‹ La vie des plantesChapitre 8 sur 22 · I. ES RACINES ADYENTIVES · texte numérisé non relu

I. ES RACINES ADYENTIVES

nous observons l'extrémité libre de l’un de ces cordons, nous verrons qu’il s’y développe des racines adventives destinées à l’attacher à la terre, et que,

Fig. -12. — Violette de Chien.

dans le point diamétralement opposé, se montre un bourgeon. Quelques jours suffisent pour que ccbourgeon devienne un rameau court, garni de feuilles ; en un mot, un vrai Fraisier qui fournira à son tour des stolons. Puis, dans un temps plus ou moins rapproché, toute communication cesse entre les deux Fraisiers, par suite de l'atrophie ou de la destruction du cordon qui les unit. Le second, ayant des

racines adventives assez développées, peut vivre complètement indépendant du premier ; il est nevenu individu libre ; il peut donner naissance de celle manière à un troisième individu ou plutôt à de nombreux Fraisiers de troisième rang ; ceux-ci produiront des Fraisiers de quatrième rang ei ainsi de suite.

Les faits précédents établissent que lorsque certaines liges, certains rameaux sont au contact du sol humide, il s’y établit des racines adventives ; que ces racines adventives remplissent, pour la partie supérieure du rameau ou de la tige, le rôle d’agents d’absorption, et que, dès lors, cette partie du végétal peut vivre indépendante de la plante mère.

C’est sur ces connaissances que reposent les procédés de culture et de multiplication connues sous

LES RACINES AÜYENTIYES.

les noms de couchage ou marcottage et de provignemint.

Dans l’opération du couchage ou marcottage, la lige ou le rameau sur lequel on expérimente est courbée de manière qu’une certaine partie descende à quelques centimètres dans le sol et y soit

l-'ig. 41. — Marcotte. On a supposé une section faite dans le sol, alin de laisser voir l’assujettissement des rameaux et la formation des racines adventives.

lixée, tandis que l’extrémité soit redressée et libre. Après un temps variable, la partie enterrée donne naissance à des racines adventives. Lorsqu’on juge ces productions assez développées, on sépare, au

moyen d’une section, l’extrémité de la tige ou du rameau du pied principal, et l’on obtient de cette manière un second individu. L’observation a montré que les racines adventices s’établissent de préférence aux environs des feuilles, des renflements, dans les endroits où l’écorce a été endommagée, et l’expérience a fait reconnaître que pour hâter le développement de ces racines, dans les marcottes, il est bon de faire aux rameaux des incisions au-dessous de la dernière feuille, ou de les entailler, de les tordre, de les froisser enfin dans la partie plongée dans le sol.

Si la plante qu’on veut marcotter n’est pas flexible, si les rameaux sont trop élevés au-dessus du sol, on renverse les rôles, mais à la façon inverse de Mahomet, on élève la terre jusqu’à l’endroit choisi. Cette terre, placée dans un vase ad hoc , est souvent humectée ; elle favorise le développement des racines adventives. Lorsque celles-ci sont assez fortes et assez nombreuses, on fait une section audessous du vase et l’on sépare la marcotte du tronc.

Il a été question, au commencement de ce chapitre, des racines adventives des Iris, des Lis, des Oignons ; examinons dans quelles circonstances elles se montrent. A la fin de l’été, il est d’habitude, dans le jardinage, de retirer du sol ce qu’on appelle les bulbes ou les oignons des Tulipes, des Jacinthes, des Narcisses, des Jonquilles, des Fritillaires, etc. A cette époque, ces bulbes, qui ne sont que de courtes tiges garnies de feuilles blanches,

LES RACINES ADVENTIVES.

sont mis en réserve, on exposés pour la vente ; ils n’ont aucune espèce de racine ; mais si on les place sur de la terre humide ou dans l’eau, la base du bulbe se couvre de racines qui deviennent des organes actifs d’absorption, et la plante continue son évolution.

Ces faits montrent que lorsqu’une lige est privée de racines, elle peut, dans certains cas, si son extrémité est placée dans un milieu humide, donner des racines adventives qui lui permettent de végéter, comme si elle possédait ses racines primitives. L’étude de procédés qu’emploie la nature a fait inventer les boutures. La bouture diffère de la marcotte en ce que, dans celle-ci, le rameau n’est séparé de la plante mère que lorsqu’on s’est assuré que des racines adventives s’y sont établies, tandis que dans la bouture, le rameau est séparé tout d’abord et placé ensuite dans le sol. Certains végétaux tels que le Saule, le Peuplier, se reproduisent par boutures si facilement, qu’il n’est pas rare devoir des échalas de Saule, employés pour faire des clôtures, continuer de végéter et donner des feuilles et des rameaux; d’autres plantes, au contraire, ont résisté jusqu’à présent au bouturage.

C’est par le marcottage que l’on mult iplie ces admirables variétés d’Œillets, de Pensées, de A’crvcines, etc., c’est par le bouturage qu’on multiplie ordinairement nos belles variétés de Rosier, de Pélargonium, les Ananas, les Cannes à sucre, les Bambous, etc. On n'a même pas besoin d’opérer

sur la tige ou sur des rameaux entiers ; ou fait des boutures de Cijcas en n’opérant que sur les tronçons des liges ; on fait des boutures de Paulownia , iY Araucaria, en n’opérant qu’avec des tronçons de racines ; on fait des boutures de Bégonia, en n’opérant que sur des feuilles. La Vigne se reproduit par bouture et par marcotte, mais l’usage a fait appeler dans ce dernier cas la marcotte un provin , et le marcottage, le provujnement .

Ces procédés de multiplication, le marcottage et le bouturage, ont sur celui de multiplication par graines de grands avantages. En effet, la plante résultant d’un semis est d’abord petite, frôle; il lui faut le temps de grandir ; la marcotte se présente immédiatement à l'état adulte. C’est par elle qu’on obtient ces charmants petits Cerisiers et Pruniers qu’on fait fleurir en hiver, dans les serres. Les fleurs des plantes obtenues par semis n’ont pas toujours les riches couleurs de leurs parents ; d'ailleurs les élégantes et les belles de nos jardins ne doivent souvent leur luxe qu’à des procédés de culture qui les ont rendues incapables de procréer; elles n’ont pas de graines; les plantes obtenues par marcotte ou par bouture reproduisent exactement, intégralement, les qualités du végétal dont on les a retranchées.

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