III. Changements de sens, ou Tropes
§ IS, Depuislongtemps, les diverses transformation»! de sens dans les mots ont été étudiées par les auteurs de I rhétoriques, qui leur donnent le nom grec de tropesm
(xpÔTTOî).
Les grammairiens français depuis le xvii" siècle t ont fait une analyse détaillée, en particulier Dumarsais, j dans un ouvrage resté célèbre. Mais ils se placent au! point de vue de l'art d'écrire, non au point de vue lin- i guistique. Or, c'est cette dernière considération qui! seule importe, et l'étude du style, ici, n'est qu'une par-J lie de l'étude linguistique.
En effet, quand l'écrivain, suivant le tour de sa pensée, exprime les choses de la façon particulière dont il les sent ou les voit, il ne fait qu'obéir aux mêmes lois de l'esprit que le peuple. H n'y a point de dilTérenca i
entre les figures du style d'un écrivain et celles de la langue populaire, sauf quo chez Técrivain ce sont des hardiesses individuelles, tandis que chez le peuple, si ces hardiesses sont individuelles à Torigine, elles ont e'té adoptées par tous, consacrées par Tusage, et sont devenues habitudes de langage.
§ 16. Pour ne rien omettre des éléments de la question, étudions d*abord ces tropes, reconnus par Tanalyse subtile des grammairiens*, et voyons ensuite quels procédés d'esprit ils cachent au fond.
Les grammairiens en ont reconnu quatre qu'ils appellent de noms grecs : la synecdoque^ la métonymie, la métaphore et la catackrèse. Ils se sont trompés sur la cajtachrèse, qui est autre chose qu'un trope, comme nous le verrons plus loin. Mais les trois autres figures de langage embrassent à peu près dans leur multiplicité tous les changements de sens.
§ 17. La synecdoque (du grec auvey.So^v; , compréhension) prend lun pour l'autre deux termes d'étendue inégale.
1* Le genre pour Tes- Et l'espèce pour le genre: pèce :
Un bâtiment, pour un navire. Uhomme, pour l'être humain La cène {cœna, repas), pour le (femme aussi bien que deimier repas de J.-C. homme).
4. Voir B. Jullien, Cours supérieur de grammaire, t. Il, p. T6 .
I chantre, pour le ehanlewà l'église.
La confession ( cotifessio , ayeu), pour la confession religieuse.
Le faon, proprement le petit d'un animalsauvage, aujourd'hui le petit d'une biche.
Le poulain, proprement le petit d'un animal domestique, aujourd'hui le petit d'un cheval '.
CONDITIONiS LOGIQUES
Le cerf, pour le genre cerf (mâle, cerf, et femelle, bU cke).
La chèvre, pour te i;enre' chèvre {femelle, chùvre, et mâle, bouc).
La terminologie de l'histoire naturelle présente beaucoup d'exemples analogues.
Et le singulier pour la I pluriel : Protéger la veuve etforphelitiiM
c'est-à-dire (es veuves e(l
les orphelins.
2° Le pluriel pour le sin- [ulier :
Il est dit dans les Saintes Écritures, c'est-à-dire dans un livre des Saintes Écritures.
s Corneille, les Racine, les
F Molière, sont la gloire de la France, c'est-à-dira Gor-
I neille. Racine, Molière, sont la gloire de la France.
r des Étemitis, c'est-àdire i'^fcrniK",
3' Le tout pour la par- Et la partie pour la J tout ;
Kn tableau, c'est-à-dire le Une l'otVe, c'est-à-dire un 1 sujet représenté sur un ta- vire.
bleau, sm tme toile enca- Un bureau, c'est-à-dire t<ne drée. table (de travail) recouverte
de bureau ou bure (étolfe de drap).
Cette figure est très usitée dans les mots composés : un bel^esprit, un blanc-bec, un4 bon-bec f unXcourte -botte, une courte-haleine, un grand cordon, les gros-becs (oiseaux) , le rougè-gorge; — et avec l'adjectif comme second terme :
-^ un bas-bleu, un cordon blev,,
un bec- fin, un cou-rouge, les pantalonsrouges, unpatte-pelu, un pied-bot, les Peaux-Rouges, un tapis vertK
4* Le nom commun pour . Et le nom propre pour le le nom propre : nom commun :
Le JRoi, c'est-à-dire ZoMis Xiy; Un Tartuffe, c'est-à-dire un TEmperewr, c'est-à-dire JVa- hypocrite; un Ampkytrion, poléonl^, c'est-à-dire un hôte qui
traite des invités; et de même un Lovelace, un Harpagon, un Séide, un Escobar, une Agnès, un Barème, un Calepin, un Crésus, etc.
Cette figure a reçu le nom barbare d'antonomase
susceptibles du pluriel/est néanmoins fréquent en français, particulièrement au XVI i« et au xix*» siècle.
1. Cf. notre Traité de la Formation des mots composés en finançais, pages S6 et 37.
CONDITIONS LOGIQUES
§ i8. La métonymie, du grec liE-ciovuiita, signifie proprement changement de sens, terme vague et sans portée. L'usage a adopté ce mot pour désigner les figures qui consistent à prendre :
.e pour l'efTet : Et l'effet pour la cause :
Une potence, c'est-à-dire une béquille (en ancien français ; plus lard gibet), proprement force, appui.
Une fcTté (vieux français, ou., latin firmitatem], c'est-àdire une forteresse, proprement /'ûrce.piiis-sonce (qu'assure la forteresse).
i- Lac Un engin, c'est-à-dire ce qu'io- Tente l'engin, l'ingenittm.
Le tTavaii, c'est-à-dire le résultat de l'action de travailler : un beau travail.
Un effort, dérangement ioiB produit par un effort lusculaire exagéré.
2° Le contenant pour le Ht le contenu pour .
contenu : contenant :
Boire une tasse de lait, tin verre iPeav, un litre de vin.
— Yider un étang, c'est-àdire rendre vide l'espaceque remplit l'Étang, l'eau stagnante (stagnum). — Le parterre et les loges ont applaudi. — La ville s'est révoltée, — Toute la maison est en émoi (tous les gens de la maison).
Un couvent, un coliOge, une École, etc., c'est-à-dire le bâtiment où habitent, se tiennent le couvait (conventus, assemblée de religieux), le collège, fécote; — un bureau, une agence, le timbre, le ministère, etc., c'est-à-dire les bdliments où se trouvent le bureau (les gens dont la réunion constitue le bureau), l'agence, où sont installés lei < services du timbre, du n nislére, etc.