‹ La vie des plantesChapitre 16 sur 22 · LES 1* I A N TE S SE .MAKI EM · texte numérisé non relu

LES 1* I A N TE S SE .MAKI EM

<ics céréales, aussitôt l’épanouissement des Heurs, avant les pluies, une corde frangée qui, dans son passage, collectionnerait les grains de pollen e( les déposerait sur les stigmates.

Fig. 110. — Pollen trop humecté; une portion de son enveloppe s’allonge en tube, se rompt et laisse échapper le contenu.

La plupart des plantes ont reçu, pour leurs organes intimes, une disposition qui leur permet de

Fig. 117. — Fleur de Sauge. Fig. 118. — Fleur de Lamier

hlanc ou Ortie blanche.

braver la pluie; ces organes sont efficacement abrités. La variabilité des formes de l'abri multiplie la diversité des aspects, et chaque fleur présente une

J. A VIE i>KS I» LAMES.

disposition caractéristique. L'abri, dans les fleurs de la Sauge, du Romarin, de l’Ortie blanche, etc.,esl constitué par une portion de corolle disposée en casque, et c’est au fond du casque que s’accomplit la jetée du pollen sur l'organe femelle. Dans les fleurs de Pois, de Haricot, de Genêt, etc., l’abri esl une sorle de nacelle à bords rapprochés, recouverts par deux folioles de la corolle et surmontés d’un élégant pavillon.

C’est particulièrement pour les plantes aquatiques que les dispositions les plus ingénieuses ont été prises, afin d’assurer le contact nécessaire.

Chez les unes, la fécondation se fait au sein du liquide, mais, afin de mettre le pollen à l’abri de l’eau, tantôt la fleur reste close, tantôt, chez les Zostères marines, par exemple, les fleurs restent incluses dans un repli de la feuille; ce repli se remplit d’air et constitue une sorle de petite cloche à plongeur où le phénomène s’accomplit. Ailleurs, les fleurs sortent de l’eau au moment de leur épanouissement. Chacun a pu remarquer que le pédoncule de la fleur des Nénuphars s’allonge jusqu’à que celle-ci ait dépassé le niveau de la surface de l’eau; on a même essayé d’augmenter ce niveau en faisant arriver dans l’endroit où la plante s’était développée une plus grande quantité d’eau, et l’on a remarqué que le pédoncule s’allongeait de plus en plus jusqu’à ce que la fleur fût parvenue dans l’air almosphérique. Si le pédoncule n’atteint pas le niveau indiqué, la fleur ne s’épanouit pas.

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Les fleurs des faux Nénuphars (Villarsia nym-

Fig. 119. — Pois.

A, Ileur entière; B, Heur coupée par un plan vertical et médian pour montrer la disposition de ses parties ; B', les folioles de la corolle, nu pétales, détachées ; C. carène séparée en deux portions; a, a, ailes; e, étendard; C, Ileur réduite à 1 androcée et au gynécée ; le calice et la corolle ont été retranchés , le pistil est entouré par dix étamines dont neuf forment un faisceau, l’autre est isolée; U, pistil; le calice la corolle et l’androcée ont été retranchés ; l’extrémité du style est garnie de poils qui forment une brosse soyeuse; E, ovaire devenu fruit, conservant le calice usa hase; on l’a ouvert, pour montrer l’attache des ovules devenus des graines; F, une graine isolée; f, funicule qui attachait la graine au placenta; m.micropyle, trou par lequel s'est opéiée la fécondation de l'ovule; r, saillie indiquant la présence intérieure de la ridicule de l’embryon; c , place d’un cotylédon; G, deux graines placées l’ur.e à côté de l'autre et auxquelles un des cotylédons a été retranché; r, radicule de l’embryon; {.satigelle; g, sa gemmule; c, cotylédon restant.

phoides) viennent aussi à la surface de l’eau, mais par un autre moyen, car leur pédoncule ne peut

s’allonger. A l’époque de la floraison, la plante qui, jusque-là, faible et délicate, se tenait cachée au fond de l’eau, rompt les faibles liens qui la rattachent à la vase, profile de sa légèreté, et monte tout entière à la surface; là, les fleurs s étalent;

Fig. lzU. — Faux-iVetiupliar» au mumunt de la iluraison.

ce sont elles qui constituent ces magnifiques rosaces jaunes à folioles élégamment ondulées et festonnées que les promeneurs parisiens admirent dans les eaux de la Seine ef de la Marne.

