‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 32 sur 63 · UE ACTION · texte numérisé non relu

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mépris, Buivanl que, dans la pensée de celui qui parie, il s'oppose au paysan ou bien au noble (ou même, dans- ' notre démocratie, à l'ouvrier). Quand une personne est intéressée à une chose, c'est qu'elle y trouve un avantage; mais quand un organe du corps est intéressé par une blessure, c'est qu'il y trouve un dommage. ^ Quelquefois deux mots habituellement rapprochés parle sensfinissent par s'opposer. Ainsi talent et génie, qui sont à peu près synonymes au x^tT siècle, et indiquent les aptitudes naturelles, finissent de nos jours par aignifler, l'un la puissance innée de l'esprit à inveo- J ter, h créer ; l'autre les aptitudes acquises par le trsf^l vail et l'étude.

Ailleurs, ce sont des significations difl'érentea du r&« ' dical qui réagissent sur le sens propre des dérivés pour les transformer. Apéritif est d'abord un terme de médecine indiquant la propriété qu'ont certains médicaments d'ouvrir les voies aux canaux de l'économie, de détruire les obstructions; puis, pénétrant dansl'uf vulgaire, il signifie ce qui ouvre, excite l'appétit.

Ailleurs encore, il y a confusion entre deux mot^l rapprochés à tort.

I Mignard agit sur miniature, qui, de peinture au mU \ I nàum, finit par signifier peinture très fine.

Souffreteux, du v- fr. sou/fraite (malheur), est rapporté & souffrir et signifie habituellement souffrant.

Econduire est né d'une confusion entre conduire et le vieux français escondire, refuser.

Ici noua touchons à un fait important qui a appelé !

déjà rattention des linguistes : la corruption des mots par étymologie populaire. Mais c'est une question qui s'écarte de notre plan, et nous ne pouvons qu« la signaler ici.

§ 66. Il ne faut pas croire que ces faits de réaction jouent un rôle très considérable dans la vie du langage. Les aspects que présente cette vie sont si multiples qu'on ne doit pas être surpris de les rencontrer; mais, quelque nombreux qu'ils puissent être, on ne doit les signaler qu'à l'état d'exception. Le plus ordinairement les mots suivent chacun leurs destinées, indépendants les uns des autres; et les pertes, les faits de pathologie qu'ils peuvent éprouver ne rejaillissent pas sur les mots qui leur sont apparentés. Meurtre a conservé sa pleine signification sans suivre l'exemple de meurtrir, qui de tuer finit par signifier couvrir de légères blessures. Avaler se réduit à faire descendre dans la gorge, sans conséquence pour aval, ravaler, ravalement. Un corps sain n'est pas un corps « plein de santé ». Garnir conserve son sens plein dans divers de ses dérivés, sauf dans garnement,

A un autre point de vue, tel mot s'emploie, au propre et au figuré, dans une quantité infinie de sens, alors que son dérivé immédiat ne connaît que l'un d'eux. Un bouillon, un vin est aigre; un métal est aigre; des couleurs, des tons sont aigres; on reprochera à une gravure V aigreur de ses touches. Aigrement ne s'emploie que dans un cas : parler et répondre aigrement.

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