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CHAPITRE II

Omnc vivum ex ovo.

Tout ce qui vit vient d’un œuf-

Les plantes naissent en sortant d’un œuf. Lorsque cet œuf est le plus simple, il s’appelle une spore ; lorsqu’il est plus compliqué, il s’appelle une graine.

Il suffit de déchirer les enveloppes d’une graine pour y voir la jeune plante ; elle est là dans un état de vie latente, n’attendant que des circonstances favorables pour manifester son existence. Assurons-nous du fait, enlevons les membranes qui recouvrent une graine d Amandier, de Haricot, d’Oranger, de Chanvre, de Ricin, d’Euphorbe, de Nielle des blés, et nous aurons une idée des positions que la plante occupe dans sa prison temporaire.

La petite plante ou embryon contenue dans la graine d’amandier est parfaitement blanche et

droite; sa partie inférieure esl constitue sa pelile racine ou radicule; la parlie qui continue supérieurement Taxe de la racine est sa petite tige ou tigelle; celle-ci est cachée entre deux gros corps blancs, plans-con vexes, appliqués l’un contre l’autre, qui constituent les deux premières feuilles de la plante, ou, comme on dit Fi en botanique, ses cotylédons.

La tigelle n’est pas un cône R-

un petit cône qui

g. 11. — Embryon d’Amandier privé des enveloppes de la graine.

radicule; T, tigelle; C, cotylédons; G, gemmule.

lisse; au moyen d’un faible grossissement, on peut voir que son sommet est garni de petites écailles qui forment un petit bourgeon, une gemmule.

L’embryon du Haricot ne diffère que peu de celui de l’Amandier; sa radicule forme une petite virgule qui se rabat sur le bord des cotylédons.

L’embryon du Chanvre ou du Houblon est enroulé sur luimême.

Les graines de l'Oranger renferment plusieurs embryons.

Remarquons, en passant, que les embryons que nous avons examinés ont des cotylédons épais.

Dans une graine de Ricin, de Surelle, nous constatons la présence d’un embryon, nous remarquons

Fig. 15. — Graine de Fig. 14. — Embryon à Fig. 15. — Graine

que ses cotylédons sont membraneux, comme des feuilles ordinaires, mais aussi, nous voyons que cet embryon est placé au milieu d’une masse blanche, charnue, oléagineuse.

Enfin, dans les graines de Blé, d’iris, de Lis, de Colchique, de Dattier, l’embryon, qui est contenu dans une masse charnue ou cornée, n’a plus qu’une seule feuille primordiale, un seul cotylédon.

Essayons de comparer la naissance de l’oiseau à celle de la plante.

Il est d’observation journalière que les œufs de poule ou d’un oiseau quelconque, que les œufs ou graines de vers à soie ont besoin d’une certaine quantité de chaleur pour réveiller la vie de l’embryon qu’ils contiennent. 11 en est de même pour les œufs des plantes ; il leur faut de la chaleur, et

Surelle coupée iongi- cotylédons foliacés du

tudinalement, mon- Ricin. 11 est retiré de trant l’embryon en- la graine,

touré par l’albumen.

de Aielle des blés coupée longitudinalement, et montrant l’embryon entourant l’albumen.

non-seulement de la chaleur, mais encore de l’hu-

manque, l’embryon ne se développe pas, ne germe pas .

Ainsi, les graines ne germent pas pendant l'hiver, parce qu’elles n’ont pas assez de chaleur; elles ne germent pas dans les silos bien construits, parce qu'elles n’ont pas d’humidité; elles ne germent pas lorsqu’elles sont placées trop profondément dans le sol, parce qu elles n’y reçoivent pas suffisamment d’air atmosphérique.

Elles ne germent pas dans les gaz azote, acide carbonique, qui entrent dans le mélange qui constitue l’air atmosphérique; mais le contraire a lieu

1, Fruit entier; 2, coupe longitudinale de ce finit et de la graine qu’il contient, montrant l’embryon et l’albumen.

Fig. 10. — Fruit du Seigle.

