‹ La vie des mots: etudiée dans leur significationsChapitre 10 sur 61 · I. Du mot · texte numérisé non relu

I. Du mot

§ 7. Dans toute langue parlée, le mot est un un groupe de sons articulés auquel ceux qui attachent une valeur intellectuelle. C'est un si nore qui rappelle, par suite d'une association ré d'idées, soit l'image d'un objet matériel, soil d'une notion abstraite. L'esprit garde le souven tant de ce rapport, et quand paraît le m( tendu ou lu, il éveille l'idée dont il est le sij inversement, quand la pensée éveille l'idée , ci paraît sous l'enveloppe du mot qui la repr Apprendre le lexique d'une langue consiste jus à graver dans sa mémoire les sons articulés d

angue dans leurs rapports avec les images et les idées lont ils sont les signes.

Il suit de là que la vie des mots n'est autre chose que la valeur constante que l'esprit, par la force de l'habitude, leur donne régulièrement, valeur qui les rend les signes normaux de telles images ou idées. Les mots naissent, quand l'esprit fait d'un nouveau mot l'expression habituelle d'une idée; les mots se développent ou dépérissent, quand l'esprit attache régulièrement à un même mot un groupe plus étendu ou plus restreint d'images ou d'idées. Les mots meurent, quand l'esprit cesse de voir derrière eux les images ou les idées dont ils étaient les signes habituels, et par suite, n'usant plus de ces mots, les oublie. La vie des mots vient donc de l'activité de la pensée, qui modifie diversement les rapports qu'elle établit entre les objets de cette activité (images de choses sensibles, notions abstraites) e t les sons articulés, dits mots, dont elle a fait autant de signes.

§ 8. Le mot est le serviteur de l'idée ; sans idée, point de mot; ce n'est qu'un vain assemblage de sons. Mais l'idée peut exister sans mot ; seulement elle reste dans l'esprit, à l'état subjectif, et ne fait point partie du langage.

H semblerait que le langage dût posséder autant de .termes que d'idées simples, et créer un mot pour chacune d'elles. Mais les ressources dont il dispose sont souve Qt insuffisantes pour rendre ainsi les nouvelles idées,

et d'ailleurs la mémoire serait écrasée sous le poids des mots. L'esprit recourt à un procédé plus simple ; il donne à un même mot plusieurs significations.

Il existe dans les organismes inférieurs un procédé de reproduction * en vertu duquel un être bourgeonne et se sépare en plusieurs fragments, qui deviennent ensuite autant d'individus indépendants, quoique identiques, en matière et en forme, à l'individu d'où ils sortent. Il en est de même dans le langage. Un seul et même terme se charge de plusieurs significations qui, chacune à part, s'approprient le son primitif et vivent ensuite de leur vie propre 2 . La langue oublie leurs communes origines, et ce n'est que dans les catalogues artificiels des langues, les dictionnaires, qu'on les voit classées sous un même chef, et qu'on peut saisir la source unique dont elles dérivent.

§ 9. De là ce fait, en apparence étrange, que les mots de la langue, quand nous en avons besoin, viennent à notre souvenir dans l'acception spéciale où nous voulons les employer, et sans que nous ayons à nous embarrasser de la multiplicité des sens que chacun d'eux peut comporter. Si je veux exprimer cette idée que tel élève est à la tête de sa classe, les mots tête et classe se présenteront immédiatement à ma pensée dans les sens spéciaux où je les emploie, et je n'aurai pas

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