CHAPITRE X
Principio , arhoribus varia est nulura creandis. Virgile, Georgiques, 11,9.
Les arbres, de la terre agréable parure,
Sortent diversement des mains de la nature...
La Graine est mûre; elle a reçu la provision nécessaire aux premiers développements de son embryon. Lès lors elle se détache de la plante qui Ta nourrie, pour donner naissance à une plante qui grandira et produira à son tour. 11 est des cas, cependant, dans lesquels la dissémination n’est pas nécessaire ; c’est lorsque le fruit mûrit dans le sol ou la vase, comme chez la plupart des plantes aquatiques, comme chez la Cymbalaire, qui croit sur les vieux murs humides, sur les rochers ; cet te dernière plante fleurit à l’air, mais elle ramène son fruit dans une fente ou dans un trou pour la maturation. Le Cyclamen, cette jolie plante recherchée
pour les suspensions dans les appartements, porte des fleurs à l’extrémité d’un long pédoncule, et, aussitôt la fécondation accomplie, elle enroule ce pédoncule en lire-bouchon, à la manière de la Vallisnérie, pour faire mûrir son fruit sur le sol. Le
Fig. 140. — Fraise. Les petits fruits sont durs et persistent sur le réceptacle lloral qui devient charnu et comestible.
Fig. 141. — Framboise. Le fruit se compose d’un grand nombre d’ovaires devenus charnus et comestibles.
Trèfle enterrcur fleurit dans l’atmosphère, mais, après la fécondation, son axe d’inflorescence se durcit, se coude, enfonce son sommet en terre et y entraîne le groupe de fruits. L’Arachide n’enfonce dans le sol que les ovaires fécondés; ceux-ci mûrissent et deviennent les Pistaches de terre. Les fruits des Citrouilles, des Melons, restent sur terre, abandonnés par la tige qui les porte et qui se détruit, etc.
Lorsque la lignée est nombreuse, comme dans le Taba<T, le Pavot, par exemple (un seul pied peut
fournir plus de 500,000 graines), elle est expulsée à l’heure voulue; chaque graine est livrée sans protecteur aux hasards d’un voyage périlleux. Certaines
Fig. 142. — Pavot.
A Heur épanouie et ileur en bouton perdant son calice; B, Heur coupée par un plan ’v rtic.Zt médian, montrant le grand nombre d'ovules insérés sur un P acen ta;
fruit; D, coupe horizontale du fruit, montr nt de nombreuses graines attachées aux placentas . E, l une des graines, F, l'une des graines coupee par un plan vertical et médian.
graines, filles uniques de Heurs, semblent privilégiées ; elles ne quittent la plante mère que protégées efficacement; elles restent dans l’ovaire de-
DISSEMINATION DES GRAINES.
venu fruit; teilles soûl celles du Cerisier, du Prunier, de l’Abricotier, du Pêcher, etc. Outre leur enveloppe charnue, les fruits de ces plantes ont encore un dur noyau, et les graines placées dans cet abri impénétrable entrent dans le sol ou voyagent. Les tilles uniques ne sont pas les seules qui soient pro-
Fig. 143. — Melon. Les graines restent incluses clans le fruit.
tégôes, car les graines des Melons, des Citrouilles, des Groseilles, des Raisins, des Grenades, etc., bien que nombreuses, restent incluses dans leurs fruits; la Nature harmonise toujours les moyens quelle emploie avec les tins qu’elle se propose;
tantôt elle crée un moyen particulier de dissémination, ou une disposition pour une prompte germination, ou un procédé de conservation, etc.
Fig. 144. — Fruit d’Aconit formé de trois follicules; follicule isolé et s’ouvrant.
Fig. 1 45. — Fruit d'Helléborc coin posé, dans cet exemple, de troi follicules.
