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mer; on sait de plus, très-positivement, que lorsqu’un oiseau a trouvé une grande quantité de nourriture et l’a ingurgitée, toutes les graines ne passent pas dans le gésier avant douze ou même dix-huit heures. Un oiseau, dans cet intervalle, peut aisément être emporté par le vent à la distance de 500 milles (804 kilom. 500 m.), et comme l’on sait que les faucons ont la coutume de guetter les oiseaux fatigués, le contenu du jabot déchiré de ces derniers peut ainsi être facilement disséminé. Certains faucons et certains hiboux avalent leur proie entière, et, après douze à vingt heures, ils dégorgent de petites pelotes renfermant des graines qui se sont trouvées propres à la germination. D’après les expériences faites au Jardin zoologique de Londres, quelques graines d’Avoine, de Blé, de Millet, de Phalaris Canari ensis , de Chènevis, de Trèfle et de Bette germèrent après avoir passé de douze à vingt et une heures dans l’estomac de divers oiseaux de proie; et deux graines de Bette purent croître encore après y être demeurées deux jours et quatorze heures.
« Je pourrais encore démontrer que des carcasses d’oiseaux, flottantes sur la mer, échappent quelqufois à une entière destruction ; or, les graines de beaucoup d’espèces peuvent retenir longtemps leur vitalité dans le jabot d’oiseaux Ilot tants : ainsi des Pois et des Yesces meurent au bout de peu de jours d’immersion dans l’eau de mer; mais quelques-unes de ces graines recueillies dans le jabot
DISSEMINATION H ES GRAINES. 207
d’un pigeon qui avait flotté pendant trente jours sur de l’eau salée artificielle, à ma grande surprise, germèrent presque toutes. » Ajoutons que les animaux, mammifères ou oiseaux, en foulant le sol de leurs pieds, peuvent prendre des graines enchâssées dans la boue et les disséminer. « Les poissons d’eau douce avalent les graines de beaucoup de plantes terrestres ou aquatiques ; ces poissons sont fréquemment dévorés par les oiseaux; des graines peuvent ainsi être transportées d’un endroit à un autre. Après avoir rempli de graines de plusieurs sortes l’estomac de poissons morts, je donnai leurs cadavres à des aigles pêcheurs, à des cigognes et à des pélicans; après de longues heures, ces oiseaux dégorgèrent les graines en pelotes ou les rejetèrent avec leurs excréments, et plusieurs de ces graines se trouvèrent avoir gardé leur faculté de germination. » (Darwin.)
Toutes ces semences prises par les oiseaux peuvent être portées à des distances immenses; dans certaines circonstances, le vol d’un oiseau peut être de 50 kilomètres à l’heure. Audubon raconte que « des pigeons tués dans les environs de New-York avaient le jabot encore plein de riz, qu’ils ne pouvaient avoir pris, au plus près, que dans les champs de la Géorgie et de la Caroline. Or, comme leur digestion se fait assez rapidement pour décomposer entièrement les aliments dans l’espace de douze heures, il s’ensuit qu’ils devaient, en six heures, avoir parcouru de 5 à iOO milles; ce qui montre que leur vol
est d’environ 1 mille (1 kilom.GOO ni.) à la minule. A ce compte, l’un de ces oiseaux, s’il lui en prenait fantaisie, pourrait visiter le continent européen en moins de trois jours. »
Si l’on réfléchit un instant à la prodigieuse quantité d’oiseaux qui émigrent à chaque saison pour retourner plus tard dans leurs contrées, on aura une idée des voyages que font les graines au moyen de ces vaisseaux aériens, et de leur dissémination possible sur d'immenses espaces.
