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coup de trident, la mer, l'olivier, autant de souvenirs de la bataille. L'Erechtéion fut un sanctuaire à cellas distinctes, avec des portiques annexes, un temple de plan compliqué et sans exemple, puisqu'il lui fallait abriter des choses fort dissemblables et que l’on ne pouvait ni déplacer, ni réunir. Cette fable de la querelle d’Athéna et de Poséidon, le mythe de l’Erechtéion, une histoire ingénieuse pour expliquer des rites obscurs. Et quand, un peu plus tard, l'atelier dePhidias représenta cette querelle sur le fronton occidental du Parthénon, il enrichit le mythe en mêlant à la piété le sentiment de la beauté. Mais, en l’humanisant, il amenait l'interprétation jusqu'à ce point de clarté qui laisse trop voir l’invraisemblance. Devant ce chef-d'œuvre, nous sommes près du moment où la foi s'échappe des formes creusées par l'esprit critique ; le mythe déserté par la foi n’est plus qu'un thème pour la poésie et pour l’art en même temps que l’adoration laïcisée devient l'admiration. Quel chemin parcouru sur ce plateau étroit depuis le culte naïf et populaire de l'olivier et de la nappe d’eau jusqu'aux marbres sublimes du Parthénon |! La vie morale de plusieurs générations a suivi cet enchaînement d'images ; un site, un mythe, et enfin des images et de la pensée. Le propre de l’hellénisme fut toujours d'amener les puissances obscures qui animent les croyances primitives à de lumineuses figures de marbre. Les statuaires grecs ont aidé à dégager l'intelligence philosophique, car, en donnant une forme humaine à des forces mystérieuses, ils installaient la raison dans le sentiment religieux, et, par le chemin de la plastique, ils atteignirent à la pensée abstraite.
L'Exode, dans la Bible, est l'épopée d'une société nomade circulant parmi les monuments mégalithiques d'une société sédentaire. Les premiers chapitres de la Bible nous font surprendre sur le fait la cristallisation de la légende autour des vieilles pierres. La fuite de l'Égypte, les errements dans le désert et l'occupation de la terre de Chanaan nous conduisent d'un monument à un autre, d'un autel à un puits, d’une pierre sacrée à une montagne, et chaque, fois, le nom du monument est expliqué de telle sorte qu'on ne peut avoir de doute sur la manière dont ces légendes se sont formées. Une pierre et un nom, il n’en faut pas plus pour que les caravanes imaginent une histoire.
Après les premiers chapitres de la Genèse, qui sont une cosmogonie d'emprunt plaquée sur un livre tout entier d'origine juive, avant les chroniques consignées par des
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scribes qui racontent l’histoire de ce peuple installé en Chanaan, la Bible déroule unesuitederécits que l’on pourrait appeler la chanson des caravanes ou le poème du désert. C'est le temps des patriarches : Jacob, Joseph, Moïse, Josué ; ces récits nous mêlent à la vie nomade et nous entraînent à la suite des troupeaux : ils sont nés sous la tente, ils ont cheminé au pas des caravanes du Sinaï au Jourdain ; les aventures qu'ils nous content sont celles des Bédouins rôdeurs qui cherchent une terre fertile où s'installer. Quand ces récits se sont liés ensemble, les souvenirs n'étaient pas perdus des temps où Israël incertain errait au désert.
Ils révèlent ingénument les sources d'où ils ont coulé. Il est rare que le récit ne mentionne pas le témoin qui le garantit, et ce témoin, c’est le plus souvent quelque pauvre monument, un puits, un autel ou un tombeau. Toute l’histoire de Jacob n’est qu'une suite de contes associés à des pierres. Jacob ne parle ni n'agit sans rattacher les circonstances de sa vie à un site sur lequel il applique un nom commémoratif. (« Des anges vinrent au-devant de lui. Quand Jacob les eut vus, il dit : C’est ici le camp de Dieu, et il appela ce lieu Mahanajim » (Genèse, 32,2). On croit surprendre la légende dans sa germination. La route des caravanes passe en un lieu dont le nom autorise une étymologie tendancieuse ; de l'aspect du lieu et du commentaire de son nom naît un récit ; et ce récit va de bouche en bouche et s'enrichit de circonstances nouvelles, car en ce lieu passent les caravanes et s'arrêtent les pèlerins.
