‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 23 sur 63 · I DO · texte numérisé non relu

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Nous retrouvons ailleurs la trace que l'histoire de la pensée française a laissée dans sa langue. Nous pouvons interroger une quantité de mots qui, muets pour la conscience actuelle du langage, se réveillent BOUS le regard scrutateur de l'historien, et, révélant leur histoire, révèlent du môme coup les mœurs et la civilisation passées.

Le mot parole, au sens actuel, ne nous dit rien. Consultons Tétymologie, et tout à coup la parabole ' chrétienne, la prédication évangélique et un rajeunissement merveilleux d'un monde en décadence reparaissent à nos yeux.

La révolution administrative de Dioclétien, restauration en plein empire romain des cours orienrJ taies, laissent un souvenir dans le baile, le bailli, c'et à-dire dans le èajulus', portefaix de Rome, dont femme, la bajula, devient la nourrice de l'enfant im-

1. Parate. en provençal parœila. plus nncienncment parai'la; en espaguol palabra, plue anciennemeDt pnrabla; mot roman venant du latin populaire parabola. La parabole ou sentence est devenue le Bubetltut du verhum. Au ïecs primilir, le français dit encore : ce n'est pat parole d'évangile.

2. Le mot bajaius eigoifie, à l'épocpie classique, portefaix; vera lu Bii de l'empire, il a le sens simple de porteur. Saint Jérôme l'emploie au sena deporleur d'une lettre. A la cour impériale la nourrice qui porte l'enfant reçoit le titre oFficiel de bajvla et Bon mari, avec le titre de bajulus. reçoit les fonctions de gouverneur du jeune prince. De Ib à devenir un personnage puissant

I le chemin était facile. L'italien dit encore bagliea pour puissance.

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fcîal. Le père nourricier monte en dignité, devient %Oiivemeur du jeune prince, et avec lui l'humble portefaix arrive au pouvoir.

Toute la royauté antique et guerrière des Mérovingiens paraît dans la cour, c'est-à-dire la court, la cortem ' mérovingienne, la cohorlem ou basse-cour des Romains; dans ses connétables ', chefs des écuries, et dans ees maréchaux^, gardiens des chevaux, valets de ferme, et dans la ville, c'est-à-dire la villa ', la métairie.

Toutes les misères du moj'en âge se révèlent dans le chélif, c'est-à-dire le caplivum', le prisonnier, le faible incapable de résister, dans le serf, l'esclave, ou dans le boucher, celui qui vend la viande de bouc I

On voit la féodalité décliner avec le vasselet ou vaslet *, le jeune vassal qui se dégrade au point de devenir le valet moderne, et la bourgeoisie s'élever avec l'humble minister ou serviteur, qui devient le ministre de l'État. L'histoire des changements de sens du mot livre, Ubra, est toute l'histoire de notre monnaie, des Carolingiens au xw" siècle.

1. En latin mérovÏDgien cui'fem, o'est-ft-dire corlem, decoAor* | lem, baase-cour.

2. Connétable, coneslaùidus, altâratioa de eomstta6ulu3, c'est- j A-dire coma ifahuti. comte ou chef de l'écurie.

3. Maréchal, de l'ancien haut allemand marscalc, valet [cale) de cheval {mars).

i. Villa, en latin, encore ans temps méroviugieDS, sigaifie ferme, métairie, La ville s'est développée autour de la ferme, ou autour du cbâteau.

B. Chélif. au moyen âge, slgniflc encore prlsoanier.

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