Fig. 17. — Coupe longitudinale de b graine du Dattier, montrant l’embrvon et l’albumen.

dans l’oxygène. Or l’air atmosphérique étant formé d’environ 4 cinquièmes d’azote, d’environ 1 cinquième d’oxygène et de 4 à G dix-millièmes d’acide carbonique, cet air ne peut devoir qu’à l’oxygène qu’il contient la propriété de laisser germer les graines. Et même il n’est pas besoin d’une aussi forte proportion d’oxygène ; car l’expérience a démontré qu’un embryon peut se développer dans un milieu gazeux n’en contenant que de I huitième à 1 trente-deuxième. Les degrés de chaleur, d’humidité exigés pour chaque plante sont très-variables ; l’une demandant plus, l’autre demandant moins.

Plaçons donc une graine 1 dans les conditions nécessaires à sa germination, el notre œil constatera successivement : 1° que les enveloppes de la graine se ramollissent ; 2° que la graine augmente de volume; 5° que les enveloppes, trop peu extensibles, se rompent; 4° que dans l’endroit où s’est opérée la rupture, apparaît l’extrémité libre de la radicule. Ce n’est que plus tard, pendant l’allongement de la radicule au dehors de la graine, que se montre l’extrémité libre de la tigelle. Les cotylédons sortent des enveloppes ou restent inclus, selon que la graine appartient à telle ou telle plante.

Le temps qui s’écoule depuis la mise en terre de la graine jusqu’à l’apparition de la radicule hors

’ En soumettant à une chaleur continue de 20 à 25° une éponge commune mouillée, dans les cavités de laquelle on a déposé des haricots, on peut suivre facilement, en quelques jours, les différentes phases de la germination de ces plantes.

des téguments n’est pas toujours le même ; il varie avec le degré de chaleur, avec la nature du sol,

Fig. 18. — Germination d'un Hari- Fig. 19. — Germination d’un Haricot, cot. Les enveloppes se rompent, La radicule s’allonge et commence la radicule apparaît. à se ramifier, les cotylédons se dis-

joignent, le sommet de la tigelle apparaît.

avec le degré d’humidité, avec la maturité plus ou moins complète de la graine.

L’expérience a appris qu’au printemps, sous le climat de Paris, par une température moyenne de la saison, les Melons germent en quatre, six jours ; les Pois en huit, douze jours ; les Fèves, ainsi que les Volubilis en douze, quinze jours, etc. La graine du Chêne, la graine d’Amandier mettent beaucoup plus de temps; tandis que des Haricots, du Cresson alénois, des graines d’Àspcrges germent en moins de deux jours.

Pendant que les téguments de la graine se ramol lissaient, que la graine grossissait, que les enveloppes se déchiraient, des phénomènes chimiques s’accomplissaient à l’intérieur et se rendaient sensibles au dehors par une certaine élévation de température.

Ces phénomènes avaient pour but l’élaboration

des aliments que la jeune plante devait s’assimiler pour grandir. Qu’était-ce que ces aliments? C’étaient les matières féculentes ou azotées ou hydrogénées qui gorgeaient les cotylédons, c’étaient les matières

Fig. ‘20. — Germination d'un Haricot. La radicule c>t devenue racine et s’est ramiliée, les cotylédons sont soulevés avec le sommet de la tigelle, les deux, feuilles de la base de la gemmule vont s’étaler.

analogues qui formaient cette masse dans laquelle l’embryon était plongé et qu’on remarque dans les graines deRicin, (l’Euphorbe, d’iris, deBalisieréetc.

i Cetto portion des graines, qu’on a comparée à 1 albumine ou blanc de l’œuf des oiseaux, a reçu le nom d 'albumen.

Fig. 21. Jeune Haricot. La radicule est devenue neino .

la tigelle s'est allongée Ips deux- mii-r i aune tl s est ranuliee.

Toutes ces matières ont été le siège de dédoublements, de combinaisons, de transformations qui les ont rendues absorbables et ont permis à la partie axile de l’embryon de se les assimiler.

Ainsi fait l’embryon des oiseaux ; il absorbe, avant de sortir de l’œuf, toute l’albumine on blanc d’œuf qui l’entoure. Après avoir épuisé cette ration providentielle, il est devenu assez fort pour rompre sou enveloppe et éclore.