« De tous les êtres organisés, il n’en est aucun qui contribue autant que b homme à répandre les plantes et à les multiplier. Par ses soins, une foule d’espèces qu’il fait servir à sa nourriture se sont étendues dans des espaces immenses, et le moindre de nos jardins offre des végétaux de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte et delà Nouvelle-Hollande. Mais, sans parler de ceux que nous cultivons avec tant de peine et d’ardeur, il en est une multitude que nous disséminons sans le vouloir, et souvent même contre notre volonté. En semant nos céréales, nous semons aussi chaque année le Bleuet et le Coquelicot , la Nielle des blés, des Pieds-d'alouette, des Pavots, des binaires. » (Aug. de S'-llil.) Les bâtiments qui sillonnent les mers transportent, avec des marchandises, les graines d’une contrée dans une autre. J’ai recueilli à Louviers, en 1855, dans des laines qui arrivaient d’Australie, une gi amie quantité de fruits de Légumineuses; ces fruits étaient garnis de piquants et s’étaient accrochés à la toison de moutons
DISSEMINATION DES GRAINES.
australiens qui passaient; j’en retirai les graines, je les plaçai en terre et parvins à cri faire germer lin bon nombre. Partout où l’homme pénètre, il aime à transporter les plantes qu’il a vues ou qui l’ont nourri clans son pays. « Lorsque je traversais en Amérique les déserts voisins de la province de Goyaz, dit Auguste de Saint-11 ilaire, j’aperçus avec étonnement, dans un pâturage uniquement fréquenté par les bêtes fauves, quelques-uns de ces végétaux qui ne croissent ordinairement qu’autour de nos habitations; mais bientôt les débris cachés sous l’herbe m’indiquèrent assez qu’une chétive demeure s’était élevée jadis dans ce lieu solitaire. »
En 1 8 1 on constata en France, dans les endroits où s’étaient établis des camps de Russes et de Cosaques, la présence de plantes originaires des bords duDniéper et du Don; ces plantes peuplent aujourd’hui des endroits assez considérables. La Pomme épineuse ou Slramoine, qui est si commune en France, nous a été apportée par les Bohémiens ; ces gens, venus de l’Inde, où le funeste usage de la Pomme épineuse est bien connu, ont traversé l’Europe, stationnant en différents endroits, mendiant, empoisonnant ou guérissant ; ils cultivaient autour de leurs camps la Pomme épineuse, dont les graines leur servaient à accomplir leurs abominables desseins. Celte plante était connue sous les noms d’Herbe endormie, d’Iïcrbe aux sorciers, d’Jlerbe au diable. Les prétendus sorciers mêlaient à du vin
la poudre de lu racine ou des tiges, des feuilles, ou plutôt encore celle des graines, et la faisaient prendre aux patients, qui éprouvaient des hallucinations fantastiques ou qui s’endormaient pour se laisser dépouiller plus commodément. 11 y a quelques années, toute la presse racontait le procès desendormeurs ; ces endormeurs étaient des filous qui se répandaient dans les cabarets et offraient à leurs voisins du tabac dans lequel était de la poudre de Pomme épineuse; au bout de peu de temps, les amateurs de la prise ôtaient délirants, ou étourdis, endormis, et se laissaient dépouiller sans défense- Le funeste présent des Bohémiens s'est multiplié avec une incroyable rapidité; aujourd’hui, on trouve la Slramoine partout ; dans les champs incultes,, sur les décombres, aux bords des chemins.
La plupart de nos arbres fruitiers et de nos légumes ont été importés d’autres contrées : l’Amandier, le Poirier, le Pommier, le Prunier, l’Olivier, le Noyer, le Froment, l’Épeautre, le Seigle, l’Orge, l’Avoine, etc., nous viennent des régions avoisinant le Caucase; la Vigne nous a été amenée des montagnes de l’Asie orientale; l’Oranger vient de la Chine avec beaucoup de plantes de jardin ; la Pomme de terre, le Topinambour, le Tabac, etc,., viennent d’Amérique; la Betterave a été apportée des Canaries; le Chanvre vient de l’Inde; le Pêcher est originaire de la Perse; l’Arabie nous a donné le Pois et le Haricot; l’Epinard et la Luzerne viennent de la Médie, etc., etc.
