‹ La Vie Des ImagesChapitre 46 sur 155 · DIN · texte numérisé non relu

DIN

LD

Fig. 116. — PESANTEUR ET ÉQUILIBRE. Sant THÉODORE et son compagnon SAINT ÉTIENNE à CHARTRES appartiennent à la troisième génération des statues qui habilent ce monument. La grande conquête de l'art depuis les premières figures apparues au porche royal est dans le sentiment du volume et de la pesanteur. Saint Théodore s'appuie sur ses deux pieds; le poids du tronc porte sur la hanche droite. Toute son attitude est commandée par ce système d'équilibre, ce jeu de forces dans un organisme élastique. La vie a pénétré jusqu'au cœur du bloc de pierre, c'est-à-dire jusqu'au squelette du corps vivant, tandis qu'au porche occidental, elle n'a encore touché que les surfaces.

“it (7

Fig. 117 et 118. — LA STATUE SE SÉPARE DE LA COLONNE. Par ce rapprochement de STATUES CHARTRAINES appartenant à des générations différentes, on voil combien l'afnée, celle de gauche, reste captive de la colonne à laquelle elle est attachée ; elle est comme suspendue à ce support, adhérente de la tête aux pieds. Les figures de droite ont acquis leur indépendance ;elles se sont détachées ; la tête peut tourner sur le cou ; mais surtout, lepoids du corps portant sur les points d'appui naturel, le corps travaille, même au repos, à se maintenir en équilibre ; et ce travail dessine déjà une forme expressive ; et cela suffit à donner au bloc de pierre la souplesse de la vie.

désordonnés, alors qu’elle met encore toute son application à bien reproduire la symétrie du corps humain. Quand nous suivons dans ses lentes acquisitions un métier qui se constitue, nos voyons bien que l'artiste ne joue pas avec les formes à son gré ; il ne modèle point la matière avec la toute-puissance du créateur. La sculpture qui naît fait reconnaître une lutte de la pensée contre la matière. L'imagier, sans modèle pour le guider, cherche dans son bloc un corps vivant. Ce bloc, il le choisit régulier, et de proportions semblables à celles de l’homme ; après quoi il atteint timidement aux formes définitives ; mais quoi d'étonnant si la statue achevée conserve la régularité géométrique du bloc d’où elle a été dégagée?

La phase de la frontalité définie par Lange n’est qu'un moment dans le développement detoute statuaire, et ce développement semble régi par une loi plus générale que l’on pourrait appeler la loi des articulations successives. Il est certain, en effet, que, dans les figures des sculpteurs, les membres se mettent en mouvement avant

que ne se fasse sentir la souplesse de l’épine dorsale ou

Page 1