11 suffit de regarder autour de nous pour constater les milliers de manières différentes qu’emploient les graines pour s’échapper de leurs fruits. Chaque fruit de l’Hellébore, de l’Aconit, ne s’ouvre que d’un côté, par une fente; les bords de l’ouverture portent les graines qui se détachent et tombent. Les fruits des Haricots, des Pois, des Fèves, etc., s’ouvrent des deux côtés, par deux fentes. Les fruits des Giroflées, des Choux, des Chélidoines, s’ouvrent par quatre fentes ; deux cloisons latérales se détachent de bas en haut, laissant entre elles une cloison portant les graines ; celles-ci, à leur tour, rom pent leur attache. Les fruits de la Jusquiame, du
Mouron rouge, du Plantain, etc., s’ouvrent par une fente circulaire; ils ont la forme de petites marmites dont le couvercle se soulève. Les fruits des Violettes s’ouvrent en trois valves. Dans les Pavots noirs, le fruit s’ouvre par des trous situés au som-
met. Dans le Muflier, ces trous sont situés de telle façon, qu’ils simulent les yeux et la bouche d’un animal à figure étrange, etc.
Ailleurs, chez le Froment, le Seigle, l’Avoine, chez le Sarrasin, le fruit ne s’ouvre pas, la paroi se dessèche autour de la graine et l’accompagne dans sa chute. Ce qu’on appelle grains de Froment, de Seigle, d’Avoine, de Maïs ne sont pas des grains, mais des fruits.
Dans toutes les plantes que nous venons de citer, à fruit déhiscent ou non, les graines ou les fruits, en s’échappant naturellement, tombent au pied ou
Fig. 1-10. — Fruit do Jusquiainc opérant sa déhiscence; il est protégé par le calice qui a été déchiré.
Fig. I I". — Fruit de Mouron rouge protégé par le calice et opérant sa déhiscence.
non loin de la plante et la reproduisent à uneépo- (jue plus ou moins rapprochée. Chez le Concombre
sauvage (. Ecbalium ), la Balsamine, la Clandestine, le Sablier ( Hiira crépitons ), la Fraxinelle, la Dionée attrape-mouche, quelques Algues, quelques Mousses, Fougères, Prêles, Hépatiques, etc., les graines ou les spores sont projetées à une certaine distance.
Lorsque le fruit du Concombre sauvage est arrivé à sa maturité, il se détache brusquement du pédoncule qui le porte; un trou s’établit, par lequel s’échappent avec une extrême élasticité les graines et la
montrant les trous par lesquels v)U]pC ] iq uide qili les OU- * échappent les graines. i i 1 'î
toure. On peut reproduire ce phénomène en séparant d’abord de la plante le fruit avant sa maturité complète; puis, le tenant d’nnc main, on coupe la base du fruit avec un couteau tenu par l’autre; aussitôt les graines sont rapidement projetées.
Le fruit de la Balsamine des jardins s’ouvre subitement par disjonction de valves qui s’enroulent rapidement, et, par ce mouvement, projettent
Fig. 148. — Fruit du Pavot noir Irant le lappent
DISSEMINATION DES GRAINES.
leurs graines. Dans la Balsamine jaune, le mouvement est encore plus rapide ; si 1 on essaye de cueillir le fruit au moment de sa maturité, il éclate
Fig. 1 l'J. — Concombre sauvage. Fruit lançant ses graines en se détachant du pédoncule.
subitement ; les cinq valves se relèvent et s’enroulent, les graines sont lancées entre les doigts. C’est à cause de celle singulière déhiscence que la Balsamine jaune a reçu le nom de N'y touchez pas.
Le Sablier est un arbre à suc laiteux de l’Amérique équinoxiale ; son fruit est formé par la réu-
^ ïiion de douze à vingt lobes ou coques rayonnant autour d’une colonne centrale qui occupe l’axe du fruit. Au moment de la déhiscence, une fente s’établit sur le milieu de chaque coque , chacune de celles-ci se sépare brusquement de la voisine et de l axe ; il résulte de la rupture violente de toutes ces attaches une assez forte détonation; les graines, comme les débris de fruits, sont lancées au loin.
Fig. 150. —Fruit de la Balsamine lançant ses graines.
Fig. loi. — Fruit du Sablier.
Les fruits des Euphorbes, des Ricins, convenablement desséchés, lancent aussi leurs {graines.
mais [sans bruit ou avec une simple crépitation; la structure du fruit, l’existence de parties accessoires expliquent parfaitement le phénomène.
Dans le fruit de la Fraxinelle, les cinq coques qui le composent se détachent brusquement de l'axe en même temps qu’elles s’ouvrent et projet lent leurs graines aux alentours.