La Macre ou Châtaigne d’eau ( Trapa natans), les Utrieulaires, vivent sous l’eau pendant leur jeunesse et pendant l’hiver; elles doivent, comme les Nénuphars et les faux Nénuphars , amener leurs

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Heurs à 1 1 surface pour l'épanouissement , mais

Fis. 121. — Macre ou Châtaigne d’eau au moment de la floraison.

elles n’ont ni le pédoncule allongeable des premiers, ni la légèreté des seconds; un autre procédé est

rnis en usage. Vers les mois de juin et de juillet, au moment de la floraison, les feuilles qui forment une rosette au sommet de la tige de la Macre présentent un phénomène singulier. Leur queue ou pétiole se renfle en un point pour former une sorte de vessie pleine d’air. Dès lors, la rosette possédant une grande légèreté spécifique, devient un scaphandre qui monte à la surface de l’eau. Or, c’est à l'aisselle des feuilles en rosette que sont les fleurs; ces dernières sont donc, par ce mécanisme, amenées dans l’air atmosphérique et devenues susceptibles de laisser s’opérer le rapprochement fécondant. 11 est à peine effectué, que l’air s’échappe des vessies développées pour la circonstance et est remplacé par du mucilage. Dès lors, la partie émergée de la plante est devenue plus dense, incapable de surnager; elle redescend sous l'eau et y mûrit ses fruits appelés communément Châtaignes d’eau.

L’appareil qui permet le flottage des Utriculaires en temps utile est beaucoup plus compliqué. Ces plantes, communes dans les étangs, les fossés, les mares, les flaques d'eau des tourbières, ne sont pas visibles en hiver; elles reposent sur la vase. Leur tige allongée, grêle, traînante, est garnie de feuilles réduites à des filaments ramifiés. A 1 aisselle des feuilles ainsi transformées, on remarque une sorte de petite poche pyriforme, dont l’extrémité supérieure et aiguë est munie d’une ouverture. Cette ouverture porte une soupape qui ne peut s’ouvrir que de dehors en dedans; les bords en sont

I, E S PLANTES SE MAIUEM.

garnis de poils ramifiés; l’intérieur de la poche est tapissé d’autres petits poils sécréteurs qui lui donnent l’aspect du velours. Lorsque le moment de la floraison est arrivé, les petites outres axillaires se remplissent d’air; plus cet

de l'eau. C’est alors

seulement que s’épanouissent ces charmantes petites fleurs jaunes qui simulent de bizarres petits museaux aux lèvres plus ou moins renflées, dont le palais est strié de lignes orangées ou ferrugineuses. Pendant les mois de juin, juillet, août, elles montrent leurs fraîches couleurs au milieu des détritus végétaux, s'élevant gracieusement au-dessus de l’eau bourbeuse. Quelle est la jeune tille en vacances qui n’ait risqué son élégante chaussure pour arracher ces petites merveilles à leur indigne entourage?— Mais la fécondation s’est effectuée, le fruit se développe, les rôles changent; l’eau ambiante pèse sur la soupape des ulricules, l’enfonce, se précipite dans la cavité, alourdit la plante et la force à redescendre dans la vase.

L’ingénieur qui, le premier, attacha au bàli-

la soupape. En définitive, il donne à la plante une grande légèreté spécifique et l’amène à la surface

Fig. 12'2. — Utriculaire. Poche pyei forme de l’aisselle des feuilles.

ment coulé à fond un appareil de flottage, pour le ramener à la surface de l’eau, ne se doutait guère qu’un procédé analogue au sien était en usage depuis des milliers d’années.

Combien de connaissances seraient acquises si nous savions observer les êtres qui nous entourent! A quel degré de bien-être arriverait rapidement l’humanité si nous voulions imiter les moyens que la nature met en harmonie avec le but qu’elle se propose d’atteindre! Que de tâtonnements supprimés !