L’embryon végétal n’épuise pas immédiatement la réserve qui lui est destinée. Sa racine est si faible lorsqu’elle fait saillie au dehors, qu’elle ne peut encore absorber suffisamment. En attendant qu’elle devienne organe actif d’absorption, la jeune plante continue de vivre aux dépens des cotylédons ou de l’albumen. Enfin la radicule devient racine, elle fonctionne, et les cotylédons vides, épuisés, desséchés, inutiles, tombent ordinairement bientôt.

Dès lors, la végétation prend un nouvel essor. Pendant que la racine, en axe descendant, s’engage dans le sol, comme attirée par une force centripète, et se ramifie régulièrement , la lige, en axe ascendant, gagne la lumière et se garnit de feuilles. Les feuilles ne sont d’abord que les écailles grandies de la gemmule ; elles sont placées sur la tige avec une régularité mathématique. Mais d’autres se montrent a mesure que la tige s’élève et conservent entre elles une disposition analogue à celle des premières.

28 LA VIL b ES PLANTES.

La plante continue sa végétation en croissant dans tous les sens.

Fig. 22. — Germination du Blé. La série de ligures A-P montre des états de germination de plus en plus avancés.

A, fruit ou grain de Blé. dont les enveloppes sont ramollies; s, sac que doit traverser la gemmule; c, appaiition de la coléorhize, étui qui recouvre la radicule chez la grande majorité des plantes dont l'embryon n'a qu’un cotylédon; B. la radicule r a traversé la coléorhize c, d’autres racines rr sont encore contenues dans leur iourre3U, la gemmule g apparaît; C, l), les différentes parties ont pris de l’accroissement el sont designées par les mêmes lettres; E, coupe verticale et médiane de ia ligure D, destinée à montrer la constitution de ia gemmule et la présence de l’albumen ; F, la tigelle s’est allongée et le cotylédon unique g est soulevé.

Enfin, do deux choses l’une : ou l’axe ascendant se termine par une fleur dans laquelle se développera unegraine, ou des bourgeons se montrent à l’aisselle des feuilles. Un bourgeon peut être assimilé à une gemmule; comme elle, il devient plus tard un axe fouillé; mais tandis que la nourriture de la gemmule est fournie d’abord par un albumen ou par un réservoir cotylédonnaire, puis par le sol, au moyen de la radicule développée ; la nourriture du bourgeon est fournie par un dépôt nutritif local et transitoire qui s’est fait à sa base, amené par la racine de la plante sur laquelle il est né. Un bourgeon est donc un individu, comme un embryon ; mais comme il ne possède pas de radicule, il est obligé de vivre en parasite sur le végétal qui le produit.

Les bourgeons développés en branches ou rameaux peuvent se terminer par une fleur, ou donner naissance à d’autres bourgeons qui se développent en rameaux, comme les premiers, et ainsi de suite. De sorte que si l’on regarde l’axe développé de la tigelle comme un axe principal ou de première génération, les rameaux qui naîtront sur cet axe formeront la deuxième génération ; ceux qui se montreront sur les axes de deuxième génération formeront la troisième génération ; ceux-ci produiront la quatrième génération, qui, elle-même, donnera la cinquième, etc., etc.

Telles se développent les familles ou les dynasties humaines; aussi, lorsqu’on veut tracer un tableau saisissant et fidèle de leurs divers représentants,

dessine-t-on un arbre ramifié, un arbre généalogique, dont le tronc représente la souche, et les rameaux, les descendants des différentes générations.

Les plantes dont l’œuf est une spore ont une tout autre manière de naître; elles n’ont pas, à l’origine, cette figure d’embryon avec radicule, tigelle

et cotylédon ; elles sont représentées par un peu de matière organisée dont la nature est de développer du tissu végétal. Chaque spore a sa manière d’être, mais comme il est impossible de faire ici l’histoire de chacune, nous n’entretiendrons le lecteur que de quelques-unes de celles dont les évolutions ont été le mieux suivies.