Dans le fruit des Géraniums, cinq valves se détachent brusquement de bas en haut et s’enroulent en lançant leurs graines au loin.
Dans un très-grand nombre d’Algues, les spores sortent plus ou moins brusquement de l’organe (pii les contient; beaucoup sont munies de cils vibratiles qui les font progresser et s’éloigner de la plante qui leur a donné naissance ; nous avons constaté plus haut ces hr 1,vl ~ ,lruit ,<lc Gera.niuni
i s ouvrant et lançant ses graines.
phénomènes pour la Con-
ferve agglomérée, la Saprolegnia fertile. Chez les Prèles, les spores sont entourées par deux fils croisés qui les lancent au loin. Les spores de la Fougère sont lancées brusquement lorsqu’il s’établit une rupture de la poche qui les contient.
Les courants d’air sont de puissants agents de dissémination. Chacun peut remarquer avec quelle
rapidité le sommet d’un mur, la superficie d’un toit se couvrent de végétation ; des Lichens, des Mousses, des Saxifrages, des Sedum, des Crassula, qui se montrent les premiers, ont été apportés par les vents à l’état de spores ou de graines; c’est encore le vent qui amène sur les troncs de nos arbres fruitiers les germes de cette couverture de Lichens et de Mousses. «J’ai vu naguère une Ronce orgueilleuse marier ses longues tiges aux pilastres du grand balcon de Versailles; quelques années de négligence et de barbarie avaient suffi pour lui assurer ce triomphe. » (À. de Saint-Hilaire.)
« Les chutes de Lichens, qui ont étonné quelquefois les habitants de la Perse et de l’Anatolie, sont une preuve que lèvent peut transporter des corps aussi pesants que la moyenne des graines. M. Parrot a rapporté des échantillons du Lichen qui est tombé, en 1828, dans plusieurs points de la Perse, entraîné par des pluies d’orage. I-c terrain fut couvert de 5 à 6 pouces (15 à 18 centimètres) d’épaisseur d'une substance qui, étant tombée du ciel, fut décorée naturellement du nom de manne. » (A. D G.)
Afin de donner plus de prise aux courants d’air, grand nombre de fruits et de graines portent des membranes aliformes, des aigrettes, du duvet, etc., etc. Le fruit du Pin est muni d’une longue aile, et sa graine, qui ne germerait pas si elle tombait au pied de l’arbre qui la produit, est portée au loin par les vents, parfaitement enveloppée.
Le fruit de l’Orme a la forme d’une lentille et porte une aile sur tout son tranchant.
Le fruit de l’Erable porte deux ailes.
Fig. 153. — Fruit à deux ailes de l’Érable
Les fruits du Tilleul occupent l’extrémité d’un pédoncule, et celui-ci est fixé sur une longue feuille mince (bractée). Aussi, dans le moment où ces fruits se détachent des arbres, on les voit tournoyer dans l’air, parcourir de longs espaces et s’abattre dans les champs, dans des cours, sur des pavés, etc. Beaucoup de ces fruits tombés dans des endroits non favorables ne permettent pas à leurs graines de germer; beaucoup d’autres, mieux placés, les laisseront se développer, mais non protégées contre les passants, beaucoup de jeunes plantes seront bientôt détruites. Un Orme peut donner en une seule fois cinq cent mille fruits; ses descendants couvriraient bientôt la surface de la terre si
rien ne s’opposait à leur prospérité. Mais la nature tient une balance dans laquelle la vie et la mort s’équilibrent toujours.
Fig. 154. — Pissenlit et Chicorée.
C, Inflorescence de Pissenlit; II, inflorescence avant l'épanouissement des Ileurs; I, l’une des fleurs; K, ensemble des fruits ; K', l'un des fruits; l’aigrette s’est soulevée portée sur un pied; L, extrémité du style d’une fleur de Chicorée; M, un des fruits delà même plante; N, coupe verticale et médiane de ce fruit.
Les fruits des Pissenlits, des Chardons, des Salsifis, des Bleuets, des Eupatoires, des Valérianes portent à leur partie supérieure une élégante aigrette hygroscopique à filaments disposés ou non en crochets. Parfois cette aigrette couronne lefruil
DISSEMINATION DES GRAINES.
Fig. loo. — Fruit à aigrette.