L'histoire des patriarches est écrite par des pierres sur la plaine du désert ; termes obscurs, texte elliptique. Les récits n’en ont que plus de prise sur l'âme du passant, car il lui faut mêler son imagination pour que ces choses inertes consentent à dire leur secret. La pensée de tout un peuple vient ainsi se cristalliser sur les blocs perdus dans la solitude, et ceux qui les ont vus, touchés, qui ont dormi auprès d'eux à l'étape iront ensuite propageant l'histoire de Jacob au désert luttant avec l'ange : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël, car tu as été le plus fort en luttant avec Dieu et avec les hommes » (Genèse, 32, 30)» et Jacobnommacelieu Péniel, car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée ». Ici encore, le récit porte comme témoignage l'étymologie topographique : et une fois encore la genèse du mythe est révélée par le commentaire onomastique. Un rocher,un nom, c’est un foyer de légende qui s'allume.
Et toute l'existence du patriarche chemine ainsi de l’une à l’autre pierre, comme une caravane qui va d'un puits à
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Fig. 257. — LES CHOÉPHORES SUR LE TOMBEAU D'AGAMEM- NON. Dans la trilogie d'Eschyle, « Agamemnon » est la tragédie de la Porte ; « les Choéphores » sont le poème du Tombeau. Le drame est avant tout un dialogue entre les enfants d'Agamemnon qui apportent leurs offrandes au tertre funéraire et le mort qui leur répond du fond de la tombe, farouche et invengé. Ces TOMBEAUX DES ATRIDES on{ remué l'imagination des voyageurs antiques comme Pausanias, des poètes comme Eschyle, des archéologues modernes comme Schliemann. La vue de ces vieilles prières n'a pas fini d'émouvoir les hommes.
l’autre ou comme un pèlerinage qui trouve un sanctuaire à chaque étape. On croirait traverser le désert sur une piste jalonnée de bornes saintes. Et il appela ce lieu Succoth (33,17) et il appela cet autel : le Dieu fort, le Dieu d'Israël (33,20) et il appela cet autel le Dieu fort de Béthel (35-74). Puis c’est le tombeau de Deborah (35,8), le monument de Béthel (35,15), le tombeau de Rachel (35,20).
La réconciliation de Jacob et de Laban est racontée de telle sorte qu'elle paraît avoir consisté en une série de cérémonies par lesquelles les deux patriarches donnaient des noms à des tas de pierres (Gen.; 31, 47). « Et ayant apporté des pierres, ils en, firent un monceau et mangèrent sur ce monceau. Et Laban l’appela Jégar-Sahadutha, et Jacob l'appela Galhed. Après cela, Laban dit : « Ce « monceau sera aujourd'hui témoin entre moi et toi ». C'est pourquoi il fut nommé Galhed. Il fut aussi appelé Mispa, parce que Laban dit : (« Que l'Éternel veille sur «toi et sur moi quand nous nous serons retirés l'un et «l'autre ! » Que d’étymologies ! Ces monceaux de pierres auprès desquels les nomades viennent planter leurs tentes étonnent dans ce désert où l’homme passe sans laisser de traces. Il faut chercher dans la vie des ancêtres les circonstances qui les peuvent expliquer, et les noms de ces vieilles pierres qui circulent sur la voie des caravanes contiennent dans leurs syllabes d’abord inexpliquées de merveilleuses histoires qui s’épanouissent vite dans l'imagination des voyageurs. Des hommes ont remué ces pierres ; des hommes leur ont donné un nom ; et cela sufht pour
qu'une histoire se compose.
Fig. 258 — IDOLES EN BOIS.
