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un corps de doctrine. L'ouvrage est cependant loin d'être complet; il ne prétend point l'être et n'aspire qu'au titre de simple esquisse. Loin de poser tous les problèmes que soulève l'évolution des sens des mots, Fauteur, à dessein, en a écarté quelques-uns qui, par leur nature trop spéciale, auraient compliqué la simplicité du plan adopté. Il s'est contenté de tracer un cadre, mais un cadre à la fois assez large et assez arrêté dans ses contours pour se prêter aux additions ultérieures, et recevoir sans trop de difficulté les faits qui par la suite y viendraient réclamer leur place.

On se doute bien que tout n'est pas nouveau dans une œuvre de ce genre. Diverses observations qu'elle contient se retrouvent dans quelques-uns des nombreux travaux 1 que ces dernières années ont vus paraître sur la philosophie ou la psychologie du langage. Si l'on veut bien lui reconnaître quelque mérite, ce sera sans doute de poser

i. Parmi ces travaux, signalons surtout le beau livre du professeur Whitney, la Vie du Langage, dont un chapitre (le cinquième) touche aux problèmes que nous étudions ici. Nous avons utilisé pour le choix des mots étudiés l'intéressant article de Littré (Pathologie du langage) qui ouvre son volume des GlanureSy ainsi qu'une étude de M. Lehmann sur le changement des significations en français (Die Bedeutungswechsel im Franzœsischéri), où sont insérés, mais mal classés et souvent mal compris ,

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avec plus de précision un certain nombre de problèmes, de les serrer de plus près, et d'amener parfois à une solution rigoureuse des questions qui n'avaient guère été jusqu'ici traitées qu'à grands traits, ou abordées de côté, ou simplement entrevues.

La liste des mots étudiés est assez considérable. Quelques-uns passent plusieurs fois sous les yeux du lecteur; ces répétitions sont voulues. La complexité des faits est^si grande qu'on n'a pas cru pouvoir mieux la rendre visible qu'en prenant dans la masse des exemples quelques-uns plus particulièrement intéressants pour les soumettre sous toutes leurs faces au microscope de l'observation.

Les questions qui sont abordées dans la Vie des mots sont de celles qui ont toujours offert un singulier attrait aux esprits curieux des choses du

un nombre assez étendu d'exemples. — Nous rappelions plus haut la collaboration de M. Hatzfeld et de l'auteur au Dictionnaire général de la langue française. A cette collaboration nous empruntons les exemples de synonymie des pages 146 et 147, et aussi l'article Timbre (p. 81), qui, avec son curieux classement de sens, nous paraît un excellent exemple pour mettre en lumière le jeu combiné et les actions complexes du rayonnement et de Y enchaînement.

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langage. Puisse ce petit livre retrouver auprès du lecteur l'accueil bienveillant que les leçons avaient trouvé auprès de l'auditoire sympathique de la Sorbonne ! Puisse-t-il faire plus qu'intéresser la curiosité, et inspirer le désir d'approfondir l'étude de notre langue, d'en mieux suivre le développement, d'en mieux pénétrer le génie '.

i. Remercions en terminant notre jeune ami, M. G. Pellissier, professeur de seconde au lycée Lakanal, d'avoir bien voulu partager avec nous le labeur de la correction des épreuves.

Octobre 1886.

S'il est une vérité banale aujourd'hui, c'est que les langues sont des organismes vivants dont la vie, pour être d'ordre purement intellectuel, n'en est pas moins réelle et peut se comparer à celle des organismes du règne végétal ou du règne animal.

Pendant plusieurs siècles, on n'étudia les langues classiques que comme des langues mortes. On les apprenait pour comprendre et admirer les chefs-d'œuvre qu'elles nous ont laissés, pour s'essayer par l'imitation d'incomparables modèles dans l'art difficile d'écrire. Tout au plus de grands érudits scrutaient les mystères des manuscrits, discutaient les formes rares et douteuses qu'ils y lisaient, afin d'arriver à une meilleure intelligence de la langue des originaux.

Mais, avec la découverte du sanscrit, la science du langage fut constituée. Les langues furent étudiées pour elles-mêmes, et leur histoire devint un but de recherches. Ce ne sont plus seulement les belles langues

de Cicéron et de Virgile, de Sophocle et de Démosthène, qui réclament l'attention du linguiste ; mais le latin archaïque et celui de la décadence et les informes dialectes italiques ; mais le grec homérique et le grec byzantin, et les patois dont est encore couvert le sol de l'Hellade. Les idiomes les plus variés, des plus augustes aux plus humbles, sont notés, examinés, approfondis dans leur histoire, dans leurs rapports réciproques. Une vaste enquête se poursuit pour dresser le catalogue complet de toutes les langues parlées aujourd'hui sur la surface du globe, et Ton s'attache à eh déterminer les origines, à en retracer le développement, à reconnaître les formes par lesquelles ont passé leurs prononciations, leurs lexiques, leurs grammaires, et, dans la mesure du possible, à retrouver, derrière leur histoire, celle des civilisations.

Nous voudrions ici exposer brièvement quelques-uns des problèmes généraux que supposent ces recherches ou qui s'en dégagent et qui intéressent la psychologie.

Et d'abord un mot sur les questions d'origine. Quelle est l'origine du langage 1 ? Cette question si captivante, et qui sollicite invinciblement notre curiosité, n'a pu encore quitter le domaine de la pure hypothèse. La

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