à la manière des plumes quigarnissent le jouet connu sous le nom de volant, c’est le cas du Bleuet; tantôt le fruit est surmonté par un long filet qui porte l'aigrette, comme dans le Pissenlit.
Dans l’un comme dans l’au- Ire cas, les fruits deviennent le jouet des vents, sont portés à des hauteurs et à des distances considérables, puis s’accrochent aux édifices ou retombent en temps calme comme des parachutes, en enfonçant dans le sol l’espèce de lest constitué par le fruit. « VErigeron Canadense, apporté d’Amérique, comme moyen d’emballage1, s’est, à l’aide de scs aigrettes, répandu dans toute l’Europe avec la plus étonnante rapidité; l'abbé Delarbre écrivait, en 1800, qu’il n’en avait observé qu’un pied dans toute l’Auvergne; en 1805 ou 1800, M. de Salvert et moi nous trouvions cette espèce, pour ainsi dire, à chaque pas dans les champs de la Limagne.» (A. de Saint-Hilaire.) Aujourd’hui, celte plante est si commune aux environs de Paris, que du mois de juillet au mois d’octobre, scs aigrettes d’un blanc sale se voient partout, sur tous les décombres, dans les champs non cultivés, au bord des chemins, aux abords des maisons de village.
1 II paraît que les fruits île l’Erigeron du Canada avaient été employés pour empailler un oiseau qui arriva en Europe au dixseptième siècle.
Les graines de Pin, de Sapin, d’Orme, d’Érable, de Pissenlit, de Bleuet, etc., ne pouvant sortir de leur fruit, n’ont pas reçu d’appendices pour aider à la dissémination; ces appendices ont été donnés à leurs fruits qui les transportent en même temps qu’eux. Mais chez les fruits qui s’ouvrent, tels que ceux des Biynoniu , des Tecoma , des Catalpa , du Saule, du Peuplier ; du Laurier de Saint-Antoine ( Epilobïum spicatum ), du Dompte-Venin, du Cotonnier, etc., etc., les graines sortent du fruit et ce sont elles qui portent les appendices.
Ces appendices consistent , dans les Bignonia et
Fig.
les Tecoma , en une membrane aliforme qui occupe tout le bord de la graine; chez le Catalpa, la mcm-
DISSEMINATION DES GRAINES.
brarte alifornie porte, en deux points opposés, deux longues franges de poils; chez le Saule, le Peuplier, le Laurier de Saint-Antoine, le Dompte-Venin la graine porte à une de ses extrémités une touffe de poils soyeux; chez le Cotonnier, c’est toute la surface de la graine qui est revêtue de poils plus
Fig. 157. — Graine entière de Cotonnier.
Fig.' 158. — Coupe verticale et médiane d’une graine de Cotonnier, montrant l’insertion depoils qui constituent le coton.
ou moins longs, et ce sont ces poils abondants qui constituent le coton avec lequel on fait du tissu.
Le Saule et le Peuplier étant de toutes ces plantes les plus communes, on peut facilement constater l’existence du plumet de leurs graines. A Paris, pendant l’été, les personnes qui suivent les quais ont, si le vent le permet, leurs habits couverls de petites masses de duv.el blanc; un peu d’attention lait découvrir au milieu du duvet un petit corps brun, soigneusement enveloppé, c’est une graine des Peupliers
situés près du pont Marie ou de ceux qui avoisinent les Tuileries.
Les eaux courantes viennent en aide aux vents pour la dissémination des graines. Tantôt ce sont des graines seulement, tantôt ce sont des fruits qui sont transportés. Parmi ces germes tombés à
l'ig. 159. — Graine de Peuplier avec les poils du plumet dressés.
Fig. 160. — Fruit de Fenouil au moment delà séparation des loges.
l’eau, les uns ont une forme ou une légèreté spé cifique qui leur permet de flotter; d’autres, trop lourds d’abord, gagnent le fond de l’eau, y restent quelque temps, y perdent de leur poids, puis remontent. à la surface pour y voyager; d'autres encore, lancés à la mer, y voguent facilement, mais arrêtés à l’embouchure d’un fleuve, ils ne sont plus soulenus par l’eau douce, ils gagnent le fond du fleuve, sont poussés sur la rive, et y germent.