Mais revenons à notre sujet. Les plantes des champs et des jardins fournissent , comme les plantes d’eau, des faits dignes d’attirer l'attention de l’observateur et de frapper l'esprit du penseur.

Dans les Heurs hermaphrodites de Chardon, de Bleuet, deSéneçon, de Chrysanthème, toutes les étamines sont réunies latéralement par leurs anthères et forment un fourreau qui embrasse étroitement le si vie. Au moment de l’épanouissement de la fleur, la partie stigmatique parcourt le fourreau en s'allongeant et ramasse la poussière fécondante.

Chez les Fuchsia, le style est plus long que les étamines; mais pour faciliter la tombée du pollen sur le stigmate, la fleur est pendante. Chez les Grenadiers, le style est plus élevé que les étamines, le pollen, en s’échappant naturellement, tombe sur le stigmate, la fleur est dressée. Chez les plantes qui portent à la fois des fleurs staminées et des fleurs pistillées (plantes monoïques), les premières sont

LES PLANTES SE AI MUENT

souvent placées au-dessus des secondes, de sorte que la poussière staminale, en s’échappant, tombe sur les secondes; c’est ce qu’on peut voir chez les Arum.

Chez l’Aristoloche déniai ite, chez l’Aristoloche sipho, les étamines sont immobiles et si courtes qu elles ne peuvent atteindre le stigmate. La fécondation courrait grand risque de ne pas s’effectuer, si des moucherons ne prêtaient leur concours. Ces insectes sont atl irés vers les fleurs par une liqueur que sécrètent les glandes stigrnatiques.Mai^ l’entrée de la fleur n’est pas libre; elle est défendue par une barrière formée de poils obliques dirigés de dehors en dedans. Le moucheron frappe sur la barrière, abaisse les poils, entre, se précipite sur la liqueur désirée et la hume à son aise.

Fig. 123. — Bleuet.

A. inflorescence; les fleurs de la périphérie dillélent de celles du centre; H, fleur du centre, les amlié es forment un fourreau que traverse le slye; C, fleur du centre coupée par un plan vertical et médian, et montrant l'ovule en place; I», fleur neutre de la périphérie; E, extrémité du style et stigmate; F, Fiuitet graine coupés par un plan veitical et médian (l'embryon n'a pas été dessiné).

Mais il n’est pas de plaisir sans fin. Bientôt notre insecte rassasié veut reprendre sa liberté; hélas! la barrière s’est refermée et le fond de la fleur est devenu une prison analogue, par sa disposition, à la nasse et au verveux qui servent à prendre le poisson des rivières. En voletant pour recouvrer sa liberté, le prisonnier détache des étamines les grains de pollen et les porte sur le stigmate; il ne reçoit pas le prix du service signalé qu’il rend à la plante, la barrière reste close. C’est en vain qu’il la frappe de la tète, ses efforts sont inutiles, et bientôt, nouvel Actéon, il paye de sa vie son imprudence. Il nous est très-facile de constater les traces de ces drames journaliers; déchirons les fleurs épanouies des Aristoloches clématites, et

Fig. 124. — Fleur d’ Aristoloche clématite coupée par un plan vertical

et médian.

nous verrons que le fond de chacune est transformé en un véritable charnier où reposent les cadavres de plusieurs moucherons. Parfois, cependant, la fleur se flétrit avant la mort de l’insecte, et celui-ci est rendu à la lumière.

LES LI ANTES SE M UIIENT

beaucoup d’autres plantes ont besoin de l’aide des insectes, mais elles sont moins cruelles que l’Aristoloche. Leurs fleurs revêtent de riches couleurs, sécrètent de doux nectars; elles fournissent leurs produits au petit monde ailé, et celui-ci, en se jouant et butinant sur elles, contente les aspirations de chacune.

