‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 45 sur 63 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

§ 79. Comm'ent agissent les causes de destruction?

1® Tantôt certains mots portent en eux-mêmes des germes de mort; alors la langue les remplace comme elle peut, tant bien que mal;

2® Tantôt certains mots sont écrasés par d'autres plus heureux qui s'emparent de leurs significations, les vident, pour ainsi dire, et les font mourir par épuisement.

§ 80. 1® Dans la première série se placent d'abord les mots trop courts, trop faibles de son, qui, à Tépoque romane, n'ont pas pu résister à l'action délétère des lois phonétiques.

Ainsi, les mots latins suem, luem, reum, apem, avem, opem, ovem, ignem, agnum, ensem, etc., tre, emere, edere, et beaucoup d'autres, qui en français seraient devenus sou, lou, riéj éf, éf, eufy euf, ein, aîn, ois, etc., ir, embre, oire, etc., ont disparu pour faire place à des synonymes plus sonores , plus pleins , de corps plus ferme.

2® L'homonymie, à la même époque, a été une cause

1res forte de destruction, et le mot le moins usité a disparu devant l'homonyme le plus connu.

Veru, broche, et

virt«n,hoinnie, ont disparu devant ueru m, voir, vrai',

fides, lyre, —

piaga, plage, —

amnem, lleuve ', —

labntm, poisson, —

lalum, talon ', —

QTamen, gazon ^, —

avère, souhaiter, —

'.ahena, rSne', —

fidem, foi S plaga, plaie,

labr-um, lèvre, lalem, tel,

^ca

3° La forme du mot n'est pas seule à agir ; la sig ^cation joue eouvent un rûle. Nous avons vu, dans deuxième partie, le rôle de la concun-ence vitale dans les expressions synonymes; il est inutile d'y revenir. Mais rappelons ici l'usure et l'effacement de l'image : à force d'être répété, le mot qui à l'origine était significalif, devient le signe exact de la chose qu'il désigne. Or, la langue populaire ne peut se contenter d'expressions aussi précises et aussi sèches. Ce n'est point une langue scientifique, philosophique, oii chaque mot ne comporte qu'une idée ou une image simple. Toute

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