PAPE DES
Fig. 113 et 114. — L'ACUITÉ ARCHAIQUE. 11 suffit derapprocher deux têtes comme cette FIGURE DE CHARTRES ef cette KORÈ DU PARTHÉNON PRIMITIF pour montrer combien la plastique a, dans les deux cas, passé par la même phase ; avant d'aboutir au modelé large et souple, le statuaire un temps enferme et fixe la vie en des plans exacts ; il aiguise les rondeurs en arêtes tranchantes ; il amaigrit la forme ; dans son nouveau métier subsiste une obsession de la ligne. Elle est particulièrement sensible dans la délimitation des traits du visage, dans le rendu de la chevelure et des draperies.
figée des grands personnages. Cette raideur n’est pas seulement imposée par les lignes de l'architecture. Elle obéit encore aux exigences du bas-relief. Les personnages exigus trouvent assez d'espace pour s’agiter sur les parois d'un chapiteau ; quelques centimètres de profondeur leur suffisent pour faire jouer librement leurs membres. Mais, dans cette épaisseur de quelques centimètres, une grande figure reste contrainte, aplatie, et ne peut se mouvoir qu'au prix de contorsions douloureuses. Ainsi, à Vézelay, à Autun, quantité de figures exiguës s’agitentelles allégrement sur le champ du tympan ; mais le Christ colossal, pour s'asseoir, ne sait comment replier ses grandes jambes et placer ses genoux. Il faudrait, pour lui donner une attitude naturelle, savoir rendre un raccourci des jambes en profondeur en un relief peu accentué. C'est là une science qui passe nos sculpteurs romans. Quand ils sculptent de grandes figures, alors qu'ils ne disposent pas encore d’un relief proportionné, il leur faut se contenter d’attitudes rigides et plates. À Moissac, le sculpteur a voulu montrer en mouvement le prophète Ésaïe ; il ne l'a pu qu'en lui prêtant des pirouettes de danseuse. À Chartres, le sculpteur a senti que l’immobilité à peu près complète convenait seule à ces grandes figures encore resserrées entre les deux plans de la dalle où le ciseau est allé les dégager. L'une d’entre elles cependant a voulu rompre ce parallélisme monotone des membres inférieurs que l’on remarque dans les autres figures,
IMAGES
et nous retrouvons encore une fois cet étrange croisement de jambes qui est la manière de marcher des figures qui nous regardent de face et qui cependant ne peuvent se mouvoir que de profil.
Les figures chartraines rejoignent ainsi dans leurs attitudes symétriques et rigides les statues de Chaldée, d'Égypte ou de la Grèce archaïque : elles présentent cette attitude frontale définie par l’archéologue danois Lange et qui s’observe dans toutes les écoles primitives. On dirait que la statuaire chrétienne, bien qu'elle succède à des siècles de peinture et qu’elle dérive de bas-reliefs qui ont un long passé, revient à la rigidité de tout style primitif pour bien marquer que la sculpture, après un sommeil de six cents ans, s’éveille et repart. On sait que bien des écoles n’ont jamais dépassé cette phase de la frontalité, tandis que, dans l’art greccomme dans la sculpture du moyen âge, les figures de pierre et de bois se sont bientôt assouplies à toutes les attitudes du corps vivant.
Une des raisons pour lesquelles le ciseau du sculpteur, en fouillant le bloc de pierre ou de bois, y va chercher une figure sans mouvement est dans son travail par soustraction. S'il modelait sa figure par adjonction des chairs sur le squelette, des membres au tronc, il aurait plus naturellement la pensée de faire jouer les articulations. C’est ainsi que le modeleur de terre échappe à cette rigidité inerte de la pierre ou du bois ; les terres cuites sont moins asservies à la « frontalité ». Mais, dans ce bloc
de pierre qu'il faut péniblement creuser, tailler, à quel
moment le ciseau doit-il s'arrêter pour ne pas mordre
Fig. 115. — LA SOUPLESSE DANS L'ARCHAÏSME. La NAISSANCE D'APHRODITE, l;admirable bas-relief ionien du trône Lupovisi, au Musée des Thermes, à Rome, appartient également à cette phase « archaïque» de la sculpture grecque, où l’acuité linéaire ne s’est pas encore fondue dans la souplesse et la larreur du modelé. Cette phase se signale toujours par la recherche des profils caractéristiques, la traduction des matières souples (chevelures ou draperies) par des sillons sinueux et longs. Les figures chartraines seront aussi vêtues de ces robes aux plis multiples et parallèles.
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sur la figure qu'il s’agit de dégager? Dans quelle attitude faut-il concevoir les différentes parties du corps humain? Le sculpteur ne se sent assuré dans sa recherche que si ce corps conserve l'attitude la plus simple, celle de l'inaction. Quant à retrouver dans un bloc de pierre une figure aux membres agités, cette opération hardie ne sera vraiment possible que lorsque sera pratiquée la méthode de la mise au point d’après une maquette modelée en terre. La loi de la frontalité n’est en somme que le résultat d’une
technique qui n'ose pas enregistrer les mouvements
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