Voir plus haut, p
mépris, suivant que, dans la pensée de celui qui parle, il s'oppose au paysan ou bien au noble (ou même, dans notre démocratie, à l'ouvrier). Quand une personne est intéressée à une chose, c'est qu'elle y trouve un avantage ; mais quand un organe du corps est intéressé par une blessure, c'est qu'il y trouve un dommage.
Quelquefois deux mots habituellement rapprochés par le sens finissent par s'opposer. Ainsi talent et génie, qui sont à peu près synonymes au xvn e siècle, et indiquent les aptitudes naturelles, finissent de nos jours par signifier, l'un la puissance innée de l'esprit à inventer, à créer; l'autre les aptitudes acquises par le travail et l'étude.
Ailleurs, ce sont des significations différentes du radical qui réagissent sur le sens propre des dérivés pour les transformer. Apéritif est d'abord un terme de médecine indiquant la propriété qu'ont certains médicaments d'ouvrir les voies aux canaux de l'économie, de détruire les obstructions; puis, pénétrant dans l'usage vulgaire, il signifie ce qui ouvre, excite l'appétit.
Ailleurs encore, il y a confusion entre deux mots rapprochés à tort.
Mignard agit sur miniature, qui, de peinture au minium, finit par signifier peinture très fine.
Souffreteux, du v. fr. souffrait e (malheur), est rapporté à souffrir et signifie habituellement souffrant.
Econduire est né d'une confusion entre conduire et le vieux français escondire, refuser.
Ici nous touchons à un fait important qui a appelé
déjà l'attention des linguistes : la corruption des par étymologie populaire. Mais c'est une questio s'écarte de notre plan, et nous ne pouvons que gnaler ici.
§ 66. Il ne faut pas croire que ces faits de réa jouent un rôle très considérable dans la vie du lanj Les aspects que présente cette vie sont si multiples < ne doit pas être surpris de les rencontrer; mais, qu< nombreux qu'ils puissent être, on ne doit les sig qu'à l'état d'exception. Le plus ordinairement les suivent chacun leurs destinées, indépendants les des autres; et les pertes, les faits de pathologie < peuvent éprouver ne rejaillissent pas sur les moti leur sont apparentés. Meurtre a conservé sa pleii gnification sans suivre l'exemple de meurtrir, qi tuer finit par signifier couvrir de légères blessures. A se réduit à faire descendre dans la gorge, sans c< quence pour aval, ravaler, ravalement. Un corps n'est pas un corps « plein de santé ». Garnir coni son sens plein dans divers de ses dérivés, sauf garnement.
A un autre point de vue, tel mot s'emploie, au pi et au figuré, dans une quantité infinie de sens, que son dérivé immédiat ne connaît que l'un d'euî bouillon, un vin est aigre; un métal est aigre; des leurs, des tons sont aigres; on reprochera à une vure Y aigreur de ses touches. Aigrement ne s'em que dans un cas : parler et répondre aigrement.
De là vient ce fait que la disparition des mots simples n'entraîne pas nécessairement celle des dérivés. Ouvrer est sorti de l'usage, et cependant ouvrage, ouvrier, ouvrable (dans l'expression jours ouvrables), manœuvrer, manouvrier sont toujours vivants. Duire, soudre n'entraînent pas dans leur chute conduire, réduire, séduire, déduire, produire; résoudre, absoudre, dissoudre, etc.
Ainsi, malgré les liens de famille que le développement de la langue peut établir entre les mots, le plus souvent ils vivent chacun de leur vie propre et suivent isolément leurs destinées , parce que les hommes en pariant ne font point d'étymologie. Les mots servent pour les idées qu'ils expriment; celles-ci sont indépendantes. La parenté qui peut unir entre eux des groupes de mots n'a rien à voir avec les groupes d'idées qu'ils sont chargés d'exprimer *.
*• Cf. plus haut, p. 39. — Les relations entre un radical et les dérivés qu'il peut produire n'existent, pour la conscience du langage, qu'à l'époque de la création de ces dérivés. L'usage graduellement détache ces dérivés de leurs primitifs et les en rend indépendants. Ici, comme partout, la langue suit la même marche.