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LA VIS DES MOTS

L'histoire des mœurs se retrouve dans les chanj menlsde sens que présentent des mots, comme /l'ii lin, konnéle homme, dame, demoiselle, mailresse, amatit '. Le progrés dans les conditions matérielles de l'eiiatence parait avec le eens nouveau de viande, qui, de nourriture en général, arrive à désigner spécialement la nourriture de la chair des animaux. Le progrès dans Tinstruclion générale est attesté par la libi sort de la salle du couvent ou du palais, pour s'étal en boutique, pignon sur rue '.

Que faut-il penser du goût contemporain, quand on voit le marchand de nouveautés vendre non plus des livres, comme dans la première moitié de ce siècle (jusque vers 1840), mais des étoffes à la dernière façon?

§ 47. A ce point de vue, deux sortes de mots sont particulièrement intéressants à étudier, les noms pi près devenus noms communs et les métaphores,

§ 48, Le premier point est évident et va de soi. Le' mot esclave rappelle les luttes terribles oil furent écra-

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1. Liàertin, encore au ivu" siècle, libre penseur ; depuis, homme de mœura Ifgérca ; honnête komms, au xvtt" siècle, homme de bon ton, fie bellee manières; dame et demoiselle, appliqués & des remmea mariées, désignaient des degrés dans lu hiérarchie ■oclftle; amant, malirene, déBigoaient, à l'iïpoque clasaique, celui qui ressentait de l'amour pour une femme, ou la femme pour qui cet amour était reesenti : les deux mots sont aujourd'hui dÉgradéa, L'arfufi^i^ d'une /"roime, disait encore Corneille, Ift où nous disons mainleaant l'amant.

S. librairie a commencé par siguitlcr bibliothèque, sens Hrvé dans l'anglais library.

ACTIONS PSTCB0L0GIQUE9 ses, au ddbut du moyen fige, ces peuples de l'Europe orientale qui dans leur langue s'appelaient les « brillants »,les « iUustres », ]es Slaves, et que les Germains appelèrent, en corrompant leurs noms dans leur rude prononciation, les Sclaven, faisant par une cruelle ironie de ce brillant nom un des plus misérables des langues modernes. Les Vandales et le vandalisme ont conservé jusqu'à nos jours )e souvenir des atrocités commises en Afrique par les barbares compagnons de Genséric'. L'histoire littéraire, ancienne, médiévale ou moderne, laisse d'abondants souvenirs dans des mots tels que :

Agnès, amphitryon, allas, calepin, caphamaùm, céladon, crisus, dédale, Épicurien, escobar, espiègle, gavrocke, harpagon, homériqite (rire), lorette, lovelace, panique, palelin(sl ses àérivés], phoÉlon, rapkaêlesque, renard, sardonique (rire), séîde, tartuffe, truie *, turlupinade, vaudeville, virgilien.

II est à peine nécessaire d'ajouter les noms historiques de certains personnages ou de certains lieux devenus célèbres, dont l'usage général a fait des noms communs : assassin, louis, brocard, bicoque, ripaille, galetas, etc.; les noms d'inventeurs désignant les objets par eux inventés : ruoh, massicot, chassepot, gtiillotine, etc.; les noms de iieuii désignant les produits de ces lieux : valenciennes, elàeuf, cretonne, ckampa-

i. Et cependant, exemple curieux de la megle du son et du triomphe ûe la phonélique sur la pensée , VAjidaloiaie est la Venttalilie, la terre des Vandales I

a. Truie est le latin Troia, le nom mfime de la ville de Troie. Voir plus haut, p. 57, note 2.

gne, etc. Dans tous les mots de cette sorte, on saisit

clairement l'écho que laisse dans la langue l'histoire

■ec la complexité inQnie des faits qu'elle présente.

§ 49. Pour les métaphores, on y saisit également, d'une façon moins visible peut-être, mais au fond avec autant de précision et de sûreté, le contre-coup de l'histoire. Des métaphores comme les suivantes suffisent à montrer que les Latins ont été un peuple agriculteur: bas lucanus (bœuf de Lucanie), éléphant.

callere (avoir des cals aux mains), élre habile, cornu (corne), l'aile d'une armée.

coftors (enclos de ferme, de basse-cour), division de la lé-

is (gerbe de blé), division de la cohorte.

eimlumentum (payement de la mouture du meunier), profil,

gain.

salarium (quaDlité de sel donoée en payement), salaire doK

rosier. J|

musculus (petite souris), muscle. ^H

lacer tus (lézard), bras. ^|

Ixtus (gras, fertile), prospère.

lira, sillon ; d'oi delirare (sortir du sillon, de la voie) ,

déhrer.

rivus (ruisseau); d'oii rivalis, riverain, et, par suite des

dillërends survenant entre les riverains, compétiteur,

rival. De là, aussi derimre, dériver ua cours d'eau pour

l'arrosage d'un champ, et flgurément, dériver une chose

d'une autre.

§ 50. Toute la civilisation française passe dans les métaphores qu'ont données à la langue la guerre, la politique, le droit, les arts et métiers, la chasse, la

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pêche, la marine, les jeux (spécialement le jeu de paume), l'agriculture, etc.

