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Fig. 280 et 281. — LES MAGES SONT ROIS ET ASTROLOGUES,. L'art européen du XV® siècle, ajoutant des déterminations de plus en plus con-
crètes aux figures de l’iconographie, a été amené à fixer le caractère individuel des rois mages ; ils représentent les trois âges de la vie et les trois continents du
monde : l'Europe, l'Asie, l'Afrique. Ici, l'on a rapproché ces mages peints par un Vénitien du commencement du XVI® siècle d'une illustre composition de
GIORGIONE(MUSÉE DE VIENNE) ; le rapprochement suffit à résoudre en passant un des problèmes les plus débattus de l’histoire de l'art, bien que fort épisodique.
Les historiens de Giorgione cherchent un peu partout l'explication de ce mystérieux trio. D'après la solution géréralement admise, il faudrait reconnaître ici
Enée et Evandre devant le rocher du Capitole. Ecartons cette laborieuse erreur et saluons ici les trois mages en train de découvrir la nouvelle étoile qui annonce la nativité de Jésus et qui les guidera vers Bethléem.
Les mythologues, pour expliquer la naissance des divinités, font intervenir volontiers les principes abstraits. Les hommes, disent-ils, ont divinisé, c'est-à-dire personnifñé, le feu, l’eau, la lumière... ils ont personnifié le principe humide, le principe igné. Mais une explication aussi rationaliste suppose un esprit de discernement, de généralisation, de classification et de synthèse ; elle prête une sorte d'esprit philosophique aux croyances confuses de la pensée primitive. Il est plus raisonnable d'imaginer des croyances désordonnées, sporadiques, des divinités locales attachées à un phénomène, à un site bien déterminé ; il faut s'être élevé à une conception supérieuse des choses, à un système de l'univers, pour concevoir dans sa généralité un élément et le dieu dont il est le rayonnement.
C'est peu à peu, à l’user, que ces dieux innombrables se sont unis et qu'une personnalité dominatrice s’est dégagée, dans laquelle entraient quantité de divinités plus humbles. Les poètes ont sans doute beaucoup contribué à grouper plusieurs divinités sous un même nom, mais ce sont les artistes qui ont fixé l’image définitive de ce dieu collectif, et, avec son image, c’est sa
nature morale qu'ils ont achevé de composer, car c'est aussi déterminer le caractère d’un dieu que de le fixer dans son type physique et de lui donner une attitude, un costume et des accessoires.
Tout d’abord, il est une catégorie de religions qui ne se peuvent concevoir sans le secours de la statuaire : les religions à cultes zoomorphiques. Alors les dieux habitent des corps d'animaux, mais des corps baroques, des combinaisons anormales des espèces les plus incompatibles : homme et taureau, aigle et lion, coq et serpent ; les Égyptiens, les Chaldéens ont tenté les mélanges les plus imprévus. Cette zoologie hors nature ne peut avoir été imaginée que par la sculpture ; ce sont là idées de sculpteurs, fantaisies plastiques, et, d’ailleurs, aucun de ces croisements ne s’est perdu. Ces folles combinaisons ont presque toutes survécu aux croyances auxquelles nous pourrions les croire associées ; et, au cours des siècles, chaque fois qu'on les retrouve, on voit sur ces images fleurir des mythes qui s'efforcent d'expliquer ces fantaisies zoomorphiques. Les Grecs ont inventé les fables monstrueuses de Minos et de Pasiphaé pour