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conception de l’art contient de beauté. Si l’on admet qu'un artiste peut être en pleine activité pendant trente ans, une évolution trop rapide des styles le laisse tout seul, abandonné par la faveur, alors qu'il lui reste à vivre et à travailler pendant de longues années encore. Dans sa précipitation à bousculer l’évolution et à demander du nouveau à tout prix, le public moderne n'est pas sans contrarier l'économie d’une saine vie artistique. Un excès de vitesse, en même temps qu'il désoriente le goût général, détache le public des maîtres avant qu'ils aient eu le temps de terminer normalement leur œuvre. Il n’y a pas intérêt à forcer le mouvement dans la transformation des styles, alors que le rythme de l’évolution par le génie humain a été fixé par une loi de nature.
Dans tout art vivant coexistent et s'équilibrent deux forces contraires : le principe de conservation, qui tend à maintenir ce qui existe, s'appuie sur la permanence des conditions matérielles et sur la grande loi de l’habitude
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qui gouverne les pensées et les gestes de l’homme. L'autre principe tire sa force de notre goût de la nouveauté et de la nécessité de réadapter les choses à des générations qui vont se succédant ; cette recherche de la vérité inédite, de la beauté inconnue, est le grand moteur de l’histoire. Comme toute chose humaine, le langage plastique évolue en conciliant ces principes opposés ; s’il obéissait seulement au premier, 1l irait se desséchant en un simple alphabet annoncent des images fixées, momifiées qui finissent en
graphique; certaines peintures byzantines de sommaires résumés, linéaires comme les hiéroglyphes d'Égypte. Mais aussi, s’il rejetait cet élément pondérateur, si chaque individu s’arrogeait le droit de bouleverser nos habitudes visuelles, ou simplement de n’en pas tenir compte, ce langage qui reste, malgré nos prétentions réalistes, un ensemble de conventions acceptées, cesserait bien vite d’être intelligible et le régime qui régnerait entre
artiste et son public serait celui de l’incompréhension.
Fig. 101. — ÉLÉGANCE ANTIQUE TRA- DUITE EN DIALECTE RUSTIQUE. Ce chapiteau roman de CRuAS (Ardèche) est un bon exemple de la manière dont le ciseau rustique a simplifié, desséché les volutes et acanthes du chapileau antique. C’est une transformation analogue qui a dégagé les dialectes romans du latin classique.