Voir cette liste à l'Appendice I* T
Si nous pouvions remonter du latin à la langue indoeuropéenne primitive d'où sont sortis la plupart de ces mots, nous ne constaterions sans doute guère de changements dans leur signification; et, autant qu'on peut le présumer, s'ils continuent de vivre, dans la suite des développements que le temps pourra apporter à notre idiome, ils conserveront immobiles leurs significations.
Si haut qu'on remonte dans l'histoire des noms de nombres, à travers les altérations des sons, on retrouve, à l'origine, une même signification première, qui se poursuit et se perpétue, depuis des milliers d'années, sur les lèvres des peuples divers qui constituent la grande famille indo-européenne 1 .
Ainsi, en thèse générale, sous les diversités de forme qu'amènent les lois de la prononciation, les mots gardent intacte l'empreinte primitive que leur a donnée la pensée populaire. Les générations se suivent, recevant des générations antérieures la tradition orale d'expressions, d'idées et d'images qu'elles transmettent aux générations suivantes.
§ 3. Cependant, à côté de cette force de conservation qui maintient et sauve l'unité de la langue, agit la force révolutionnaire qui tend à la modifier, à la précipiter dan? des directions nouvelles, transformant, avec ses autres éléments, la signification des mots.
1. M. Bréal, Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 384.
Les causes de ces changements sont aussi mvl\ipl e8 que les actions infinies qui modifient les civilisation 5 ' L'état du lexique d'un peuple, à un moment donn^ répond nécessairement h l'état des idées qui, à ce mer ment, s'agitent dans son esprit, et le flux incessant d# faits et de pensées qu'emportent les générations dans leur écoulement sans fin laisse sa trace dans le vocabulaire.
Pour nous en tenir à la France et au français, l'Église, les institutions féodales, les croisades, les progrès de la royauté, le triomphe du droit romain sur le droit coutumier, la Renaissance, la Réforme, les humanités, la monarchie absolue, l'immense développement des sciences aux temps modernes, l'avènement de la démocratie, voilà autant de causes, pour ne citer que les plus notables, qui ont contribué aux transformations de la civilisation française, sans parler de celles qu'apportent dans les mœurs le cours naturel du temps, dans les esprits l'action incessante d'une littérature qui depuis le xi e siècle n'a pas eu une heure de sommeil.
Que de faits, que d'idées nouvelles ont dû ainsi pénétrer dans le trésor de la pensée commune! Pour l'expression de ces faits et de ces idées, la langue a recouru à des mots nouveaux ; mais très souvent aussi, elle s'est contentée d'appliquer un ancien mot à l'expression d'une chose nouvelle.
§ 4. Ces causes historiques ne sont pas les seules ,
l tos actions entrent aussi en jeu, plus intimes, J profondes, plus mystérieuses. Ainsi, pour ne noter la plus apparente, les mots peuvent s'user à la >ue; et des termes, jadis expressifs, faire place à très plus imagés qui s'enrichiront de leur signiion, pour s'en voir à leur tour dépouillés et mis à rt par de nouveaux venus.
>. Quels sont les modes logiques suivant lesquels roduisent ces changements? Quelles en sont les îs psychologiques ou morales ? Enfin, comment tots, ces sens nouveaux pénètrent-ils dans la lant l'affectent-ils ? Voilà les trois questions auxquelramène la question unique posée au commencede cette partie : Comment naissent les mots?