En voici, par exemple, qui nous viennent de la chasse: acharner, laQcsr le faucon sur la chair; au Og, : acharner

quelqu'un sur un ennemi, affût, être à l'affût, proprement être au bois; sous-entendu:

pour guetter le gibier; au flg. : être à l'affût d'une bonne

amorce, ce que mord l'animal en s'y laissant prendre ; au fig. : l'amorce dus plaisirs.

appât (mfime radical que dans pâture) , ce qu'on donne h manger à la hête pour l'attirer ; au flg. : ce qui attire le désir.

battue, faiee une 6a((ue, battre le buisson pour faire lever le gibier; au (ig, : ks éclaîrcurs ont fait une Èaiiue (pour découvrir l'ennemi).

bec jaune on ù^jaune, jeune oiseau qui a encore le bec jaune; au flg. : jeune homme encore inexpérimenté, sol.

brisées, branches rompues par le veneur pour reconnaître l'endroit où est passée la héte ; au flg. : aller sur les brisées de quelqu'un, suivre la voie tracée par lui et l'accaparer à sou proflt.

curée, partie de la bète abattue que l'on donne aux chiens quand elle a été prise. Le vieux français disait cuirée. Le mot vient de cuiV, parce que les viscères donnés aux chiens étaient présentés dans la peau même de la bêle. Au flg. : la curée des places.

dresser : dresser un chien; au flg. : dresser un domestique,

filet : prendre le gibier dans ses filets ; au flg. : faire tomber J quelqi^un dans ses filels.

gorge : rendre gorge, faire rendre gorge au faucon; au flg. :

7 A'*''^ rendre gorge aux traitants, les forcer à restituer

■l'argent qu'ils ont accaparé.

I gorge eKau Je, curée de l'oiseau prise loute chaiiJe; au tlg'fl s'en faire des gorges chaudes, s'en donaer kp\a.i

I hagard : faucort hagard, qui vit sur les haies, qui n'est pas en- ~ core apprivoisé ; au Qg. : un air hagard, l'air d'un homme égaré, qui rappelle l'air farouche du faucon hagard.

[ gibier, hête de petite espèce qu'on poursuit à la chasse; au flg. : c'est un gibier depoten.ee.

I leurre, pièce gui sert ft prendre le faucon ; faucon déteurri on déluré, qui De se laisse plus prendre au leurre ; au Qg. : c'est une personne bien délurée.

limier, en vieux français liemier (de liem ou lien), chien lenu par un lien. Les limiers sont la meute que le veneur lieDt en laisse avant de la laisser quêter; au (ig. : les limieys de la police.

l niais, oiseau qui est encore au nid ; au fig. : c'est un

I. parquer, enfermer dans ua parc : bestiaux parqués ; au fig. :

voyageurs parqués dans une salle d'attente.

I Ttanage, chant des oiseaux perchés sur la ramée : le ramage

des oiseaux; au Og. : le ramage d'un petit enfant. aatre, Borte d'oiseau de proie, désigne figurément,

ivii' siècle, un homme de proie.

terres, grilles d'un oiseau de proie ; au flg. : tenir quelqu'

dans ses serres.

lUler le faucon, lui coudre les cils pour l'empêcher de

et l'apprivoiser; de là, dessiller, c'est-fi-dire déciller, le

con. lui rendre la vue quand i! est apprivoisé ; au flg.

dessiller les yeux à quelqu'un, lui faire voir tout à coup, lui

faire comprendre des choses sur lesquelles il était aveuglé. mI : oiseau de haut vol, de bas vol, qui v ~ ~

un oiseau de.haut vol, un esprit de hauli

Tiage

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1, Ajoutez encore abois, ahurir, amadouer, blottir, butor, é I rillonné, fureter, hérisser, hobereau, tanière, etc. — Au point à f Tuopratlque de la coanaisBoace d'une langue, c'est un - '"

CTIONS PSTCHOLOGIQUES

La métaphore, chez l'écrivain, est une desplus sûres caractéristiques de son style'. Les métaphores d'une langue en font de même une de ses originalités et constituent un des traits de son génie. C'est par la métaphore surtout que les langues dans l'expression des mêmes idées différent les unes des autres : c'est par elles que les nations marquent leurs idiomes de leurs empreintes propres.

Cette considération nous conduit au second aspect de la question, les modifications psychologiques.

^H II. Modifications psychologiques.

§ 51. Dans le second groupe, les changements portent sur l'expression variable, souvent mobile, d'idées et de faits qui se retrouvent en tout temps, en tous lieux : objets usuels, animaux domestiques, végétaux communs; faits sociaux les plus simples (comme les relations de parenté) ; idées ou sentiments très généraux (pensée, vouloir, désir, amour, haine, colère, orgueil, etc.) ; rapports logiques entre les idées que l'on trouve dans toutes nos langues (prépositions, adverbes).

Dans l'expression de ces faits et de ces idées géné-

utile et singulièrement fécond , que celui qui consiste à recliercher, dans l'usage général, les métaphores données par telle ou telle occupation. Mous ne saurions assez conseiller aux met* très d'extraire des dictionnaires techniques un choii de termes spéciaux, en Taisant trouver aux élèves les métaphores usuelles, te plus habituellement non comprises, que ces termes ont données 6 la langue.

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