‹ La Vie Des ImagesChapitre 59 sur 155 · LAZARI · texte numérisé non relu

LAZARI

IMAGES

expriment la conception qu'ils se font des forces qui les soulèvent et qui les laissent retomber. Mais la minutie de ces analyses risquerait de lasser. Retenons seulement que l’art eut toujours tendance à simplifier le mouvement des vagues, jusqu'à le résumer à des soulèvements coniques que couronne parfois un peu d’écume ; et l’ innombrable sourire >» de la mer, ainsi interprété, apparaît chez tous les peintres et graveurs jusqu’au temps où l’on découvrit que le mieux, pour rendre une vague, c'était de peindre les reflets qui jouent à sa surface et de fixer les taches dansantes de ce miroir mouvant. C'est leur désordre enchevêtré qui nous suggère les forces confuses qui agitent l'eau de la mer.

Mais il est des corps dont la raison même est de se déplacer et dont le mouvement ne modifie en rien l'aspect ;

Fig. 154, 155 et 156. — L'ACTION CHEZ GIOTTO. À l'encontre des figures byzantines (PsAUTIER DE MÉLisANDE, MosalQuE DE MONREALE) qui

marchent obliquement et regardent de trois quarts, les acteurs de Giorro (RÉSURRECTION DE LAZARE de PADOUE) fixent directement celui à qui ils s'adressent.

Cette franchise d’attitude donne au drame un sérieux qui manque aux compositions byzantines. C'est seulement chez Giotto que la Madeleine supplie Jésus, que Jésus interpelle Lazare, que les assistants contemplent le miracle. Sur la scène byzantine, les acteurs regardent le spectateur.

ment. De tout temps, depuis les bas-reliefs assyriens jusqu'aux gravures Japonaises, l’eau qui coule s’est représentée par des lignes parallèles plus ou moins droites. Que signifient-elles? A la manière de la flèche, elles représentent le déplacement de l’eau et indiquent le sens de l'écoulement ; si le courant était d’une extrême rapidité, ces lignes rendraient assez bien l'impression reçue par notre rétine. Mais, sauf dans le cas d’une cascade, ce n’est Jamais ainsi que nous la voyons, et c’est cependant ainsi que nous la représentons volontiers. Ces lignes ne sont point l’image d’une sensation : elles interprètent notre conception du déplacement des molécules. A l’origine de cette interprétatien, il y a une définition abstraite du mouvement.

Les formes que les artistes donnent aux vagues de la mer

un char, une locomotive, un navire, une automobile ou même un cycliste ne changent point dans leur silhouette générale quand ils sont emportés par la vitesse. Comment un dessinateur peut-il donc nous suggérer qu'il nous montre des voitures qui roulent et des bateaux qui filent ? Par de menus procédés qui ne sont pas tous inspirés d'images réelles. Une voiture automobile paraîtra rouler si elle laisse derrière elle un nuage de poussière. Dessinez une silhouette de navire ou de locomotive sur l'horizon. Rien n'indique encore qu'ils bougent ; ajoutez au-dessus de leurs cheminées une traînée horizontale de fumée : immédiatement, le bateau et la locomotive se mettent en marche ; notre pensée interprète ce panache de vapeur qui accompagne le corps en déplacement. Le dessin de cette fumée est immobile aussi, mais, en l’étirant, l’image

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