LAN CES DES
tianisme n'apparaît pas avec autant d'évidence. Elle est indéniable pourtant, bien qu'elle soit plus complexe. Et c’est ce qu’a compris confusément la croyance lorsque de l’un des évangélistes elle a fait un peintre. Le sentiment religieux était trop intimement mêlé à la vie des arts pour que cette union ne parût pas à la longue remonter jusqu'aux origines mêmes de la Révélation. On sentait si bien tout ce qu'on devait aux images saintes que l'on finit
par leur découvrir une origine divine. Ainsi apprit-on
Fig. 9. — LE TRIOMPHE SUR LES ICONOCLASTES. L'ExALTATION
DES IMAGES, fresque de l'église de Lavraau mont Athos (1535).Malgré sa date
tardive, cette composition célèbre une cérémonie très ancienne, remontant à la
victoire des Icones sur les Iconoclastes. Au premier plan, l'impératrice Théodora
et des évêques présentent l'image de la Vierge. Au second plan des moines présentent celle du Christ.
un Jour que saint Luc en personne avait été le premier portraitiste de la Vierge et de l'Enfant. Et sans doute l'imagerie chrétienne reste humblement au service du dogme et de la foi ; l’art n'y commande pas franchement, comme on voit dans le paganisme, où l’iconographie sort visiblement des ateliers de sculpture. Mais tous ceux qui regardent sentent bien que les figurations de la sculpture et de la peinture ne peuvent ainsi constamment intervenir
dans la vie religieuse sans que la piété parfois n’en prenne
IMAGES
un peu la couleur. Depuis les origines du christianisme, tous ceux qui ne pouvaient lire l'Écriture — c’est-à-dire la grosse majorité des fidèles — ont surtout écouté la prédication muette des images. Nous diminuons beaucoup le rôle des arts plastiques quand nous croyons avoir tout dit en remontant à leurs sources : il reste à suivre leur cours dans notre vie morale: on y voit le sentiment et la croyance s’y abreuver et y trouver la fraicheur et l'élan.
Que d'illustres images nous attirent ! Elles éclairent le cours des siècles et, malgré l'éloignement, on devine encore qu'elles furent d’ardents foyers de sentiment. Dès les plus anciens témoignages des pèlerins aux Lieux Saints, on nous parle d’une icone sacrée que l’on venait adorer à Sardenai auprès de Damas : une image de la Vierge à l'enfant. Au V° siècle déjà, les fidèles la considéraient comme fort ancienne. Dès lors, elle avait sa légende, légende qui ne cessa de travailler, c'est-à-dire de passer par bien des variantes. Quelques-uns avaient reconnu en elle une peinture sortie des ateliers de Constantinople et apportée à Jérusalem par un patriarche. Mais on racontait surtout qu’une vénérable dame de la ville de Damas avait pris l’habit monastique et s'était réfugiée loin de la vie mondaine, à six milles de la ville, pour servir dévotement le Seigneur dans la retraite, à l’abbaye de Sardenai. Ayant donc élevé un oratoire en l'honneur de la Mère de Dieu, elle offrait l'hospitalité aux pauvres ainsi qu'aux pèlerins. Et voici qu'un moine vint à passer, qui allait à Jérusalem. Ce qu’apprenant, la moniale le supplia humblement de lui apporter à son retour un portrait de la Vierge Marie qu’elle placerait dans son oratoire pour lui adresser chaque jour ses prières. Le moine promit. Mais, une fois à Jérusalem, lorsque, ayant achevé ses oraisons aux Lieux Saints, il prit le chemin du retour, il avait oublié sa promesse. Alors, du haut du ciel, une voix se fit entendre : «Eh bien! c’est ainsi que l’on rentre les mains vides? Où donc est l'icone que tu as promis de rapporter? » Notre moine revint sur ses pas, demanda l'adresse des marchands d'images, en choisit une et la rapporta. Certaines chroniques même nous assurent qu'il s'en fit montrer beaucoup avant de se décider.
Ce récit initial ne mentionne encore aucun miracle de première grandeur. Dans la hâte d'un départ, tous les voyageurs ont connu de ces rappels subits où l'intervention du ciel peut sembler contestable. Mais, depuis, que
de circonstances nouvelles ont été révélées! Ainsi a-t-on