Les étamines de l'Épine-vinette font normalement cortège autour du pistil, à distance respectueuse, mais qu’un coup d’aile soit porté à la base de l’une d’elles, celle-ci se recourbe subitement de manière à appliquer son anthère sur le stigmate. Nous pouvons imiter l’attouchement de l'Insecte avec une pointe d’épingle, et chaque fois, dans les circonstances ordinaires, nous constaterons que l’étamine touchée amène son anthère à l’endroit convenable. Au bout d’un certain temps, chacune des étamines sur lesquelles on a expérimenté est revenue peu à peu à sa position périphérique, et peut être de nouveau excitée avec succès. Le soleil est, plus souvent encore que l’insecte, un agent de fécondation pour l’Épine-vinette; on remarque, en effet, que dans la fleur largement épanouie, chaque filet d’étamine est appliqué sur la foliole qui lui est opposée et resserrée à sa hase par deux glandes ; un rayon de soleil vient-il à évaporer le liquide qui surmonte ces deux glandes, celles-ci diminuent de volume eL le filet, moins pressé, se jette sur l’organe femelle. A défaut d’insecte ou de soleil, le mouvement imprimé à la

plante par le vent, par un animal, par une personne qui passe suffit pour provoquer le mouvement des étamines. Auguste de Saint-Hilaire, donl la vie entière a été consacrée à l’observation des plantes, disait avec raison : « Qu’un moyen de fécondation vienne à manquer, un autre le remplace, qui n’a pas moins d’efficacité. »

Fig. 12i>. — Fleur de Ivahnia.

1, étamines avant la fécondation; 2, anthères placées sur le stigmate.

Dans les fleurs d’Orlie, de Pariétaire, de Mûrier à papier (. Broussoimetia ), les étamines ont le filet courbé de manière que 1 anthère reste placée au fond de la fleur; mais, au moment de la fécondation, par un brusque mouvement d’élasticité, le filet se détend, et Panthère, vivement agitée et redressée, lance un nuage de pollen dont une portion tombe sur le stigmate.

Dans les fleurs des Kalmia , ces charmants petits arbustes qui tiennent à la fois de la Bruyère et du Rhododendron, les dix étamines ont leurs anthères enchâssées dans les petites fossettes de la corolle;

LES LIAMES SE MAKIENT.

mais au moment de la fécondation, chacune courbe son filet pour le raccourcir, débarrasse par ce moyen l’anthère de sa cachette et l’applique sur le stigmate.

Le phénomène est plus curieux encore dans la Rue [Ruta graveolens) . Selon que la fleur occupe le milieu ou la périphérie d'une inflorescence, elle a huit ou dix étamines. Les dix étamines d’une meme fleur ont normalement l'anthère éloignée du centre de la fleur; lorsque l’époque de la fécondation est arrivée, chacune approche du pistil à son tour, selon son numéro d’ordre, comme des soldats avançant à l’appel. C’est d’abord la première, puis la troisième, puis la cinquième, la septième, la neuvième, puis celles de rang pair; la deuxième, la quatrième, la sixième, la huitième, la dixième. Par ces contacts répétés, la fécondation n’en est que mieux assurée.

Les fleurs d’un arbuste élégant d’Afrique, cultivé aujourd’hui dans un grand nombre de jardins, le Spannannia , ont de très-nombreuses étamines. Celles-ci n’agissent plus isolément, comme celles de la Rue; elles s’avancent par saccades ou se déjettent groupées en faisceau.

Nous ne pourrions ici épuiser la liste des plantes dont l’androcée exécute des mouvements assez prononcés; que le lecteur examine lui-même les fleurs qui l’entourent, il deviendra certainement le témoin de phénomènes curieux qui, peut-être, n’ont pas encore été signalés. Il pourra suivre facile-

ment les déplacements des étamines dans les fleurs des Lis, des Tulipes, des Fritillaires, des Marronniers d’Inde, des Capucines, des Consoudes, des Cistes, des llélianthemum, des Œillets, des Géranium, etc., etc.