La main do l’homme contribue non-seulement à la dissémination des graines, elle favorise aussi très-souvent le développement de celles qui ont été enfouies à de grandes profondeurs et qui, par cette circonstance, ne pouvaient germer. Il n’est pas de botaniste herborisant qui, après quelques années de courses, n’ait observé la disparition complète d’une plante sur un talus, dans un fossé; la plante est remplacée par une autre plus vivace, dont les débris s’accumulent en abondance sur le sol. Vienton, après un temps plus ou moins long, à retourner le talus, à creuser le tossé, la plante disparue reparaît; les graines, d’abord trop recouvertes, privées d’air, sont ramenées à la surface du sol et développent à la hâte leur embryon.
Les plantes paraissent avoir à dépenser, dans un endroit donné, une certaine somme de vitalité; la somme épuisée, elles disparaissent pour céder la place à d’autres et reparaître plus tard à leur tour. Ces faits ont été mis en lumière par un grand nombre de naturalistes; Lvell vit, dans l’Amérique du Nord, des Chênes prendre remplacement du Pin austral; Hochstetter dit qu’en Bohême les forêts de Pins alternent, à de longs intervalles, avec celles de Hêtre. En Allemagne, il est très-fréquent de trouver dans le sol des forêts de Sapins un grand nombre de troncs de Chênes, et l’on remarque en Stvrie qu’à mesure que certains coins de forêts de Pins se dénudent, ils sont remplacés par de jeunes Chênes. C’est la même cause qui renouvelle le tapis végétal
de nos forêts ; tt'lle Mousse vue pendant quelques années disparait momentanément ; là, oùsevoyaient des Belladones, sont des Lailrons ou des Bouillonsblancs qui, eux-mêmes, feront place à des Digitales, etc.
fi HA PITRE XI
Sec vero terra; ferre omîtes omnia possunt.
Virgii.e, Géorgiques , il, v. 109.
Tout sol eulin n’cst pas propice a toute plante. Ailspice et extremis domilnm cultoribus orbem,
Divisa • urboribus pnlria'...
Virgile, Gtforgiques, H, v. 114.
Do l'aurore au couchant parcourons l'univers Los différents climats ont des arbres divers.
Chaque plante doit trouver dans le sol ou le milieu qu’elle habile les conditions nécessaires à son genre de vie. La composition du sol ou du milieu, la quantité de chaleur et de lumière, le degré d’iiuinidité, le voisinage qui conviennent à l’une, ne conviennent pas à l’autre ; aussi, parmi les milliers de graines disséminées, n’en est-il relativement qu’un petit nombre pouvant croître et se perpétuer dans l’endroit où elles ont été portées.
A voir telle on telle plante en abondance dans un terrain, on peut connaître, le plus souvent, la composition de ce terrain.
Le Trèfle, le Sainfoin, la Garnie, le Buis, le Hêtre, le Fenouil, la Gentiane croisette, le Sédum acre, le Chardon, la Buglosse, le Dompte-Venin, etc., etc., croissent ordinairement dans les terrains calcaires.
Le Carex précoce, le Carex des sables ou Salsepareille d’Allemagne, la Digitale, l’Ammophilc des sables, l’Ornithope pied-d’oiseau, le Plantain cornede-cerf, le Châtaignier, etc., etc., croissent dans les sables ou les terrains siliceux.
LaBardane, le Pas-d’àne, l’Eupatoire, la Chicorée sauvage, se plaisent dans les terrains argileux.
Il est à remarquer que le sous-sol influe aussi sur la station des plantes. Souvent la présence souterraine d’un minéral est révélée par la végétation de plantes spéciales. Ainsi, aux confins de la Belgique et de l’Allemagne, on trouve plusieurs habitations d’une Violette à forme particulière, la Violette calaminaire, modification de la Violette jaune. Partout où croit celte plante, le mineur, en sondant, trouve du minerai de zinc en abondance.
Les plantes ne vivent pas seulement dans le sol, selon qu’il a telle ou telle composition ; elles croissent aussi dans des milieux fort différents, réunies ou isolées, protégées ou découvertes, à la lumière ou à l’ombre, etc.
Les Varechs, les Zostèrcs vivent dans les eaux salées.
