IFATANI PE SD'ES
IMAGES
temps où il n’était pas encore remis en place, et n'ayant à ma disposition aucun document figuré ou écrit sur la couleur des vêtements de ces deux dames, j'ai, avec une certitude imperturbable, fait imprimer qu'elles étaient vêtues de rouge et de vert en attendant que la réapparition du tableau vint justifier cette confiance dans le langage allégorique.
Mais de telles alliances entre une couleur et une idée sont toutes fortuites et ne prennent leur sens que grâce au contexte. Dans l’Apothéose d'Homère, Ingres a placé aussi deux allégories de chaque côté du poète déifié ; l’une est vêtue de rouge, c’est l’/liade ; l’autre enveloppée de vert est l'Odyssée. Et si le rouge de l'Jliade évoque encore le sang et le feu de la bataille, il est évident que le vert de l'Odyssée rappelle seulement la couleur de la mer où erra si longtemps le héros qu’attendait Pénélope. Ce sont des circonstances accidentelles qui donnent ainsi une signification passagère aux couleurs des allégories. Les trois couleurs du drapeau national ne sont que l'union de la couleur de la monarchie, le blanc, et des deux couleurs de Paris, le bleu et le rouge, qui viennent des armes de la Ville, fond d'azur et fond de gueules. Nul symbolisme à l'origine de ces couleurs de blason. Mais les luttes politiques du xix® siècle ont naturellement donné un sens allégorique aux trois couleurs en les associant aux partis en lutte, et c’est ainsi que le blanc, le bleu et le rouge représentent maintenant des ( couleurs politiques » et que ce vocabulaire chromatique a pris une signification morale . Quel parti la peinture peut-elle tirer de cette association d’une couleur et d’une pensée? L’admirable Barricade de Delacroix le montre ; sur un monceau de pavés et de cadavres, se dressent des visages farouches, et de ces décombres noirs de poudres et blancs de plâtre jaillit la tache rouge du drapeau tricolore, cruelle comme une éclaboussure de sang frais, éclatante comme un cri de triomphe, légère et joyeuse comme une flamme.
Delacroix pensait, en effet, que la couleur est par ellemême expressive de sentiment. Peut-être nous donne-t-elle surtout des révélations sur la qualité sentimentale du peintre et la nature de son imagination, comme le timbre d'une musique, comme le rythme favori d’un poète. Mais il serait sans doute chimérique de lui confier l'expression de sentiments déterminés : ceux-ci relèvent seulement de la littérature; il n’y a guère que les mots qui puissent suivre une analyse sentimentale. Peut-être arriverait-on à reconnaître dans certaines couleurs de la tristesse, en d’autres de la joie, de la mélancolie, de la vigueur ou de la faiblesse.
LA PEINTURE TOUT EN VALEURS (Corot, Le Pont de Narni, Musée des Arts décoratifs).
Paysage tout en valeurs : quelques plans sombres sur fond clair. Le peintre oublie un peu les choses matérielles pour ne voir que les écrans d'ombre et de lumière. Il donne ainsi la sensation de cet élément presque invisible qu'est l'atmosphère. Il peint l'air et laisse seulement voir les choses qui transparaissent dans sa limpidité.
TRANSPOSITION COLORÉE DES VALEURS (CI. Monet, Pont sur la Tamise, Coll. Part.).
Ici, la gravure en noir trahit la peinture. Il faudrait la polychromie pour montrer comment Monet traduit les valeurs en couleurs et dans les combinaisons des rayons et des ombres retrouve la pureté des éléments de l'arc-en-ciel. Les choses ne sont plus que prétextes à faire jouer ces féeries chromatiques de la lumière.