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Fig. 199, — LES SURPRISES DE L'INSTANTANÉ. On a dès longtemps remarqué comment le vide laissé derrière une figure en mouvement suggère la vitesse de son déplacement. DEGAS, dans cette spirituelle mise en page, nous montre un PROMENEUR TRAVERSANT LA CONCORDE. WMais, pendant que nous le regardons, voici qu'il sort déjà de notre champ visuel ; un autre promeneur y entre, à gauche, que nous discernons mal; et deux petites filles et leur chien viennent à passer, auxquelles nous ne songions pas. C'est ainsi que voit l'objectif de l'appareil photographique. Le mouvement est indiqué par l'imprévu du résultat. Ce n'est pas diminuer Degas que de trouver dans sa vision les surprises de l’instantané.
la rivière disciplinée, la forêt limitée, traversée, nettoyée des arbres morts, le hameau, les maçonneries à l'étoile des chemins ont peu à peu façonné, modelé, humanisé le sol ; la variété de ses aspects n’est pas du désordre, mais résulte d’une organisation des ressources du lieu ; ces
sites qui nous paraissent l'œuvre spontanée des éléments
Fig. 200, 201 et 202.— LE MOUVEMENT PAR L'ÉLAN, Le geste le plus expressif de mouvement est celui qui lance le corps dans une attitude extrême, la
plus violemment instable, celle qui représente le plus grand élan : ainsi pour ce DISCOBOLE peint sur un vase grec ; pour ce MERCURE TUANT ARGUS DE RUBENS.
Ces deux figures sont au moment oùlebalancier,ne pouvant plusmonter, vasubitement descendre, d'autant plusrapide qu'il est montéplus haut. Au contraire pour
le bourreau qui tue SAINTE LUCIE (attribué à DomENIcO VENEZIANO, par le catalogue de Berlin), ce bourreau manque de mouvement, parceque son geste est au
point d'arrivée. Ainsi, dans un groupe de forserons qui battent le fer, celui qui frappe le plus fort n'est pas celui qui touche l'enclume, mais celui dont le marteau est à l'autre extrémité de sa trajectoire.
Fig. 203. — NATURE ET PENSÉE. Ce dessin de POUSSIN, bien qu'il soit
croqué d'après nature, n'en est pas moins œuvre tout humaine et intellectuelle. Le motif central, le PONTE MoLLE, suffit à transformer ce site naturel en décor d'histoire. Le choix du point de vue, les arbres de premier plan qui encadrent cette vision lointaine révèlent la réflexion, le choix, la pensée qui ont dirigé la vision.
ont été achevés par un agencement ingénieux de la végétation et de la terre aux besoins de la société. Nos pays sont comme un parc ou un parterre, et nos paysagistes, quand ils croient peindre la face de la sauvagerie, ne font que reconnaître le lent travail des générations ; notre nature est le jardin de l’histoire. Quand la nature est vraiment vierge, ses aspects sont d'une monotonie inhumaine ; suivant le degré de fécondité du sol, c’est le désert vide, le bled infini, ou la forêt inextricable. Notre œil ne peut trouver de charme dans cette uniformité que depuis qu'il sait se contenter des jeux de la lumière : la nature sauvage ne nous attire que par ses sites violents
Fig. 204, — NATURE ET HUMANITÉ. Dans cette eau-forte de REM- BRANDT, paysage aussi véridique, aussi ( nature » que possible, il n'y a rien, sauf le ciel, qui ne soit un résultat du travail humain ; le chemin, le pont, le canal, la barque, les alignements d'arbres. Le paysage hollandais est aussi humanisé que le « paysage historique» avec ses ruines et ses nymphes.