‹ La vie des mots: etudiée dans leur significationsChapitre 17 sur 61 · V. Synecdoque : Extensions de sens · texte numérisé non relu

V. Synecdoque : Extensions de sens

§ 28. Il n'est pas besoin de définir Y extension; h exemples donnés plus haut, l'expliquent sufïisammen Quand on prend le nom de l'espèce pour désigner j genre, le nom de la partie pour désigner le tout, o étend la compréhension des deux noms : on fait de extensions.

Toutefois l'extension peut présenter un caractère plu

abstrait, et où la notion de la synecdoque tend à s'effacer. Un mot peut généraliser un trait particulier propre à la chose qu'il désigne, pour s'appliquer à des idées beaucoup plus étendues. Ainsi panier signifie proprement ce qui est relatif au pain (panarium), et est appliqué — de par l'usage — à une espèce de corbeille : la corbeille au pain ; par extension panier prend le sens général de corbeille. Ce serait la môme chose pour le mot saladier, si on venait à l'appliquer à une sorte analogue de vase, indépendamment de la fonction spéciale qu'il remplit. — Boucher est d'abord : qui est propre au bouc, et signifie spécialement marchand de viande de bouc; puis, par généralisation, marchand de n'importe quelle viande. — Arracher est d'abord déraciner (eradicare), puis enlever quoi que ce soit de ce qui le retient. — Briller est d'abord : être comme le béril, avoir Véclat du béril; d'où, par généralisation, être éclatant, brillant. — Payer quelqu'un est le tranquilliser (spécialement en lui donnant ce qu'on lui doit ; lat. pacare) ; d'où, par effacement de l'idée première, payer ses dettes.

Nous nous trouvons donc ici en présence d'une sorte de synecdoque où l'idée étendue est produite par une généralisation postérieure de l'idée première. Dans la véritable synecdoque, l'idée du tout coexiste avec l'idée de la partie, et c'est par abstraction que l'on peut substituer celle-ci à l'autre.

Page 1