Examinons tout d’abord une spore géante, une

Fi

2ô. — Vauchérie. — La ligure , , .

supérieure représente une spore SpOl’C de grandes dimOlltrès-grossie munie de cils; les deux autres montrent

/dénotât! sions si on la compare à

successifs de la spore en germi- d’autres, quoiqu'elle n’ait nation. 711

que J- 5/10 de millimètre de longueur; celle des Vauchéries1. Les \auchôries sont ces filaments verts si abondants dans les

! Le nom de Vauchérie a été donné à ces plantes par de Candolle, en l’honneur du naturaliste Yaucher. de Genève, qui, le premier, en 1800, fit connaître les mouvements des spores.

étangs, les fossés, les eaux croupissantes, en général. A un moment donné de la fin de l’hiver ou du commencement du printemps, on voit se détacher d’un filament une petite vésicule ovoïde qui semble courir sur l’eau. Celte vésicule est une spore de la plante ; le microscope la montre couverte, sur toute sa surface, d’une intinité de petits poils, de cils, qu’elle meut avec une extrême agilité et dont elle se sert, pour progresser, comme d’autant de petites jambes, ha petite masse vivante court de çà, de là, pendant quelques heures, quelquefois pendant un jour. Un peu d’iode, d’opium ralentit ses mouvements, une plus forte quantité la tue. Enfin elle s’arrête contre un obstacle quelconque, s’y fixe et perd ses organes locomoteurs. Dés lors, tout déplacement total est aboli. La partie adhérente, qui est la portion la moins obtuse de la spore, s’arrondit, se dispose en crampon radiciforme, tandis que la partie opposée s’allonge en filament, se remplit de matière verte et devient bientôt une Vauchérie adulte.

Chez d’autres algues des étangs, et en particulier chez la Confervc agglomérée, les phénomènes sont plus surprenants encore. La spore est beaucoup plus petite ; elle a la forme d’une toupie microscopique et présente à sa pointe deux jambes ou tentacules filiformes. Lorsqu’elle s’échappe du filament qui lui donne naissance, elle tombe sur ses pieds, court sur l’eau la pointe en avant avec un mouvement de trépidation énergique. La lumière exerce

une influence sur la direction de sa marche ; l'iode, l’opium ralentissent ses mouvements ou la tuent ; elle ne peut supporter ni un grand froid, ni une grande chaleur ; enfin elle s’arrête, seli.ve contre un morceau de hois, une autre plante, sur la paroi du verre de montre dans lequel on expérimente, en un mot, sur un obstacle quelconque ; elle se fixe à cet obstacle par sa pointe, et l’extrémité opposée s’allonge en (ilament confervoïde.

Il est une plante facile à développer, facile à se procurer, dont les spores montrent des phénomènes analogues ; elle a reçu le nom de Saprolegnia fertile1. Pour l’obtenir, il suffit de jeter dans un tonneau de jardin ou dans une eau qui en provient une de ces mouches si ennuyeuses pendant l’été ; bientôt le corps de la mouche est environné d’une multitude de filaments hya- Mouche commune lins; ces filaments constituent la Saprolegnia. A une certaine époque de leur vie, ces filaments contiennent une myriade de petits corps qui s’agitent, se poussent, se trémoussent et dont le mouvement d’une foule turbulente dans un passage étroit ne donne qu’une faible idée. Enfin, l’extrémité libre du filament, frappée sans

Fig. 24.

grossie, couverte de Saprolcirnia fertile.

J Saprolegnia vient du grec 7u-û6:, pourri, et H yv?v, frange.

NAISSANCE DES DE AN TES

relâche, se déchiré ; a I inslant môme, s’échappe par cette barrière ouverte un flot de corpuscules qui ne sont autre chose que des spores; les premières sortent tumultueusement, les dernières res-

hg. 25. — Sommité d’un lilnment trèsgi-oss. de Saprolegnia fertile, dans trois états successif-.

