‹ La Vie Des ImagesChapitre 57 sur 155 · PARA ET · texte numérisé non relu

PARA ET

invisible qui dessine la profondeur de l’espace est rendue apparente par les flèches d'or que lance autour de lui l'astre lointain Effet charmant et d’une grande puissance, qui superpose le point de fuite et le foyer de lumière et confond dans notre impression l’espace et la lumière, l'éblouissement et l’immensité.

La grande découverte des perspectivistes de la Renaissance fut ainsi de remplacer la composition décorative par la composition plastique et pittoresque et de nous mettresous les yeux, non plus un récit, mais un spectacle; chaque image fait un tout, c’est un microcosme fortement unifié, enfermé dans ses limites, sans adhérence avec les images voisnes. C’est la perspective, le dessin de la profondeur qui a développé cette conception de la peinture et lui a donné l'ambition de représenter les faits et gestes de l’homme ; quand :il néglige la perspective, cet art se déploie en surface et tend à devenir de l’ornementation. C’est en creusant le mur ou le panneau que le peintre est conduit à chercher une image qui donne une apparence vraisemblable de la réalité et nous fasse croire à la vie, c'est-à-dire au mouvement et à la pensée. C’est notre intelligence qui, en ajoutant à notre expérience visuelle la suggestion de la profondeur, nous persuade de la réalité du monde extérieur. De même, en peinture, le dessin de la profondeur est l’âme secrète du « réalisme » ; quand l'effort de l'artiste est pour saisir les formes dans leur plénitude de corps solide, les gestes et attitudes de la vie,

il est nécessairement conduit à reconstituer ce monde dont il devine l’âme à mesure qu'il en explore les apparences et qu'il sait les interpréter.

C'est dans son application aux aspects de la figure humaine que la perspective présente le plus d'intérêt. Dans l'œuvre de Paolo Uccello ou de Mantegna, on peut suivre des tentatives hardies pour atteindre et fixer des attitudes inédites ; on dirait qu’encore une fois, comme au temps où le sculpteur cherchait la forme vivante dans le bloc de pierre, l'artiste doit passer par une phase de rigidité, avant d'atteindre à la souplesse et à l’aisance. Les bonshommes qui se sont les premiers présentés en perspectives plafonnantes ou plongeantes dans la composition de Mantegna semblent encore figés dans la rigidité géométrique ; le parallélipipède dans lequel le peintre les a enfermés pour mieux voir les lignes fuyantes de sa perspective reste sensible malgré les accidents de modelé et le désordre des draperies. Ce n’est point en effet par l'expérience visuelle seulement qu’est menée cette recherche des aspects inédits et expressifs de la figure humaine

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Fig. 145 à 150.— FIGURES EN PERSPECTIVE SUR NIMBES PLATS. Il est curieux d'observer le rôle réservé au nimbe par les peintresdu XV°® siècle, au moment où le naturalisme moderne se dégage de l'art religieux. Ce sont les artistes les plus fidèles à cette destination religieuse initiale qui conservent au nimbe son caractère original, un disque d'or sur lequel se détache un visage. Les Siennois, LoRENzo Monaco, FRA ANGeLico, BENOZZOÉGoZzoLI, même quand ils jettent dans l’espace des figures à trois dimensions, continuent à plaquer sur le fond, derrière les visages, ces cercles d'or. À ce même moment, les Flamands, peintres à L'huile, ayantupprimé l'emploi de l'or, avaient par là même éliminé les nimbes de leurs compositions.

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