Ce ne sont pas seulement les éléments de l’androcée qui se montrent doués de mouvement au moment de la fécondation, souvent aussi ce sont les éléments du gynécée. Les lèvres qui composent le stigmate des Lis, des Tulipes, deviennent à cetle époque plus humides et s’entr’ouvrent légèrement. Dans le Clarkia élégant, les quatre lèvres vont jusqu’à se déjeter pour se rapprocher aussitôt l'acte accompli. Chez le Mimulus glutineux, petite plante du Mexique acclimatée chez nous, les deux lèvres aplaties se referment dès qu’un grain de pollen, une pointe, un pet it corps quelconque, se place entre elles. Dans les fleurs de la Nigclle, appelée vulgairement Cheveux de Vénus, les styles, qui occupent le centre de la fleur, divergent et s’infléchissent pour aller trouver les anthères.

Dans le Stylidium à feuilles de hlé, le style se coude brusquement pour diriger le stigmate vers les étamines; le mouvement peut être provoqué par une pointe d’épingle.

Los courants d’air, les Insectes portent souvent sur des slimagtes de fleurs le pollen enlevé à des fleurs d’autre espèce; il y a parfois fécondation, et la plante qui naît d’une telle génération est une hybride , mais elle n’acquiert pas ordinairement le

LES PI. A MES SE MARIENT

pouvoir de se reproduire par voie sexuelle. Les jardiniers ont, dans ces dernières années, suivi les exemples que leur donnaient les Insectes; ils ont provoqué la naissance d'hybrides et créé, par ce moyen, d’immenses variétés déplantés aux colorations les plus diverses.

M. Darwin a publié récemment, sur la fécondation de certaines Plantes, des expériences qui ouvrent de nouveaux aperçus en histoire naturelle, et rendent manifestes tes précautions merveilleuses qu’a prises la Nature pour prévenir la dégénération des Espèces. 11 a cherché à s'expliquer les différences que l'on observe dans la (leur des Primevères. On sait que, dans ce genre,, les individus d’une même espèce présentent deux formes très-remarquables : les uns ont le style long, et le stigmate arrive juste à l’ouverture du tube de la corolle; ce stigmate est globuleux, chagriné, et dépasse de beaucoup les anthères qui s’arrêtent vers le milieu du tube. Dans les autres individus, le style est court, et n’alleirit pas à la moitié de la longueur de la corolle; le stigmate est déprimé et lisse, mais les anthères occupent le haut de ce tube, leur pollen est plus gros, et la capsule fournit des graines plus nombreuses que chez les individus à st\ le long. Le dimorphisme (mire les Primevères longistyles et brévistyles est constant ; jamais les deux formes ne se rencontrent sur un même individu, et les individus de chaque forme se montrent en nombre à peu près égal.

M. Darwin ayant couvert d’un canevas des Primevères, les unes longistyles, les autres brôvistyles, la plupart ont fleuri, mais il n’y a pas eu de graine: il en a conclu que la visite des Insectes est nécessaire à la fécondation de ces plantes. Mais comme il n’a jamais vu, quelle que fut sa vigilance, aucun Insecte s’approcher des fleurs pendant le jour, il suppose que les Primevères sont visitées par des Papillons nocturnes, lesquels y trouvent un nectar abondant.

Il a cherché à imiter les manœuvres des Insectes, qui, en pompant le miel des fleurs, sont les agents de leur fécondation, et ses expériences l’ont conduit à des considérations du plus haut intérêt.

Si l’on introduit dans une corolle de Primevère brévistyle une trompe enlevée à un Bourdon, le pollen des anthères situées à l'entrée du tube adhère autour de la base de la trompe, et l’on peut en conclure que ce pollen devra nécessairement être déposé sur le stigmate de la Primevère longistyle quand l’Insecte ira visiter celle-ci après avoir butiné chez la première. Mais, dans cette nouvelle visite faite à la Primevère longistyle, la trompe, en descendant au fond de la corolle, y trouve le pollen des anthères fixées au bas de ce tube; ce pollen s’attache près du sommet de la trompe, et si l’Insecte va visiter une troisième fleur qui soit brévistyle, le bout de sa trompe touchera le stigmate situé au bas de la corolle et y déposera du pollen.

LUS I I. AMI-; S SE H.UtlHNT.