Hg. 20. — Saprolegnia fertile. Trois états successifs de spore en germination.

lenV;' 1 l,llt3neur du tube> errent sur les parois et semblent prendre leur temps. Toutes oui la forme «tune peute toup,e dont la pointe serait munie de eux longs cils. Arrivées sur l’eau, elles font mou-

.Mi avecvnesseeesja'nbesgrèfcs, si longues pour corps, et exécutent des courses vagabondes

dont le microscope multiplie la vitesse. Quelques heures après, l’état de repos est arrivé, et les spores exécutent fatalement ce que celles qui viennent d’ètre décrites ont exécuté; elles s’adossent à un obstacle, perdent leurs jambes ou cils, s’arrondissent par leur point de contact , s’allongent par l’autre extrémité et deviennent des filaincnls hyalins semblables à ceux qui se développaient sur le cadavre émergé de la mouche.

L’esprit est stupéfié à la vue de ces phénomènes. Un petit globule vivant, né d’une plante, est doué de mouvement; il s’agite, va, vient, court : il semble animal. Une époque survient dans son existence où le mouvement cesse : il devient végétal et ne fournit que du tissu végétal.

Nous nous reportons involontairement à l’origine de l’être humain. Qu’est-il d’abord, cet être humain? — Un petit globule vivant qui s’échappe de l’organe glanduleux qui le fournit, qui tournoie aussi, parcourt une longue route et vient s’arrêter dans un repli d’un organe intérieur. Là, comme la spore, il devient immobile; c’est là qu'il va se développer, élaborer les organes futurs de l’être dont il est le germe. Mais tandis que le corpuscule végétal devient l’Algue, le corpuscule animal devient l’Homme...

Les œufs dont il vient d’être question, graines ou spores, donnent, par leurs développements ultérieurs, un êlre semblable à ceux qui leur ont donné naissance ; il est des spores d’autres végétaux qui

ne procèdent pas ainsi. On a essayé d’indiquer le phénomène qu elles accomplissent en disant qu’elles deviennent un être qui ressemble non à sa mère, mais à sa grand’mère. Ce mode de génération, bien connu depuis longtemps chez certains animaux, a reçu le nom de génération alternante.

Les exemples en sont nombreux, si nombreux, si faciles à constater, que tout le monde connaît des végétaux qui les produisent.

Quiconque a vu de près une Fougère adulte a sans doute remarqué que la face inférieure de ses frondes ou feuilles est garnie de points ou de lignes brunes, ou encore que le sommet d’une branche est muni d'un bouquet de globules roux. Sous ces points, ces lignes, ou dans ces globules roux, sont de nombreux petits corps sphériques ou polyédriques, à double enveloppe, qui constituent les spores de la Fougère; il suffit de secouer une fronde adulte audessus d’un papier blanc pour les voir tomber en énorme quantité. Lorsque ces spores sont placées sur du sable humide, à une température au-dessus de la moyenne, elles absorbent l’humidité et il en résulte un gonflement intérieur. Le gonflement détermine la rupture de l’enveloppe externe. L’enveloppe interne, plus élastique, profite de l’ouverture pour s’allonger en tube. Ce tube, toujours trèsgrèlc, s’enfonce dans le sable et fait office de racine ; il est à l’opposé d’un autre tube qui naît aussi de la spore, mais qui prend des dimensions considérables. Celui-ci, d’abord simple filament, se cloisonne,

multiplie des cellules qui se placent les unes à côté des autres pour former une expansion celluleuse aplatie. Les racines se multiplient ; l’expansion est d’abord transparente, elle prend ensuite la forme triangulaire, puis, elle se dispose ordinairement en cœur, se remplit de matière verte, augmente ses dimensions et présente un aspect qui rappelle celui d’une feuille; elle constiluc le prothalle ou 1 e proembryon de la Fougère.

Tel est le résultat de la germination de la spore.

