‹ La Vie Des ImagesChapitre 75 sur 155 · HA NAT PA NNNA · texte numérisé non relu

HA NAT PA NNNA

Fig. 211 et 212. — LE TEMPLE CHEZ LES GCIOTTESQUES. Chez Tappro Gappr, comme chez GioTro, le Temple de Jérusalem se caractérise par des dispositions qui rappellent le plan de la Mosquée d'Omar. Ces fabriques ne sont pas d'un dessin fantaisiste. Le peintre nous dit que nous sommes à Jérusalem (Rencontre à la Porte d'or, massacre des Innocents).

pour nous retenir un moment devant une peinture qui se trouve être aussi belle qu'insolite.

Il s’agit de l’Ecce Homo du Musée de Vienne. Ce tableau, comme les Pèlerins d'Emmaüs de Véronèse, comme les Adorations des Mages de Tintoret, n’est en somme qu’une assemblée de portraits. Mais chez Titien, les figurants ne se contentent jamais de regarder le drame en curieux distraits ; ils le prennent au sérieux et tiennent leur rôle avec un zèle fort intelligent ; on serait pardonnable de ne pas y reconnaître des portraits. Îl est pourtant utile de se le rappeler ici, car l'Ecce Homo reste une anomalie dans l’œuvre de Titien et même dans la peinture italienne. Cette composition apparaît à sa place dans la série de la Passion, chez Rembrandt, chez Dürer, à qui Titien l’a empruntée parce que ces liseurs de l'Évangile ont suivi la Passion de Jésus dans toutes ses stations. Mais Titien n’a pas été conduit à ce motif par un plan de ce genre ; son choix est d'autant plus surprenant que le tableau — c’est Vasari qui nous l’apprend — n’a pas été exécuté pour une église ou quelque pieuse scuola, mais pour un particulier. Il figurait dans le palais de Messer Giovanni d'Anna (Van der Hannen), «gentilhomme et marchand flamand, son compère » chez qui Vasari l’a vu quand il vint à Venise.

Le drame est grandiose et brutal : une cohue emplit la scène jusqu'au bord du cadre, et il semble que nous soyons mêlés à cette foule et que nous entendions sa rumeur. On lève les yeux ; au haut d’un escalier vient d'apparaître Jésus, un Jésus dépouillé de sa robe, d'une beauté lamentable, la chevelure couronnée d'épines, les

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mains liées, l'échine piteuse, et devant lui un Pilate jovial, vêtu de bleu, chez qui nous reconnaissons immédiatement la face gouailleuse de l’Arétin et son port ventru. Puis d’autres visages nous semblent familiers. Cette jeune fille sans doute un peu intimidée par ces hommes farouches et barbus, c’est Lavinia, l'enfant chérie de Titien qui, en 1543, avait près de quinze ans, et tout auprès de l'enfant voici le père, Titien lui-même, qui se détourne, appuyé sur un bâton. Mais, parmi tous ces portraits, voici une tête bien extraordinaire, ronde, glabre, chauve. Sa place et son costume révèlent en cet homme un personnage important. Sur sa robe d’or, un manteau rouge à collerette d’hermine ; la lumière tombe à cru sur son crâne poli; sur les replis de sa nuque adipeuse et dans l'ombre on discerne assez bien le lourd profil et le goitre ballant. Une laideur aussi insolente révèle la richesse et la puissance. Quel est donc ce Vitellius ?

Le doute n’est pas possible ; son attitude, sa robe, les analogies avec la composition gravée par Dürer, tout indique le grand prêtre ou le sacrificateur. L’évangile de saint Jean nous rapporte que, lorsque Pilate posa la question : « Crucifierai-je votre roi? » les principaux sacrificateurs répondirent : « Nous n’avons point d'autre roi que César». Un instant auparavant, ils avaient déjà dit à Pilate hésitant : « Cruciñe-le, cruciñie-le ». Or, nous connaissons les noms de ces principaux sacrificateurs, l'Évangile les a nommés : (Etles soldats emmenèrent premièrement Jésus à Anna parce qu'il était le beau-père de Caïphe, qui était le souverain sacrificateur cette année-là ». Ainsi donc le gros homme en robe rouge est un sacrificateur, et il s'appelle Anna.

Il porte le même nom que le riche marchand qui a commandé la peinture à Titien, Van der Hannen, que les Italiens appelaient Anna. Faut-il donc croire à une coïncidence fortuite? Comme il est plus naturel de penser que l’homonyme du marchand flamand et du sacrificateur hébreu est à l'origine de notre tableau et qu’elle en est la raison initiale! C'était une coutume italienne, et Titien l’a observée bien des fois, de prêter aux personnages des ( saintes conversations » les traits et visage des donateurs dont ils sont les patrons et qui portent leur nom. Il est vrai que cette fois le donateur est associé à un patron bien compromettant. Et pourtant, il n’y a guère place au doute. Une médaille de Leone Leoni, quinous montre un Van der Hannen un peu moins adipeux, sans doute, mais également chauve, glabre et camard, vient confirmer notre hypothèse. Et voici comment Titien, pour placer à propos un

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