Les Salicornes, quelques Arroches, la plupart des Soudes, les Cakile , se trouvent sur les rivages maritimes de nos contrées; les Avicennes, les Bhizo-
p li oros , croissent sur les rivages des pays tropicaux.
Le Nénuphar blanc, le Nénuphar jaune, lp Faux- Nénuphar, le Trèfle d’eau, les Potamots, la Fesse d’eau, la Macre ou Cornuelle, elc., vivent dans les eaux douces de nos rivières.
Le Jonc fleuri, quelques Véroniques, quelques Menthes, la Renoncule aquatique, croissent dans les fossés qui contiennent de l’eau.
La Salicaire, le Laurier de Saint-Antoine, la Scrophulaire noueuse, la Scrophulairc aquatique, croissent au bord de ces fossés.
Le Bcccabunga, le Cresson, le Montia de fontaine, vivent dans les fontaines.
Le Jonc commun, le Jonc-des-jardiniers, le Joncdes-tonnellicrs, les Rossolis, les Sphaignes, la Ciguë aquatique, la Grassette, les Utriculaires, les Limoselles, etc., se partagent les terrains inondés, les marais, les tourbières.
Le Lychnis à fleur de coucou, la Consolide, la Sauge des prés, la Reine des prés, la Saniclc, etc., abondent dans les prairies humides.
La Nielle des blés, les Bleuets, les Coquelicots, la Nigelle des champs, le Liseron des champs, le Chiendent, la Moutarde sauvage, etc., croissent avec les céréales, dans les champs cultivés.
Le Souci de Vigne, les Fumet erres, des Amarant lies, le Chénopode blanc, le Laitron, etc , se trouvent bien dans les Vignes.
La Giroflée jaune, la Chélidoine grande Éclaire,
le Pastel, le Muflier, la Saxifrage perce-pierre, la Joubarbe des toits ou Artichaut bâtard, le Sédum âcre, le Sédum blanc ou Trique-Madame, l’Herbe à Robert ou Bec-de-Grue, etc., etc., se rencontrent sur les vieux murs, cotre les pierres, sur les toits, les rochers.
Le Grand-Plantain, les Mauves, la Jusquiame, nierbe-au-Chantre , la Sagesse des Chirurgiens (Sisijmbrium Sophia , L.), la Bourse-à-Pastcur, etc., vivent au milieu des décombres.
Le Pissenlit, le Plantain, la Saponaire, laGrande- Mauve, le Panicaut ou Chardon-Roland, FArrète- Bœuf, etc., se montrent au bord des chemins.
Le Pied-de-Griffon, l’IIerbe-aux-Chanlres, la Lupuline, etc., se plaisent dans les lieux stériles et pierreux.
L’Anémone Sylvie, les Pyroles, etc., aiment les bois ombragés; l’ Alléluia, le Framboisier, la Sanicle, l’Orpin ou Herbe à la Coupure, etc., préfèrent les bois humides; le Nerprun, la Bourdaine, etc., se plaisent dans les taillis arrosés par des ruisseaux; le Genêt-des-teinturiers, la Filipendule, la Benoîte, aiment les clairières, les lisières des bois.
La Clématite commune, l’Épine noire ou Prunellier, le Houblon, la Bryone, FÉpine-Vinette, le Caillc-Lait-croisette, les Liserons, l’Hcrbe-à-Robert, etc., etc., croissent au milieu des buissons et des haies.
Le Gui croit sur les Peupliers, les Poiriers, les Pommiers, etc.
La Cuscute vit sur le Trèfle, la Luzerne, etc. LeMycoderme du vinaigre vit sur le vin aéré, qu il transforme en vinaigre.
Le Trichophyte tonsurant vit dans la racine des .cheveux; le Microspore d’Audouin se développe a leur surface ; l’Oïdium blanchâtre se plaît dans la partie supérieure des voies digestives malades et forme le muguet.
Des Sphéries se développent sur le corps des Chenilles et le dépassent en volume.
Des Mousses, des Lichens, tapissent les troncs d’arbres.