Le prothalle n’a qu’une existence temporaire; jamais il ne devient celte Fougère gracieuse aux frondes en-

Fig. 28. — Prothalle .... i. , • ,

donnant naissance ticrCS OU deCOlipCOS ; lliaiS il pClli

c/iZw/esfere(Tn~ l’engendrer. 11 contient, dans quelques-unes de ses cellules, deux organes séparés qui, par leur action réciproque, amèneront cette végétation spéciale. L’action irat-elle pas lieu , la plaque végétale se dessèche et meurt sans postérité. L’action s’exerce-t-elle convenablement, alors la vésicule incluse qui l’a subie grossit considérablement ; elle distend la cellule qui la contient et la rompt; elle s’allonge par le bas pour devenir racine et par le haut pour former lige et feuilles. Avec le temps, de nouveaux tissus se développent, les frondes ou feuilles s’étalent et les spores apparaissent. Ces nouvelles spores sont de même nature que celles dont la germination nous avait donné des prothalles. A

l 'S- 27. Differentes parties ,1e la Fougère dite Fougère mâle ( Polyslichum

/ili.c mas).

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ment les groupes fronde mon'™nt P""* distinctebrane (indusie), l’autre en est dénonil! <es ouf,es est recouvert par une mem- E. sac il spores ou sporange - F ,r,'0"deS C,,roul^ Cl> ™,

grossi résultant dcP la germination dW sporeC’ Sffi de ^7 J G’ proll,;,lle H, portion tres-grossie du prolhalle vu Jh r-.’,. , • Pf™. de grondeur naturelle; dont l'action réciproque détermine r ai ' ' facu infe. .oure, el monlranl les organes verses de l’un de ces organes ^en mUVemen? de ,a Foi‘S*re ’ >’ ‘«.'.nos di-

CU'e incl,,SC* da"s la('ue,le commrnce le développent ; J’ V'3"

leur tour, elles pourront germer, reproduire des plaques vertes qui, elles-mêmes, donneront de nouvelles Fougères.

Un exemple plus surprenant encore est fourni par les Prèles, plantes communes dans les champs humides, les marécages, les fossés, les bois humides , certains lieux sablonneux, sur les berges des rivières, etc., et qu’on nomme vulgairement, selon la forme de chacune, Queue-de-rat , Queue-decheval , etc.

L’extrémité des rameaux de ces plantes se termine ordinairement par une sorte d’épi ou de rendement fusiforme. Ce rendement est formé par un plus ou moins grand nombre d’écail les pôdiculées qui simulent des clous enfoncés perpendiculairement dans la tige. A la face interne de l’écaille qui représente la tète du clou, existent de petites poches qui logent les spores. Lorsqu’on regarde ces spores au microscope, avant leur sortie, elles ont tout d’abord la forme d’une petite sphère allongée sur laquelle seraient enroulés en spirale dextre deux fils terminés en spatule à leurs extrémités. Selon que la plaque de verre sur laquelle les corpuscules ont été placés est sèche ou humectée, les lils se déroulent ou s’enroulent, et Ton devient le témoin de trèsgracieux mouvements circulaires en sens opposés. Enfin, si la sécheresse est assez grande et la spore bien vivante, les deux fils se déroulent brusquement et lancent la spore au loin.

Celte spore lancée tombe dans l’eau ou sur la

terre humide; dès ce moment, le rôle des fils (élatères) est terminé. ‘

Au boni d’un ou de plusieurs jours, la spore se débarrasse de son enveloppe externe; un des points de sa surface s’élève en petit bouton, puis s’allonge en un filament qui constitue une racine. Le reste de la spore se segmente, grandit, développe un plus ou moins grand nombre de cellules dans lesquelles se monlreen abondance de la matière verte. Les racines se multiplient, et bientôt le tout est devenu une plaque très-irrégulière qui constitue le prothalle de la Prêle.

Tandis que les prothalles des Fougères contiennent les deux sortes de corps dont l’action réciproque détermine la naissance de la plante à spores, ceux des Prèles ne contiennent le plus souvent qu’une sorte de ces mêmes corps. L’action a lieu entre les corps de nature différente de deux plantes voisines. De ces deux plantes ou prothalles, l’une meurt après que le rapprochement a eu lieu, l’autre reçoit une nouvelle vie dans une de ses cellules. En ce point, il se fait un allongement qui devient racine et un autre qui devient tige. La tige s’élève ou s’allonge, donne des rameaux, représente exactement la Prèle de l’avant-dernière génération et donne, comme elle, des spores qui, en germant, produiront un prothalle.

