‹ La Vie Des ImagesChapitre 95 sur 155 · CET JE SAT · texte numérisé non relu

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Fig. 269. — MIRACLES ET SYMBOLES. Une première iconographie chrétienne (peinte ou sculptée) s'est développée sur les parois des tombeaux et

dans les catacombes. Les images y furent symboliques ou décoratives avant de devenir réalistes et historiques. Sur ce SARCOPHAGE D'ARLES, où l'on reconnaît

au centre Jésus, il est évident que la disposition décorative des figures dans les niches a été la déterminante de la composition. Les accessoires que tiennent les

apôtres rappellent les miracles habituels à l'iconographie des catacombes. Des pains dans une corbeille, un poisson sur un plat : reconnaissons la multiplication

des pains et celle des poissons. Miracles qui montrent aux yeux comment la parole du Christ apporte la nourriture et la vie. Dans l'œuvre présente, l'image sculplée est plus près de la métaphore initiale que du récit réaliste et concret qui en découlera.

profond de l'humanité, celui qui est à la source de toute religion :la crainte de la mort et le respect des dieux. Elle est fondée sur cette conviction que la forme de pierre, de terre, de métal ou de bois qui reproduit l'aspect d’un corps retient quelque chose de l’âme qui anime son modèle vivant. L'histoire entière de la statuaire est éclairée par cette idée : les statues vivent. Jusque dans notre art contemporain, il est aisé de retrouver des restes de la pensée originelle qui a suscité la sculpture.

La sculpture religieuse païenne ou chrétienne n'a pas besoin d'être rappelée. Mais les statues iconiques, portraits de pierre ou de bronze, manifestent tout aussi clairement qu'elles sont nées pour aider l’homme à ne pas mourir.

Dans les tombeaux chrétiens, les corps attendent la résurrection. L'âme sans doute retrouvera son vêtement de chair si une image de pierre perpétue la figure du défunt. Des portraits funéraires sont là comme des témoins, des indices pour le dernier jugement. Silhouettes gravées qu'accompagnent des inscriptions, gisants sculptés, ces images impérissables ne peuvent avoir d'autre utilité que de suppléer au corps défaillant ; l’art nous montre le mort, les mains en prière, dans l'attente du réveil. Il continue d’adorer le Dieu qui va être son juge. Puis le naturalisme immanent à toute sculpture se développe, imposant une représentation de plus en plus véridique, et c’est l’image d’un cadavre en décomposition que taille

bientôt le sculpteur. Est-ce que la statuaire, entrainée

bientôt par limitation de la mort, ne va pas oublier le grand projet initial, qui est de figurer un corps immortel ? Dans son application à copier la mort, l’art ne va-t-il pas oublier qu'il doit avant tout nous défendre contre elle? C'est alors que la statuaire vise à l’immortalité par d'autres moyens. Tandis que le réalisme macabre des sculpteurs semble ne plus penser à la résurrection de la chair, voici qu'une croyance nouvelle, ou tout au moins renouvelée de l'antiquité, vient se confier à la sculpture, la croyance à une seconde vie dans la mémoire des hommes, l'immortalité dela gloire. Cesportraits, qui, surdes tombes, n'étaient jusqu'alors que des aide-mémoire pour le dernier jour du monde, ils peuvent prolonger le souvenir du mort et l'empêcher de sombrer dans l'oubli. Depuis ce moment, les tombeaux ne s'adressent pas tant au juge-

Fig. 270. — LA BIBLE SUR L'OLYMPE. Cette miniature byzantine (psautier grec du X° siècle de la Bibliothèque Nationale) détourne sans façon une composition païenne vers un usage chrétien. Quelques inscriptions nous invitent à reconnaître ici le jeune David, la mélodie, le dieu de la montagne de Bethléem, etc. ; dans le modèle initial, le peintre avait représenté quelque Aristée ou Orphée, au milieu de divinités champêtres.

On croit reconnaître une peinture pompéienne el c'est une illustration de la Bible.

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Fig. 271. — JUGEMENT DERNIER ROMAN. L'iconographie romane est évidemment dérivée des miniatures bénédictines. Mais le sculpteur, dans sa traduction, conserve quelque liberté, Voici l'interprétation du JUGEMENT DERNIER par un arliste SAIN- TONGEAIS du XI° ou XIL° siècle (fouilles de SAUJON). Dans ces églises saintongeaises, pos de tympans aux portails. L'iconographie doit se contenter des emplacements plus restreints que lui offrent les chapitea x et les voussures des porches.

ment de Dieu qu'à celui de la postérité. Le mort n'est plus entouré de symboles funèbres attachés aux parois du sarcophage, comme la prière des premiers chrétiens gravée sur les parois des catacombes. Les figures qui l'accompagnent sont les allégories deses vertus, et ces images, aussi gracieuses que celles des pleurants étaient sinistres, nous rappellent ses mérites, comme la voix éloquente qui prononça son oraison funèbre. La sculpture ne cherche plus l'éternité du salut, mais celle de la renommée. Ainsi donc, le jour vint naturellement où le tombeau cessa d’être seulement un lit funéraire pour se grandir en arc de triomphe. Il n'est plus la demeure de passage, le séjour provisoire avant la résurrection ; il se dresse comme un monument d'orgueil qui rappelle aux parents la gloire du mort et ses mérites. Saint Louis, étendu sur la dalle, attend son juge. François [®' sur son arc de triomphe invite les hommes à lire l'histoire de ses exploits. Quant à Louis XIV, ce n’est même plus une

Fig, 272. — JUGEMENT DERNIER ORNEMENTAL. Sur ce CHAPI-

TEAU DE SAINT-EUTROPE A SAINTES, le sculpteur roman a placé quelques

figurines qui jouent la scène du PÈSEMENT DES AMES ; maïs, dans l'art roman

saintongeais, comme dans l'art oriental, les thèmes iconographiques sont tou-

jours près de se fondre dans les fantaisies ornementales. Pour qui cherche le

sens des images, desfleurons et monstres emmélés finissent par tenir un rôle dans la scène du Jugement dernier.

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