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romane ; elles bombent hardiment sur les ébrasements des portes et, si les statues s’en détachaient, le dessin des trois portes ne laisserait rien à désirer. C’est pourtant de cet adossement de sculptures à des fûts de colonnes qu'est partie la statuaire médiévale.

Ces statues ne sont pas, comme on le croit à première vue, des figures dégagées d’une colonne ; elles sont essentiellement des dalles de pierres plates, adhérentes à un fût et sculptées dans le même bloc. Elles diffèrent ainsi des statues archaïques grecques qui furent, dès l’origine, des êtres indépendants, doués d’une vie encore incomplète, mais enfin des êtres isolés, taillés dans un cylindre ou dans une poutre. Les statues chartraines restent des bas-reliefs ; elles n’ont qu'une face, le ciseau du sculpteur n’a découpé la silhouette et n’a taillé la pierre que pour la présentation frontale. Comme la colonne qui les retient ne les touche que par le minimum d'attache, le sculpteur semble avoir fait presque le tour complet de ses figures ; il n’a été arrêté que par un isthme étroit qui maintient la jonction de la figure et de sa colonne. Mais il est visible par les aspects de profil que l'artiste n’a pas encore cherché à donner au corps la plénitude de la vie. Dans la reine de Corbeil — si voisine des statues chartraines — pour obtenir le relief des manches tombantes de la robe, le sculpteur a

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creusé le centre de sa figure comme une pirogue. Seules, les têtes, entièrement dégagées, échappent à cette servitude du bas-relief. Mais, dans la manière dont il taille sa pierre, le sculpteur ne cherche pas la ronde bosse. N'importe, avec tout ce qu'elles ont encore d’incomplet, ces figures rondes et plates sont déjà presque entièrement dégagées du fond de l'architecture. Elles ne sont pas, comme les figures d'Arles et de Saint-Gilles, empâtées dans la maçonnerie ; un lien étroit les maintient à leur support, et le sculpteur, en les examinant de profil, va voir ce qui leur manque. De cette origine architectonique, la statuaire médiévale n’a jamais perdu le souvenir. Les figures à qui elle a donné vie n'ont jamais tout à fait échappé à l'hérédité du bas-relief. La statuaire gothique est toujours restée une statuaire adossée. Les statues grecques isolées sur un socle sont faites pour être vues sous toutes leurs faces, et les artistes ont étudié des effets de draperies ou des souplesses d’échines qui peuvent nous intéresser ; les figures médiévales n’ont jamais qu'une façade.

Quand ils firent retomber des voussures sur les colonnes les figures de pierre, les sculpteurs romans durent astreindre ces figures à l’immobilité rigide de leurs supports. Il y a un contraste étrange entre les petites figures des bas-reliefs romans, si remuantes, si vives, et la tension

s'ouvrent en angle obtus ; et cependant les mains tiennent des objets variés. À l'encontre de ce qui s'est passé dans la statuaire grecque, la plastique chrétienne a atteint à la vie morale avant de saisir la vie physique.

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