Les Champignons se reproduisent aussi par spores, mais d’une manière différente de celle desFougères et des Prèles. Il est d’observation journalière

ng. — ivûlc

A, port de la plante; B, extrémité de rameau • . .

détachée de l’épi et garnie de poches c“ h S .P’- "n épi; C’ 1 !"le <l(>s écailles poches; t, une spore enroulée1 par les deux l nV:V ■ renversée; 1), l’une .les moment où elle est lancée. ls 011 elalèrcs> F, une spore dai s le

qu’ils se développent avec une grande rapidité ; chacun a pu voir dans un endroit de son jardin de nombreuses tètes de Champignons qui n’existaient pas la veille; les populations des campagnes ont souvent remarqué le matin, dans les prairies, de nombreux champignons développés pendant la nuit et disposés en cercle. Dans une époque d’ignorance, on a vu avec un grand effroi ces cercles magiques, ces cercles de sorcières , qui établissaient, disait-on, la preuve d’un sabbat récent, qui disparaissaient, puis reparaissaient plus tard, toujours de plus en plus agrandis.

De tous temps, les observations incomplètes ou faites par des personnes à esprit non indépendant, ont amené les plus sottes absurdités.

Reconnaissons que ce qu’on appelle habituellement le Champignon, ce que nous mangeons dans l’Agaric de couche, le Cep, la Morille, ce qui, enlin, a la forme d’un chapeau ou d’une pyramide pédiculée, n’est pas tout le Champignon ; ce n’en est qu’une portion. C’est quelque chose d’analogue au groupe de fleurs ou de fruits d’un arbre ou d’un arbuste. Nous ne voyons pas ordinairement les branches, les organes de végétation du Champignon, ces parties sont cachées ; elles sont placées sous terre, consistent souvent en filaments plus ou moins allongés, grêles, entre-croisés, et constituent ce que les maraîchers appellent le blanc de Champignon. Le blanc est placé entre des couches de fumier comme des branches ou boutures de rosier

sont enfoncées en terre, afin de favoriser le développement de la plante et d’amener la production de tleurs et de fruits. Le blanc de Champignon vé-

Fig. 50. — Liane de Champignon^ produisant des têtes de Champignon a dilférents clats de développement. Les spores, invi-ibles dans cetlc figun, sont jdacées sur les lames rayonnantes situées sous le chapeau.

gète assez lentement , mais à une époque donnée, il fournit de nombreux organes de fructification, organes qui constituent, comme il a été dit plus haut, la partie visible, la partie extérieure du Champignon.

Si 1 011 pense <1 la multitude de fleurs ou de fruits qui se montrent en peu de temps sur un Noyer, sur un Cerisier, sur un Pommier, il devient moins

Fig. 31. — Truffe.

1,rti''uf'e Üm,èrc; 2’ ,nl,îe coupée verlicalemenl, monlrant les canaux aériens inlé- 4 sac à%oa^\TS.nt 1C liS$U COn3idérab'e,nent grOSS1 et les sacs à spores ;

étonnant de voir la croissance spontanée de quelques tètes de Champignon sur les organes de végétation de la plante.

Le blanc de Champignon peut persister ou se renouveler longtemps dans une même couche ou un même terreau ; les filaments grandissent, et leur vitalité parait se retirer vers les parlics les plus nouvelles, les plus périphériques. C’est ce qui explique le fait de l’élargissement, année par année, du prétendu cercle des sorcières.

S’il nous était permis de tenir plus longtemps le registre des naissances des plantes, que de choses curieuses nous aurions à raconter! Combien de manifestations diverses delà vie nous aurions à énumérer ! Mais les plantes ne sont pas merveilleuses seulement en naissant; elles le sont aussi en se nourrissant, en respirant ; elles le sont dans leur vie individuelle cl dans leur vie sociale. Le peu d’espace laissé à notre disposition ne nous permet qu’un rapide coup d’œil sur chaque sujet. Que le lecteur nous supplée, qu’il essaye d’observer, et bientôt de nouveaux horizons se développeront devant son esprit charmé.

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