Les Bretons continuent d'adresser leur dévotion à la mystérieuse statue de Quinipily. Les Grecs de l'époque classique conservaient dans des temples neufs des idoles de bois sculptées en un style d'un archaïsme barbare, et que leur aspect inerle el sommaire rendait d'autant plus vénérables. À l'époque où Praxitèle sculptait dans le marbre des torses de chair, les Grecs conservaient un culle pour ces vieilles images d'un art bien dépassé. Et l'étrangelé même de ces statues obligeait à leur découvrir une origine miraculeuse. Le Xoanon de l'Erechteion, à Athènes, passait donc pour être tombé du ciel. C’est en vertu du même travail de pensée que les plus archaïques icones de la Vierge ont persuadé aux pèlerins du moyen âge qu'elles élaient contemporaines du modèle et de la main de saint Luc. La dévotion était tellement attachée à l'aspect de ces archaïques statues de bois que parfois les sculpteurs de marbre, obligés de remplacer un xoanon vermoulu, en reproduisaient l'aspect initial de tronc équarri, comme dans cette STATUETTE DU Louvre. C'est à toutes les époques que le sentiment religieux a, non pas dirigé, mais contrarié le développement de la plastique. La dévotion a besoin d'images pour leur adresser ses prières. Quand l'une d'elles, est adoptée par le culte, le sentiment religieux lui reste jalousement fidèle. Il existe bien des sanctuaires de la Vierge.
Chacun d'eux montre un type particulier de la Madone ; il serait impossible de faire permuter ces images.
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Mais, de toutes ces pierres sur lesquelles repose la légende de Jacob, c'est sans doute celle où il dormit que les pèlerinages ont le plus vénérée (Gen.; 28, 10 et 19). Jacob était donc parti de Béez Scébah et s’en allait à Caran. Et il se reposa en un certain lieu où il passa la nuit parce que le soleil était couché. Il prit donc les pierres du lieu et en fit son chevet etils’endormit au même lieu. Alors, il eut un rêve, et 1l eut peur et dit : « Que ce lieu est vénérable ! C’est ici la Maison de Dieu et c’est ici la porte des cieux ». Et Jacob se leva de bon matin et prit la pierre dont il avait fait son chevet et la dressa pour monument, etil versa de l'huile sur le sommet de cette pierre et il appela ce lieu-là Bethel, au lieu qu'aparavant cette ville s'appelait Luz, et Jacob promit que, si l'Éternel lui venait en aide dans son voyage, « cette pierre serait la Maison de Dieu ». Ainsi, quand lescaravanes passaient auprès de cette pierre dressée sur la plaine, le souvenir de Jacob était évoqué :; on se racontait comment l'Éternel avait ici renoué avec Jacob l'alliance déjà promise à Abraham. Et sans doute,
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le voyageur, à son tour, versait de l'huile sur le menhir, afin d'obtenir également la protection de l'Éternel pour le temps de son voyage.
Enfin, les épisodes de la mort de Jacob sont aussi assoclés à des monuments de telle sorte que les récits paraissent en être nés (49,30). « Ses fils le transportèrent au pays de Chanaan et l’ensevelirent dans la caverne du champ de Macpela, vis-à-vis de Mauré, laquelle Abraham avait acquis d'Héphron, Héthien, avec le champ, pour le posséder comme lieu de son sépulcre. » Une telle précision topographique révèle le lieu d’origine de la légende. Les fils de Jacob ont transporté leur père mort et enseveli au désert, parce qu'il fallait expliquer comment son tombeau se vénérait en Chanaan et comment on rencontrait deux tombeaux de Jacob. La rédaction a pris toutes garanties contre l'incrédulité. Elle accepte les traditions qui flottent autour des monuments, des tombeaux et des vieilles pierres, et se contente de les coordonner un peu. Ainsi les principales circonstances de la vie de Jacob semblent-elles des récits que des pierres sacrées inspirent à la piété des pèlerins ou à la curiosité des nomades. Ce tombeau est signalé deux fois avec la même précision, la même insistance. Il est signalé dans les mêmes termes qui ont servi pour fixer le lieu de sépulture d'Abraham et de Sara (Gen., 25, 9). « Et Isaac et Ismail, ses fils, l’enterrèrent en la caverne de Macpela au champ d'Hephron, fils de Isohar Héthien, qui est vis-à-vis de Mauré, qui est le champ qu'Abraham avait acheté des Héthiens. Ce fut donc là que fut enterré Abraham avec Sara sa femme. »
Pourquoi tant de précision et d’insistance? N'est-il pas évident qu'un texte semblable nous donne l'adresse d’un sanctuaire et nous indique un pèlerinage? Quand la narration cesse de flotter dans le vague pour entrer dans des précisions de guide, c’est qu'elle ne suit plus les fictions de l'esprit ; pour un moment, le poème semble s'arrêter, et c'est le site, la pierre qui parle et qui nous ramène à l'origine du mythe. Il flotte à l'air libre, fleurit, sème à tous les vents et propage bien loin son parfum ; mais la racine reste attachée à ce point précis, et c’est de là que monte la sève. Ces tombeaux de la Bible ! Combien d'Hébreux sont venus se prosterner devant leurs cavernes et baiser la pierre qui les défend ! Ils prenaient là un peu de cette chaleur qui a mûri les récits de la Genèse.
