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portrait de riche client dans un tableau religieux, ou plus simplement dans un tableau d'histoire, a construit sur ce personnage toute sa composition ; Van der Hannen a suscité Anna ; Anna a entraîné toute la scène de l’Ecce Homo.
L'Évangile de saint Jean nous dit que les sacrificateurs n'étaient pas seuls à réclamer le supplice de Jésus ; quand les sacrificateurs et les sergents le virent, ils s’écrièrent : « Crucife-le ». Titien n’a pas oublié les sergents ; ce sont les deux magnifiques cavaliers qui emplissent l’aile droite du tableau, un Turc moustachu, au turban monumental gonflé comme une coupole en bulbe, un chevalier barbu, dont l’armure jette dans l'ombre des reflets d’acier. Mais il n'importe pas pour l'instant de rechercher l'identité de ces deux nouveaux compères de l'entourage de Titien, d'Arétin et d'Anna.
Il suffirait d’avoir montré jusqu’à quel degré d’indiftérence ou d’audace peut en arriver le peintre chrétien, s’il va jusqu'à oublier dans l'iconographie de distinguer les bons et les méchants. L’Arétin, certes, était bien homme à tenir sans crainte n1 vergogne le rôle de Pilate, l'homme qui « s’en lave les mains ». Mais Caïphe et son beau-père Anna eurent la malfaisance plus active. Le client de Titien, en acceptant de poser le rôle du sacrificateur Anna, serappelait-1l lesupplice réservé par Dante aux deux prêtres ? Au milieu des tristes hypocrites, dans un des cercles de l'Enfer, Caïphe apparaît cloué à terre par trois pieux, et
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les passants marchent sur lui. (Et pareillement pâtit dans cette fosse son beau-père (Anna). » Est-ce pour rassurer son compère que Titien s’est placé auprès de lui dans la peinture ? [Il a même compromis dans l'aventure ce qu'il avait de plus cher au monde, la petite Lavinia, en la mêlant à la foule impie qui réclame le supplice de Jésus. Titien, toutefois, ni safille, ne semblent jouer leur rôle très sérieusement, et, seuls dans cette foule, ils se détournent pour ne pas insulter le Christ. On dirait que le peintre ne s’est prêté qu'à demi à cette mascarade impie, dont il était pourtant le metteur en scène. Cette œuvre, 1l est vrai, n'était pas une œuvre publique, destinée à une église. Elle était réservée (au mystère d’une galerie privée ». Un peu plus tard, le Tribunal de l’Inquisition semonçait Véronèse pour avoir pris quelques familiarités dans la mise en scène du Repas chez Lévi ; il aurait pu, à bien plus juste titre, inculper Titien, l’Arétin, Giovanni d'Anna, et leur demander s'ils prenaient vraiment à leur compte les sentiments et les paroles de Pilate et des sacrificateurs juifs qui envoyaient Jésus au supplice. Et, pour Titien, tout au moins, on peut afhrmer qu'il eût protesté sincèrement contre l'accusation de blasphème, car son œuvre témoigne de sa piété. Quand il a peint une Mise au tombeau, il n’a jamais confié à un autre qu'à lui-même le soin de poser le personnage de Joseph d’Arimathie ; c’est Titien qui porte le cadavre du Christ, c’est son visage que l’on voit penché tendrement vers la face inerte du Dieu mort.
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