‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 34 sur 63 · CONCURRENCE VITALE · texte numérisé non relu

CONCURRENCE VITALE

§ 67. Les développements qui précèdent nous amènent naturellement aux faits de concurrence vitale. Quelques exemples suffiront.

L*idée de la nécessité est exprimée aujourd'hui par le verbe falloir : le vieux français disait en ce sens estovoir et convenir. Convenir exprimait d'abord la nécessité morale (sens qu'il a gardé jusque aujourd'hui, mais exclusivement) ; il exprimait encore la nécessité absolue (sens perdu depuis) : il lui convint mourir, disait la vieille langue , en parlant d'un malade, d'un blessé. Estovoir s'employait seulement au sens de la nécessité absolue. Quant à falloir, c'était un verbe intransitif qui signifiait manquer, faire défaut, et qui s'emploie encore quelquefois en ce sens : Montereaufaut-Yonne; Au bout de l'aune faut le drap. De l'idée de manque, falloir arriva facilement à l'idée de besoin : Vargent lui faut, c'est-à-dire lui manque, devint Vargent lui fait besoin, lui est nécessaire. Or, ce changement de sens dans le verbe falloir ne se produit qu'à la fin du moyen âge, alors que estovoir disparaît et que convenir, se réduisant au sens qu'il possède aujourd'hui,. -

CONCUREENCE VITALE

n'exprime plus que l'obligation morale- Ainfii, de ces deux termes, l'un disparaît et l'autre se réduit, soit que le nouveau venu ait pris une place vide, e.oit qu'il les ait fait totalement ou partiellement disparaître.

Suivons le développement parallèle des prépositions en, dedans e\, dans.

En exprimait, dans la vieille langue, la plupart des rapports que lui avait légués le latin in. A côté de en se plaçait dedans, qui était préposition et adverbe, et, comme préposition, rei^résentaitenavec plus de force.

Or, en se combinait avec l'article te et l'article les, de manière à donner les formes ou et es : en le ciel se disait ou cie/; en les circonslances se disBÀles circonstances; mais en ne se contractait pas devant l'article féminin ou Tarticle éUdé : en la circonstance, en l'étal. An xvi" siècle, ou et es disparaissent. Comment les remplacer? La langue dans certains cas s'adresse à au et aux; et voilà pourquoi noua disons aujourd'hui : en votre . nom et au mien; se mettre au lit; mettre aux fers. Mais le plus souvent elle eut recours à une préposition peu usitée jusqu'alors et qu'elle appela à une brillante destinée, la préposition dans : ou devint dans le, es devint dans les. De li on prit l'habitude d'employer dans devant les noms déterminés : dans le ciel, dans les circonstances; et, par réaction, en se réduisit à ne précéder habituellement que les noms indéterminés. On dit maintenant : en France et dans le pays; être en grâce, en faveur, et él}'e dans les bonnes grâces de quelqu'un.

D'un autre cûtc, dans prenant, comme préposition,

^^H an il^eloppement de plus en plus marqué, dedans de- ^^H venait inutile comme tel. Le xm* siècle nous fait assis- ^^1 1er & Ift lutte des deux mots. Après 1650, dedans n'est ^^H |)lui guère qu'adverbe, et le néologisme dans voit son ^^H triomphe achevé.

^^1 C'esl ainsi encore que le gallo-romau, qui avait perdu ^^H la préposition latine cvm, chercha à la remplacer par ^^r op^i lequel devînt )e vieux français od ou o ; cette ' nouvelle préposition avait tous les gcrs du latin cum,

et marquait la concomitance {ire cvm aliquo), la si- ^^ roullan'^ité {abirc cvm jletv), le mode [ferire cum pu- ^^Êk gionn), etc. Mais le français primllif avait également une ^^H autre particule, eorlio aussi de apud,k savoir acec, qui ^^H d'abord adverbe, puis préposition, ne désignait en an- ^^B cicn français que la concomitance (aller avec quel-' ^^P qu'un). Cependant od sort peu à peu de l'usage et dis- ^^ parait au xvi' BJùcle , avec le remplace graduellement,

et Qnit par hériter de tous ses sens.

I Soit le groupe ouir, entendre elcomprendre. Ottir (lat.,

^H^ 0«(/iV(') sort graduellement de l'usage vers le xvi"-xvii°sii ^^H filootso fait remplacer par enf encore, qui avait seiilemei ^^B la sens figurd qu'indiquait son étymologie : intendei ^^H . (antfnum) : de l'idée de intelligcre, entendre passa donc ^^B au sons do audire; mais comment le remplacer au ^^f lens de inlelligere ? La langue ira chercher comprendre, I qui AU sens do saisir et tenir dans son ensemble (cui

pnhendere) {^joutera lo sens de intelligere

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