L'excde est le poème du Sinaï. C'est sur ce massif rocheux que Moïse a reçu sa mission ; c’est au pied qu'il a conduit son peuple: là que, l'Éternel lui a remis les tables de la loi. Le sommet du récit est une description de l'orage
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sur les roches retentissantes. L'Éternel qui parle à Moïse est un Dieu-tonnerre ; la dictée du Décalogue est accompagnée par les fulgurations des éclairs, le grondement de la foudre, tandis que l'ouragan chasse les nuées et souffle dans les ravins comme les appels déchirants du cor. L'étrangeté du site, ces roches abruptes et croulantes, ce pic qui s’enveloppe de vapeurs d’où jaillit le feu, ce ciel qui gronde et qui frappe, comment les nomades de la plaine auraient-ils pu contempler cette lutte surhumaine des éléments sans en rapporter la terreur du divin? Bien que l'accès du sol sacré paraisse avoir été interdit aux pieds des profanes, la montagne où tonnait la voix de l'Éternel restait le foyer d’une religion et le pôle d’attraction des caravanes. On se montrait le roc où Moïse s'était prosterné devant le buisson enflammé et la pierre où il s'était assis pendant la bataille entre Josué et Hamalek, et les douze pierres qui avaient servi pour le dénombrement des douze tribus. Les incidents de la fuite en Égypte sont les épisodes de tout voyage d'Égypte au Sinaï ; le passage de la mer Rouge, la rencontre des sources aux eaux amères, l’oasis aux douze fontaines et aux soixante-dix palmiers, la source jaillissante dans la montagne, et les lieux traversés portent des noms qui se prêtent aux commentaires ingénieux. Tous ces récits semblent résumer les impressions des voyageurs à l’arrivée de la caravane. Quant au mythe de la manne, 1l est né dans le temple, devant une cruche remplie de farine, que l’on conservait pour un motif dont on avait perdu le souvenir. Et, quand on chercha à expliquer sa présence, on imagina qu’elle était un échantillon de ce qui avait servi à nourrir les Hébreux au désert. Le récit biblique, pour nous donner la preuve de sa véracité, fournit ingénument la clé du mystère. Tandis que les Hébreux ramassaient la manne au désert, Moïse pensa qu'il convenait d’en conserver pour l'avenir. Il dit donc à Aaron :
mets-y un plein home de manne et le pose devant l'Éter-
«Prends une cruche et
nel pour être gardé dans vos âges » ; et selon que le Seigneur avait commandé Moïse, Aaron posa la cruche devant le témoignage, afin qu'elle fût gardée. Cette cruche de manne, qui rappelle aux Juifs ce que l'Éternel a fait pour eux, encore un exemple de ces innombrables objets ou rites qui, à force de vivre et de vieillir, ont perdu toute signification. Alors, comme l'esprit humain ne peut concevoir chose humaine sans y mêler de l'intelligence, une intention, de la finalité, une histoire se compose qui se trouve expliquer la chose inexplicable. Une cruche remplie de farine qui se conservait dans le temple a suscité
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la chute miraculeuse de la manne. L'imagination travaille pour reconstituer le passé, de manière à interpréter ce qu'il nous a laissé. Les légendes naissent d'un effort du rationalisme devant des reliques.