Parmi les plantes qui viennent d’ètre énumérées, les unes ne peuvent vivre que dans leur milieu spécial ; d’autres, au contraire, croissent partout et semblent s’accom- Fig. 163. — Chenille sur laquelle
moder de tous les 1er- cbami,i8n“ <•" s™"
rains.
Tout végétal exige pour se développer et fleurir un certain degré de chaleur, mais ce degré varie avec chaque individu. Il résulte de là que, si une plante ne reçoit pas la chaleur exigée par sa con-
stilulion, elle ne sc développe pas ou ne se développe qu’imparfaitement. Or, plus on s’élève dans l’atmosphère, plus la chaleur diminue ; donc les plantes qui ont besoin de toute la chaleur développée dans les vallées ne pourront croître au sommet des montagnes. Aussi voit-on la production végétale changer à mesure qu’on s’élève vers le sommet des Alpes et des Pyrénées ; les plantes de la vallée sont remplacées, dans les hautes régions, par d’autres qui revêtent un cachet particulier; leur tige, leurs feuilles sont petites; leurs fleurs baignées de lumière revêtent les couleurs les plus brillantes.
Lorsque, partant de la plaine, on s’élève sur le versant septentrional des Alpes françaises, on rencontre six régions végétales principales. C’est d’abord la plaine avec la Vigne et les arbres fruitiers. Puis, à partir d’une hauteur de 500 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, les Cerisiers, les Pommiers, les Poiriers deviennent moins communs; c’est la région des Noyers. A une hauteur de 800 mètres, presque tous les arbres fruitiers ont disparu, ils sont remplacés par les Hêtres. A 1,500 mètres, on ne voit plus guère que des arbres verts, tels que des Pins, et en particulier le Pin Cembro, qui atteint la taille de 50 à 40 mètres. A la hauteur de 2,000 mètres environ, les arbres disparaissent; ils sont remplacés par de petits Rhododendrons aux formes élégantes, aux feuilles coriaces et velues. A 2,700 mètres à peu près, on ne trouve plus d’arbustes; la végétation ne consiste qu’en herbes
rabougries. Plus liant, le sol se montre clans toute sa nudité ou ne porte que quelques Lichens dispersés. Enfin, plus haut encore, toute trace d’organisation disparait.
Chaque hauteur du sol ayant ses plantes particulières, la flore d'un pays doit changer avec le niveau que ce pays occupe. C’est un fait bien établi, <pie les végétaux qui couvrent aujourd’hui telle ou telle portion d’un continent, ne sont pas ceux qui existaient autrefois dans le même lieu ; le relief des terres a du subir des modifications. De nos jours, on assiste, dans certains pays, à un relèvement du sol, et tout indique que, dans une période d’années plus ou moins longue, la flore actuelle aura disparu pour faire place à une autre. En 1822, le sol du Chili fut ébranlé sur une surface de 15,000 lieues carrées, et exhaussé de 1 mètre; un navire constata, à une assez grande distance de la côte, <pie la sonde indiquait une profondeur inférieure de 2IU,50 à celle prise deux ans auparavant; en 1855 et 1857, des commotions souterraines retentirent dans les mêmes lieux et relevèrent encore le rivage. La Suède s’exhausse peu à peu ; des entailles faites en 1751, par ordre de l’Académie d’Upsal, sur les rochers qui étaient alors un peu au-dessous du niveau de la mer, se trouvent aujourd’hui élevées de plus de 1 mètre au-dessus des eaux.
