‹ La vie des plantesChapitre 19 sur 22 · GO · texte numérisé non relu

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flottèrent plus de trois mois et germèrent encore. En somme, sur 94 plantes séchées, 1 8 flottèrent plus de vingt-huit jours, et quelques-unes d’entre elles flottèrent beaucoup plus longtemps. De sorte que les des graines que je soumis à l'expérience germèrent après une immersion de vingt-huit jours; les des plantes portant des fruits mûrs, mais d’espèces différentes, que je pris soin de faire sécher, llottèrent pendant pins de vingt-huit jours. Pour autant qu’il nous est permis de faire quelque chose d’un aussi petit nombre de faits, nous pouvons néanmoins en conclure que 14 centièmes des plantes d’une contrée quelconque peuvent être entraînées par des courants marins pendant vingthuit jours, et sans qu’elles perdent pour cela leur faculté de germination. D’après l’Atlas physique de Johnston, la vitesse moyenne des divers courants atlantiques est de 55 milles par jour, et quelques-uns atteignent la vitesse de 00 milles. Il en résulterait que les graines des 14 centièmes des plantes d’une contrée quelconque pourraient être transportées à travers 924 milles en moyenne, dans une autre contrée, où, venant à aborder, elles pourraient encore germer si un vent de mer les prenait sur le rivage et les transportait en un lieu favorable à leur développement.

« Depuis mes expériences, M. Marlens les a renouvelées, mais en de meilleures conditions, car il plaça scs graines dans une boite, et la boîte même dans la mer; de sorte qu’elles furent alternative-

DISSEMINATION DES GRAINES.

ment mouillées, puis exposées à l’air comme de véritables plantes flottantes. Il éprouva 98 sortes de graines, la plupart différentes des miennes ; mais il choisit beaucoup de gros fruits, cl aussi quelques plantes qui vivent sur les cotes, ce qui devait augmenter la longueur moyenne de leur flottaison, ainsi que leur résistance à l’action de l’eau salée. D’autre côté, il ne prit pas le soin préalable de sécher les plantes ou les branches avec leurs fruits, ce qui, nous l’avons vu, en aurait fait flotter quelques-unes beaucoup plus longtemps. Le résultat fut que de scs graines flottèrent pendant quarante-deux jours et furent ensuite capables de germer. Mais je ne doute pas que des plantes exposées aux vagues ne flottent moins longtemps que orsqu’ellcs sont protégées contre tout mouvement violent comme dans ces expériences. Il serait donc plus sur d’admettre que les 10 centièmes des plantes d’une flore, après avoir été séchées, peuvent flotter à travers un espace de mer large de 9U0 milles (1 ,448 kilom. 100m.), et germer encore ensuite. Le fait que de gros fruits flottent souvent plus longtemps ([lie les petits n’est pas sans intérêt, vu que des plantes à grosses graines ou à gros fruits ne peuvent guère être dispersées par d’autres moyens. M. A. de Candolle a montré que de telles plantes ont généralement une extension limitée. »

Les bois flottés, les glaciers peuvent transporter, entraîner des graines au loin.

Les animaux concourent aussi à la dissémination

des graines. Tantôt c’esi un Loriot, une Grive, qui emporte dans son bec une cerise enlevée à un arbre des champs et qui gagne les bois; troublé par une apparition quelconque, l’oiseau lâche le fruit, qui tombe à terre. Tantôt c’est une Draine qui a piqué un fruit de Gui et le porte sur un arbre; la petite baie gluante adhère fortement à la branche d’arbre et permet à ses embryons de s’y développer. Ailleurs, ce sont les fruits colorés du Sorbier, du Sureau, du Lierre, du Genévrier, etc., qui excitent la gourmandise des Merles, des Draines, des Grives, des Mauvis, elc.,et ces oiseaux emportent leur butin qu’ils déposent, plus ou moins dépouillé de la matière pulpeuse, sur les vieilles tours, sur les murs des vieux châteaux ; aussi voit-on ordinairement les ruines couronnées par du Sureau, du Lierre, du Genévrier. Les oiseaux babillards et les plantes communes sont les seuls habitants de ces antiques demeures où vivaient jadis d’orgueilleux châtelains. Ailleurs encore, des Corbeaux, des Geais, des Lies, etc., enfouissent des fruits ou des graines; ou bien ce sont des Écureuils, des Loirs, des liais, des Mulots, des Hérissons, qui cachent des noisettes, des glands, du blé et d'autres fruits.

Très-souvent, les animaux ne sèment pas directement les graines, ils avalent les fruits comme nourriture, et les graines contenues, protégées par leurs téguments ou par un noyau, ne subissent aucune altération dans le tube digestif; elles en sortent et retombent sur le sol entourées d’un en-

grais utile au développement de l’embryon. A Java, une sorte de Civette se charge de disséminer les graines du Café; ce petit animal est très-friand du fruit du Caféier (le fruit a la couleur et la forme d’une petite cerise, il contient deux noyaux); il l’avale gloutonnement, fait son profit de la matière pulpeuse et laisse échapper les deux noyaux intacts, dont la graine est placée dans les meilleures conditions de germination. Selon Junghuhn, les noyaux de café expulsés par celte Civette sont trèsrecherchés par les Javanais; ils sont recueillis soigneusement dans tous les endroits accessibles. Il parait qu’à Ceylan il existe une espèce de Grive qui se nourrit du fruit du Cannellier et en répand la graine en mille endroits. D’après Sébastiani, on trouve sur le Colisée, à Rome, 261 espèces de plantes dues aux transports des graines par les oiseaux. Darwin a recueilli dans son jardin 12 espèces de graines provenant des excréments de petits oiseaux; elles paraissaient en parfait état, et celles qui furent semées germèrent. Le même expérimentateur fait les remarques suivantes : « Le jabot des oiseaux1 ne sécrète point de suc gastrique, et l’expérience m’a prouvé que le séjour que des graines peuvent y faire ne les empêche nullement de ger-

1 Les oiseaux qui se nourrissent de graines ont trois eétomacs placés à la suite les uns des autres, à une distance plus ou moins rapprochée. Le plus élevé est le jabot, qui fail ollice de réservoir, de magasin; le. second est le ventricule succenturic, qui fournit le suc gastrique ; le troisième est le gesier, qui triture et broie l'aliment.

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