Il faut, de plus, admettre comme très-probable que, dans la seconde visite ci-dessus mentionnée, faite à la Heur longistyle, l’Insecte, en retirant sa trompe, laissera sur le stigmate une partie du pollen enlevé aux anthères situées au-dessous, et la fleur sera ainsi fécondée par elle-même. Il est, on outre, presque certain que l’Insecte, en plongeant sa trompe dans une corolle brévistyle, aura frôlé les anthères insérées au haut du tube, et poussé en bas sur le propre stigmate de la fleur une certaine quantité de pollen. Enfin, le corolle des Primevères contient en abondance de très-petits insectes hémiptères, de la famille des Pucerons et du genre Thrips , qui, parcourant la fleur dans tous les sens, transportent des anthères au stigmate le pollen retenu par leur corps; ici encore la Plante aura été fécondée par elle-même.

Il y a donc dans la fécondation des Espèces dimorphiques quatre opérations possibles : !" fécondation de la fleur longistyle par elle -même; 2° de la fleur brévistyle par elle-même; 5° de la brévistyle par la longistyle; 4° de la longistyle par la brévirt vie ‘.

Darwin fait remarquer que, lorsque les plantes ne peuvent se féconder elles-mêmes, elles ont les courants d’air pour auxiliaires si elles ont un pollen sec, si leur corolle est sans couleur, si elles ne sécrètent pas de liquide; les auxiliaires sont les

1 Leinaout et Decaisne, Traite général île botanique.

insectes si lu corolle est brillante, si des liquides sont sécrétés par une partie quelconque de l’inté-

rieur de la fleur.

On a longtemps cru, mais bien à tort, que certaines plantes femelles pouvaient développer des graines sans avoir été fécondées; on avait donné à cette sorte de génération le nom de parthénogenèse , mot qui signifie naissance par les vierges; hàtons-

nous de dire que les observations récentes ont fait justice de l’erreur.

Que devient le grain de pollen sur le stigmate? Il se laisse pénétrer par l’humidité qui l’entoure et se gonfle; si la quantité d’eau qu'il absorbe est trop grande, ses enveloppes se rompent et laissent échapper inutilement le contenu; si l’humidité est en juste proportion, le tégument ou l’un des téguments s’allonge insensiblement et forme un tube qui descend dans 1 intérieur du style pour s’avancer jusque sur l'ovule. Si l'ovule est nu, comme celui de l’If, du Pin, du Sapin, du Gui, etc., son sommet est atteint facilement; s’il est enveloppé, le tube s’insinue dans le trou ménagé par les enveloppes (le micropyle) et Unit, par arriver sur le sommet de l’ovule. En ce point, se trouve l’extrémité d’un sac (sac embryonnaire), qui tantôt fait saillie hors de l’ovule et tantôt reste intérieur; quoi qu’il en soit, il contient toujours, à celle extrémité, une ou plusieurs cellules (vésicules embryonnaires). A peine le tube du pollen a-t-il touché le sommet du sac, que l’une au moins de ces dernières vésicules reçoit comme

LES PLANTES SE MARIENT

nue vie nouvelle. Elle devient le siège d’une sec-

menlation, d’une multiplication de cellules qui se termine par la transformation d’une partie de la

vésicule en embryon. Mais ce n’est pas seulement dans la vésicule que l’activité se développe, c'est auloui d elle, aussi bien a 1 intérieur du sac qu'au

dehors, c’est aussi dans les parois de la cavité qui contient l'ovule ou les ovules. Par contre, la fécondation étant effectuée, les étamines n’ont plus raison d’être, elles se flétrissent et tombent; le style et le stigmate se dessèchent; les insectes n’ont plus de visites à faire; aussi, les couleurs brillantes des fleurs disparaissent, les beaux vêtements sont devenus inutiles, les ovules fécondés deviennent des graines, et l’ovaire qui les contient se transforme peu à peu en fruit. Parmi les élégantes corolles, les unes tombent brusquement, les autres perdent l’apprêt qui leur donnait une forme gracieuse, se chiffonnent, deviennent flasques et tombent aussi; le calice fait de même. Cependant si le jeune fruit a besoin de protection, d’abri, le calice et la corolle peuvent persister; la plante n’est pas une marâtre, elle a soin de ses enfants; elle sait, au besoin, transformer son élégante et fraîche livrée d’amour en un vêtement protecteur efficace.

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