La position de la terre par rapport au soleil tait que la chaleur diminue à sa surface de l’équateur au pôle, comme elle diminue du bas au haut d’une
montagne. On devra donc trouver aux différentes latitudes des plantes diverses. DeHumboldt a relevé la température moyenne des différents lieux de la terre, et il a fait passer des lignes par tous les points qui offraient la même température. Ces lignes isothermes sont loin d’être parallèles aux méridiens de latitude, elles sont très- sinueuses, parce que la chaleur ne décroît pas d’une manière uniforme sur chaque méridien ; les montagnes sur les continents, les courants marins sur les rivages modifient les températures. On a remarqué depuis longtemps que, sur les continents, les hivers sont plus froids que dans les îles, et que les étés y sont plus chauds ; d’un coté, les températures sont extrêmes, de l’autre, elles sont moyennes. Toutes ces particularités sont aulant de causes de variations dans les flores locales. En Angleterre, en Suède, en Norwége, on trouve des plantes qui redoutent les climats excessifs du nord de la France et qui ne se développent pas dans cette partie de notre pays. Ce qui contribue à rendre presque uniforme la température de l’Angleterre , c’est ce grand courant marin qui, partant du golfe du Mexique, court vers le nord de l’Europe, touche les côtes des îles Britanniques, va se perdre dans la mer Glaciale, mais rencontre auparavant le courant chaud qui, né à l’équateur, remonte la côte ouest de l’Afrique et se dirige vers l’Islande.
Les lignes isothermes n’indiquent pas que les végétaux qui ont besoin delà même somme detem-
pérature pourront être cultivés avec succès dans les points où ces lignes passent. Car tel végétal exige pour fleurir et fructifier une température fournie en peu de temps, tandis qu’une autre n’a besoin de la même somme qu’eu un temps plus long. Aussi les lignes isothermes ne pouvant faire connaître exactement les zones de végétation, on a été obligé de créer d’autres lignes ; les unes indiquent la température moyenne de l’hiver pour tous les endroits où cet le température est la même (lignes isochimènes); les autres passent par Ions les lieux où la température moyenne de l’été est identique (lignes isothères). Si, à l’exemple de .M. Boussingault, on compte le nombre de degrés de chaleur qu’exige une plante pour faire arriver ses fruits à maturité, si l’on observe à quelle époque de sa vie elle a demandé une plus grande quantité de température et quelle a été cette température, on pourra la transporter dans un pays qui présentera des conditions identiques, et l’on sera presque certain de la voir réussir dans sa nouvelle patrie. Ces particularités de la vie des Plantes expliquent comment tel végétal, la Vigne, par exemple, qui donne de si bons résultats en Bourgogne et en Champagne, ne peut vivre en Angleterre, bien que dans ce dernier pays fleurissent en pleine terre des Camélias, des Sassafras, qui ne peuvent supporter les hivers de la Champagne ou de la Bourgogne.
A Astrakan, la Vigne donne de bons produits,
quoique T hiver y fasse descendre le thermomètre à — "25°; mais pendant l’été, la chaleur va jusqu’à 21°, et le temps pendant lequel elle s’exerce suffit pour la maturité du raisin.
Le voisinage de la mer, l’influence des vents peuvent faire qu’une plante supportera dans un climat marin une température qu’elle ne supporterait pas sur le continent. Les Corses ont remarqué que leurs Oliviers donnent beaucoup de fruits lorsque la neige de novembre a été abondante. En Provence, ces arbres ne peuvent supporter la température de — (3°, 22, tandis qu’en Crimée, ils ne gèlent pas à la température de — 15°.
On comprend, d’après ce qui précède, que de grandes étendues de pays puissent être caractérisées par une végétation particulière. Au nord de l’Europe, appartiennent ces Pins si élevés de la Norwége, qui ont cru lentement, dont les zones du bois sont pressées, qui conviennent si bien pour les mats et les charpentes; on les trouve jusqu’au 67e degré de latitude. Le Hêtre et le Tilleul vont jusqu’au 65e, le Frêne jusqu’au 62e, le Chêne, le Peuplier jusqu’au 60e; l’Orge et l’Avoine fructifient encore au 70e degré de latitude.
Les plantes qui se plaisent le mieux dans la région moyenne de l’Europe sont le Pommier, le Poirier, le Chêne, le Bouleau, etc., qui préfèrent les parties septentrionales; la Vigne, le Mûrier, etc., croissent dans la partie méridionale: le Froment, le Seigle, sont cultivés avec succès dans toute la région.
