l’Apadana, comme aux chapiteaux qui portaient les poutres du plafond, des
Fig. 79, — LA FIN DE LA VISION D'ÉZÉ-
CHIEL. Le médiocre peintre à qui l’on doit dans la CATHÉDRALE D'ALBI la DÉCORATION DE LA VOUTE a fait naïvement ressortir l'incompatibilité qui oppose la conception européenne du Christ et la vision fantastique et assyrienne de l'Apocalypse. Il a peint un Jésus dans sa gloire, entouré de petits anges ailés, qui
formes de lions ailés et de taureaux, les mêmes qu'Ezéchiel, durant la captivité, avait contemplées surles murailles de Babylone.
Et les Assyriens eux-mêmes les avaient aussi recueillis d’un art et d’une religion plus antiques. Il y avait déjà longtemps que le culte et l’art mêlaient ces formes animales pour en composer des images de dieux. Sur les parois d'argent du beau vase d'Entemena, au Louvre, sont gravées finement des silhouettes d'animaux; et, ces animaux, ce sont déjà ceux qui se combineront, un Jour, pour donner le Khérub. Or, ce vase d'Entemena date de vingt-cinq siècles avant notre ère, et son exécution raffinée prouve qu'il n’est point d’un art qui débute. Ainsi, les monuments ont beau nous faire remonter le
cours des temps, les formes que l’on fait surgir de ces déserts où nous cherchons les origines de la civilisation, ce sont les mêmes que nous verrons se combiner à travers les siècles et les religions, les frontières et les peuples. Ces beaux fruits de l’art chrétien, d’où vient donc la sève
qui les gonfle? Nous avons beau creuser les alluvions
qu'amassent les siècles, les destructions et l'oubli, nous
tique, et le voilà qui cherche à faire une place tux quatre figures de l'ange, de l'aigle, du bœuf et du lion. Il les relègue gauchement aux quatre coins, dans quatre cercles où ils montrent pauvre mine.
n'avons pas encore pu atteindre aux racines qui la sécrètent, mais nous pouvons la suivre dans son cours, car il traverse l'histoire. Bien des peintres, bien des sculpteurs ont dressé des images de lions ou d’aigles, qui n’en avaient point vus, parce que, quelque part, dans la région de Mésopotamie, trente ou quarante siècles avant notre ère, il y avait des artistes qui, pour fixer l’image de leurs dieux, s'appliquaient à copier la faune de leur pays et les ménageries royales.
Quant au 24 vieillards que l’Apocalypse a vus autour de l'apparition de Dieu, lui adressant des cantiques et des parfums, sans doute doit-on reconnaître en eux le souvenir des 24 satrapes qui figuraient sur le trône du Roi des Perses. Les symboles de puissance qui entourent
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Fig. 80. — VISION CHAL- DÉENNE ET SYMBOLI- QUE MÉDIÉVALE. Dans ce VITRAIL DE SAINT-DENIS, on sent le programme d'un doc-
ESS teur. D'où cet aspect de rébus É CN $ , conte || iconographique que prennent SE ») D'TRTR bien souvent les images en pareil FOURS TA VIRMMN | cas. Des inscriptions viennent ee d'ailleurs préciser les intentions.
L'abbé Suger, qui est sans doute l'auteur du programme, a accepté l'intervention des quatre figures de l'Apocalypse pour Les interpréter à sa manière.