Ce n'est pas seulement aux choses matérielles que s’applique cette remarque. Quantité de rites dont les Juifs avaient oublié la signification se conservaient pourtant dans un âge plus réfléchi. Alors, de la conscience populaire, de l'intelligence des prêtres, sortaient des récits qui semblaient raisonnables puisqu'ils donnaient satisfaction à la curiosité. Ces mythes où nous admirons parfois la hardiesse d’une imagination qui se joue sont bien souvent des hypothèses auxquelles on a cru, parce qu'elles donnaient un séns raisonnable à des choses inexpliquées. Les faits sont là, il faut en rendre compte, vaille que vaille ; une explication par le miracle paraît plus acceptable que pas d'explication du tout. Et parfois le rédacteur de l'Exode s'arrête et il écrit : (Et quand ton fils t'interrogera un jour, disant : « Que veut dire ceci? » alors tu lui diras : « L'Éternel nous a retirés par main forte hors d'Égypte, de la Maison de servitude » (Ex., 13, 14). Et quand vos enfants vous diront : ( Que signifie cette cérémonie? » alors, vous répondrez : « C’est le sacrifice de la Pâque à l'Éternel qui passa en Égypte par-dessus les maisons des enfants d'Israël quand il frappa l'Égypte et qu'il préserva nos 12, 26). Le procédé d'invention est montré à plein. Il joue pour justifier des rites bizarres
maisons » (Exode,
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Fig. 259. — LÉGENDES ET ACCIDENTS GÉOLOGIQUES, Cette miniature du Livre Des MerveiLLes de la Bibliothèque Nationale montre, d'après un récit de Marco Polo, « un beau miracle que notre Sire (Seigneur) fit pour l'amour des chrétiens, el comment la montägne se remua au nom de Dieu ». Quelle montagne exactement ? Peu importe ; l'image et le récit montrent qu'il y avait quelque part en Asie mineure une montagne dont on expliquait la position par une intervention divine. Et l'on imagine aisément quelques-uns des récits nés d'un site où une montagne semble s'être déplacée. Ainsi également les gorges du col de Ronceveaux ont suscité dans l'imagination des pèlerins la pensée d'un désastre, l'écrasement d'une armée sous des roches croulantes,
comme pour prouver le caractère sacré des lieux de pèlerinage.
Dans ces récits, la narration semble toujours la justification d'un commandement ou d’un dogme ; en fait, c'est elle qui est née de la nécessité d'expliquer un rite. Le fait initial, irréductible pour nous, c’est le commandement religieux, le rite, le dogme. Le rédacteur de la Genèse le fait entrer dans une narration historique ; il l'humanise et la rationalise. Sans doute son rationalisme accepte le miracle, mais, expliquer le miracle, c'est déjà mêler de l'intelligence à la foi. Ces outils, ces tombeaux, ces pierres, on nous les présente comme des témoignages du passé ; nous les imaginons suspendus à l'humanité primitive ; en réalité, ils en sont les supports. Il est une longue série de versets de l’Exode qui nous sont donnés comme des commandements que l'Éternel sur le Sinaï adresse à Moïse. Ils ne sont en réalité que l'énumération et la description du matériel sacré. Le rédacteur rattache les objets du culte, comme les rites, à ces temps où Israël entendait son Dieu et en recevait sa loi. C'est donc l'Éternel qui a commandé tout ce mobilier sacré ; il a précisé la forme, donné les dimensions, fixé les matières. Tant de précision serait inconcevable si l'on ne prenait garde ici encore que l’histoire ou le mythe se contente de diviniser le fait. L'Éternel commande : «Tu feras ». Après quoi, il lit un inventaire détaillé du sanctuaire. Quelles lois religieuses avaient pu déterminer les formes du chandelier sacré, du tabernacle, du propitiatoire, et tous les accessoires du costume des sacrificateurs ? Jenesais, mais, au moment où ce chapitre de l'Exode fut
Fig. 260, — RELIQUES À CONSTANTINOPLE., Le patriarche de
Constantinople indique à deux pèlerins les SANCTUAIRES où sont conservées
les RELIQUES DE LA PASSION ; dans une chapelle, on voit la croix, la lance;
dans une autre, la couronne, les clous ; sous une église à coupole, le sépulcre.