A la région méditerranéenne appartiennent les Orangers, le Grenadier, l’Olivier, le Figuier, la Vigne. Le Chéne-liége, le Chêne vert, la Bruyère en arbre, le Dattier, le Palmier nain, se plaisent dans la partie la plus méridionale.
L’Asie, l’Afrique, l’Amérique, les différentes îles de l’Océanie ont aussi leurs plantes particulières, variables selon qu’elles croissent à différentes hauteurs, à diverses latitudes. Parfois les llorcs ont des caractères si tranchés que l’aspect de telle ou telle plante suffit pour qu’un horticulteur exercé dise avec assurance : « Celle-ci, avec sa teinte sombre, vient de la Nouvelle-Zélande ; celle-là, toute duvetée, est de la Nouvelle-Hollande et croissait dans telles circonstances. »
Les limites de ce petit ouvrage ne nous permettent pas de nous étendre beaucoup sur la géographie botanique ; nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux. Nous devons cependant faire connaître la patrie de quelques plantes usuelles.
« Le Caféier, plante qui donne le café, est originaire, dit Haynal, de la haute Lthiopie; il est encore cultivé aujourd’hui dans l’Arabie Heureuse, où on le cultiva pour la première fois à la fin du quinzième siècle. Dans ce pays, aux environs d’Aden, de Moka, les plantations sont placées à mi-côte des montagnes, de manière à ne ressentir ni une trop grande chaleur, ni une température trop faible. L’observation a appris que le Caféier se développe avec vigueur et donne de bons fruits lorsqu’il est
placé sous un climat dont la température ne s’abaisse jamais au-dessous de 10° centigrades, et ne s’élève jamais au-dessus de 25 à 50° ; il craint le vent de la mer, se plaît à l’exposition de l’est et aime un sol légèrement humide. Le bien-être que les derviches arabes trouvèrent dans l’infusion de la graine du café fit cultiver la plante dans tout l’Orient, jusque dans l’Inde, à Ccylan, à Java. Les Hollandais la propagèrent avec succès dans leur colonie de Batavia et en expédièrent les graines sur tous les marchés européens; quelques pieds vivants furent même cultivés dans le Jardin botanique d’Amsterdam. Les habitants d’Amsterdam en ayant envoyé un pied à Louis XIV, ce pied fut soigné comme objet de curiosité dans les serres du Jardin du Roi; on le multiplia. Plus tard, le capitaine Pédieux eut l’heureuse idée d'en prendre trois exemplaires, dans l’intention d’en propager la culture à notre colonie de la Martinique; la traversée fut pénible; deux pieds privés d’eau moururent en route; le troisième seul arriva sain et sauf. 11 fut planté, et c’est, de lui que viennent les Caféiers répandus aujourd’hui en si grande quantité dans les Antilles et les contrées tropicales de l’Amérique. » Le Café d’Arabie est regardé comme la souche de toutes les variétés commerciales répandues aujourd’hui sur les marchés européens.
L’arbre dont la graine sert à la préparation du chocolat, le Cacaoyer, vit dans les forêts de l’Amérique équatoriale. Avant la conquête de l’Amérique
par les Européens, les indigènes avaient déjà soumis cet arbre à la culture; les Mexicains composaient avec ses graines une boisson qu'ils appelaient Chocolat. On connaît plusieurs espèces de Cacaoyer ; celle qui fournit le plus de cacao commercial est le Cacaoyer commun, cultivé aux Antilles et sur quelques parties du continent.
Les plantes qui fournissent le vrai Quinquina sont cantonnées entredcs limites bien déterminées. Elles sont toutes américaines, vivent sur le versant septentrional des Andes, et occupent un niveau audessus de la mer qui n'est pas moindre de 1 ,100 à "2,700 mètres. On ne les trouve plus au delà du 10e degré de latitude nord, ni au-delà du 19e degré de latitude sud. Les seuls pays qui fournissent ces plantes sont : la Nouvelle-Grenade, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie. On a, dans ces dernières années, tenté la culture des Quinquinas dans plusieurs contrées, et notamment à Java, à Ceylan; le succès parait couronner l’entreprise.