Voir plus haut, p. 78, note
sont dénommés d'après des métaphores tirées du règne animal : corbeau, grue, chèvre, chevalet, poutre (proprement jument 1 ), bourdon (proprement mulet, du latin burdus), robinet (c'est-à-dire petit robin, petit mouton), chenet (c'est-à-dire petit chien). Machines de guerre : bélier, mouton, tortue, chat (machine du moyen âge), truie (id.), fauconneau, émerillon, mousquet (ital. moschetto, proprement petite mouche), sacre, couleuvre, couleuvrine, etc.
b) Des animaux reçoivent leurs noms, par une qualification plaisante , de noms d'hommes : sansonnet (le petit Samson), Jacquot, Pierrot, Margot, Martinet, etc., Mart in (ours), Fouquet (écureuil), Marcou ou Raou ou Matou (chat mâle s ), etc .
c) Le peuple prend volontiers des noms d'hommes, de femmes pour désigner spécialement des sots : Jean, Jeannin ou Janin, Jeannot, Pierrot, Claude, Nicaise, Colas, Benêt, etc. ; ou des femmes peu estimables ou mal gracieuses : Perronnelle, Fanchon, Marion, Catin (Catherine), etc.
d) On peut établir, comme règle générale, que les différents jeux sont désignés du nom spécial de la pièce principale ou du coup décisif qui les caractérise.
1. De pulletrum, jument, dans le lat. populaire et le bas-lat. Encore usité en ce sens au xvi e siècle : des poutres hennissantes (Ronsard).
2. Marcou est le nom d'homme Marculfus; Raou est de même Radutfus; Matou (de beaucoup le plus usité des trois) semble être également un nom de personne (tel que Mattulfus [?]).
Ainsi du jeu de dames, d'échecs l , de dominos *, du jeu de piquet % , de Yimpériale 4 . Ainsi encore la triomphe est la carte qu'on retourne ; le reversis, l'ensemble des ■ levées qui fait gagner la partie; la mouche, la réunion de cinq cartes de môme couleur, etc., avant d'être le jeu de la triomphe, le jeu du reversis, le jeu de la mouche, etc., etc.
e) Le problème le plus délicat est celui du déterminant dans les mots abstraits. Pourquoi l'idée de penser est-elle rendue par celle de peser dans les divers idiomes romans (pensare, de pensum, poids), par celle d'agiter çà et là en soi dans le latin (cogitare, cuider cum-agitare), par celle de diviser en grec (vojxt'Çetv) ? — Enumérer {enumeraré), conter (computare) 9 deviser [divisare) nous reportent à une métaphore commune qu'explique le mot détailler [un récit).
f) Un autre sujet d'études ce sont les idiotismes, les locutions proverbiales, les jeux de mots usités parmi le peuple. C'est là qu'il laisse voir le plus nettement son tour d'esprit, son ingéniosité, sa délicatesse ou sa grossièreté.
Coucher à la belle étoile; vouloir prendre la lune avec les dents; renvoyer de Caiphe à Pilate; tourner autour du pot; amuser le tapis; faire sonner la grosse cloche; avoir barre sur quelqu'un; donner un coup de langue à quelqu'un; faire
1. Vient de l'expression échec et mat, expression d'origine persane qui veut dire le roi est mort.