Certains fruits ont reçu la forme qui convient
DISSEMINATION DES GRAINES.
le mieux au flottage. Ceux du Fenouil ressemblent exactement à de petits bateaux; ils arrivent en si grande quantité, portés par la mer, sur les rivages de Madère, qu’une baie de cette île a reçu le nom de baie de Funchal ou de Fenouil. Les Noisettes, les Noix ont une forme qui rappelle celle d’un tonneau; ces fruits flottent facilement; des voyageurs ont vu aux États-Unis, au Canada, une énorme quantité de noix entraînées par des courants.
Fig. 161. — Fruit du L'idoicca des Séchelles.
Pendant longtemps, on ignora le lieu de provenance d’énormes cocos charriés par la mer et qui viennent s’échouer sur les côtes de Malabar ou sur celles des îles de la Malaisie. Ces énormes fruits, larges parfois de O"1, 50 et du poids de 20 à 25 kilogrammes, étaient appelés des Cocos de mer; on les supposait fournis par des plantes marines incon-
nues. Ils ne sont produits par aucune des côtes voisines. On sait aujourd’hui qu’ils sont fournis par un Palmier, le Lodoicea des Séchclles, qui croît en abondance dans les îles Séchclles, voisines des cotes orientales de l’Afrique. Les fruits sont entraînés par un courant marin qui leur fait passer l’équateur et les amène sur les rivages de l’Inde. Des courants semblables amènent des contrées les plus éloignées de nombreuses graines qui germent dans une nouvelle patrie. Ilooker a constaté que 144 plantes de l’isthme de Panama ont été amenées par un courant marin jusqu’aux îles Gallapagos.
Les graines résistent à l’eau de mer beaucoup plus qu’on ne serait tenté de le croire; les expériences de Darwin l’ont parfaitement établi. « Jusqu'à ce que, avec l’aide de M. Berkeley, dit cet éminent naturaliste, j’eusse tenté moi-même quelques expériences, on ne savait pas mèmè combien de temps des graines pouvaient résistera l'action nuisible de l’eau de mer. A ma grande surprise, j’ai trouvé que sur 87 espèces, 64 ont parfaitement germé après une immersion de vingt-huit jours, et quelques-unes supportèrent même une immersion de cent trente-sept jours. 11 est bon de noter que certains ordres se montrèrent beaucoup moins capables que d’autres de supporter cette épreuve : j’expérimentai sur 0 Légumineuses, et, à l’exception d’une seule, elles résistèrent assez mal à l’eau salée; 7 espèces des deux ordres alliés, les Ilydrophvllacées et les Polémoniacées, moururent toutes
DISSEMINATION DES GRAINES.
après un mois d’immersion. Pour plus de sûreté, j’avais choisi principalement des graines de petites dimensions dépouillées de leur capsule ou de leur fruit; mais comme toutes allaient au fond en quelques jours, ('lies n’auraient pu traverser en flottant de larges bras de mer, qu’elles eussent été ou non endommagées par l’eau salée. Je tentai ensuite l’essai sur des capsules ou des fruits plus gros, et j’en trouvai quelques-uns qui flottèrent très-longtemps. On sait que le bois vert flotte beaucoup moins aisément que le bois sec, et il me vint à l’esprit que le flux pouvait entraîner des plantes ou des branches, et les déposer ensuite sur les grèves, où, après qu’elles s’étaient séchées, une nouvelle marée montante les reprenant , les rejetait de nouveau à la mer. Je fis donc sécher des tiges et des branches de 04 plantes, portant toutes des fruits murs, et je les plaçai ensuite sur de l’eau de mer. La majorité d’entre elles enfoncèrent rapidement; mais quelques-unes de celles qui, vertes encore, n’avaient flotté que très-peu de temps, une fois sèches, se maintinrent très-bien sur l’eau ; des noisettes mûres allèrent ainsi immédiatement au fond, mais, une fois sèches, elles flottèrent durant quatre-vingt-dix jours, et plus tard, ayant été plantées, elles germèrent. Une plante d'asperge, portant des baies mûres, flotta vingt-trois jours; après avoir été séchée, elle en flotta quatre-vingt-cinq, et les graines germèrent ensuite. Des graines mûres d’/ leloscicidium s’enfoncèrent au bout de deux jours; sèches, elles