C'est ainsi qu'un enlumineur de la fin du XIV® siècle se représentait les sanctuaires de Constantinople et de Jérusalem.
LRAGEVELESDIES
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RP / 14 M) fé 4 Z NW, j,) LA PL
Fig. 261. — SAINTE CATHERINE SUR LE SINAI. Le fameux couvent de Sainte-Catherine sur le Sinaï a reçu bien des générations depèlerinsjusqu à nos jours. Ainsi que nous le montre cette miniature de la fin du XIV® siècle, ils grimpaient jusqu'au sommet de la montagne pour faire leurs dévotions au tombeau de la sainte. Dans le couvent, l'enlumineur, artiste franco-flamand de lafin du XIV® siècle, a placé, à lamode occidentale, une statue de la sainte appuyée sur la roue dentée de son supplice. Cet artiste, à en juger par son dessin, est très près de Melchior Bræderlam, le peintre des deux volets du triptyque au musée de Dijon.
rédigé, ils parurent au rédacteur tels que l'Éternel les avait voulus ; dans les objets du culte, comme dans les rites, on reconnut la volonté de Jéovah. C'est le mode d'explication de tout ce livre ; cette charte du peuple juif, visiblement, ne fait, comme toutes les chartes, que codifier des coutumes; elle suspend à la volonté de Dieu une situation de fait. Les planches du tabernacle, les crochets des tentures, les broderies des tissus, tout prend un caractère sacré, et c’est pour rendre compte de ce caractère que le rédacteur place dans la bouche de l'Éternel non seulement une description de la liturgie, mais encore l'inventaire du matériel
Les chapitres où se développe le Code sont allés s’amplifiant ; mais les adjonctions sont entrées dans le cadre initial. C’est toujours dans le grondement du tonnerre que l'Éternel dicte la loi à son peuple. Le poème du Sinaï en paraît un instant interrompu. Mais enfin il reprend. La poussée des Juifs vers Chanaan recommence, ct de nouveau on voit paraître ces souvenirs de pierre qui marquaient les étapes des caravanes et qui sont les foyers de cette légende épique. Il est d’abord un lieu qui devait attirer la vénération des pèlerins : l'endroit où le peuple franchit enfin le Jourdain et passa du désert dans cette terre vers laquelle il marchait depuis si longtemps. Le passage est raconté longuement au chapitre IV du livre de Josué. Toutes les circonstances en sont décrites : le cours du Jourdain s’est interrompu pour permettre au peuple de
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traverser à pied sec. Et c’est pour commémorer ce miracle que Josué demanda qu’un homme de chacune des douze tribus enlevât une pierre au lit du torrent, et ces douze pierres furent dressées sur la rive : il dressa aussi douze pierres au milieu du Jourdain, au lieu où les pieds des sacrificateurs qui portaient l'arche d'alliance s'étaient arrêtés et (elles y sont demeurées jusqu'à ce jour». Et, comme il arrive souvent, la narration, en voulant nous donner des preuves, laisse voir le mode de formation du mythe : «Et quand vos enfants interrogeront à l'avenir leurs pères, disant : Que veulent dire ces pierres? Alors vous leur répondrez que les eaux du Jourdain s’écoulèrent devant l'arche d'alliance de l'Éternel quand elle passa le Jourdain et que les eaux du Jourdain furent entrecoupées ; ainsi ces pierres-là serviront de mémorial aux enfants d'Israël à jamais.» Toute cette histoire renouvelée du passage dela mer Rouge a donc été imaginée par des hommes qui regardaient des pierres disposées dans le Jourdain pour un passage à gué et le cromlech des douze mégahithes levés sur la rive. Une fois encore, la légende a
fleuri sur ces choses lointaines qui montrent la trace d’une
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