CHAPITRE V
DES FORMES DES PLANTES ET DE QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA VIE DES RACINES, DES TIGES ET DES FEUILLES
Les herbes ont cliascunc leur propriété, leur naturel et singularité.
La Boétie.
Chaque plante prend une forme qui lui est propre et vit à sa manière. Le Sceau de Salomon, l’Iris, l’Asperge, les Carex, la Primevère, etc., ont une tige qui reste sous le sol (rhizome) et qui, chaque année, développe des bourgeons s’élevant dans l’atmosphère sous forme de rameaux. Chaque année, le développement du bourgeon terminal ou d’un bourgeon voisin de l’extrémité supérieure allonge l’axe et celui-ci se munit de racines adventives, l’autre extrémité, au contraire, se dessèche dans une portion plus ou moins grande de sa longueur, s’atrophie et meurt. Il y a allongement d’un coté et raccourcissement de l’autre. De sorte que ces sortes de tiges accomplissent un véritable voyage souter-
rain; c’est ce qui explique pourquoi telle plante à rhizome horizontal, mise au milieu d’une plat e-
Fig. 4G. — Sceau île Salomon. La tige souterraine ou rhizome est chargée de racines advenlives et porte de distance en distance des empreintes aux endroits qu’occupaient les rameaux des années précédentes.
bande, peut, quelques années plus tard, en occuper le bord ou se montrer dans une plate-bande voisine.
Parmi les plantes qui laissent développer leur tige dans l’air atmosphérique, les unes sont si faibles, qu’elles retombent sur le sol et s’allongent
DES FORMES DES PLANTES
couchées, relevant en vain la tète, comme pour chercher à se tenir debout; tel les sont certaines
Fig. iS. — Véronique officinale. Tige couchée.
Aéroniques; d’autres, faibles et couchées, comme les précédentes, profitent du voisinage du sol pour y envoyer des racines advenlives et plusieurs, telles que les Lysimaques monnoyères, voyagent en s’allongeant d’un côté et se détruisant de l’autre ; d’autres encore, comme la Véronique Teucrium, couchent leur jeune tige, lui font émettre des racines advenlives, puis relèvent la tête et se dressent dans
leur partie libre, qui s’allonge dès lors verticale-
Fig. 40. — Pois. Tige grimpante. Une portion des feuilles se transforme
en vrilles.
ment dans l’atmosphère. Quelques plantes profitent hardiment du voisinage d’un arbre, d’une perche*
DES FORMES DES PLANTES
d’un échalas ; elles s’élancent dessus et s’avancent vers son sommet par mille procédés différents. Le
Fig. SO. — Houblon. Tige volubile.
Lierre grimpe au moyen de nombreux crampons qui le maintiennent solidement attaché; la Bryonc, la Vigne, les Pois, etc., grimpent au moyen de fila-
monts qui s’accrochent aux différentes parties de leur soutien et dont ils se servent comme d'autant
Fig. 51. — Liseron. Tige volubile.
de mains. Les Houblons, les Volubilis, les 1 amiers, les Ignames, etc., s’élèvent en enroulant leur tige en spirale sur l’appui qu’ils ont trouvé. La spire
DES FORMES DES l'I, ANTES.
décrite va de droite à gauche ou de gauche à droite selon la plante qu’on examine. Ainsi le Houblon s’enroule toujours de gauche à droite et le Liseron toujours de droite à gauche.
Lorsque les tiges sont assez fortes pour s’élever indépendantes dans l’air, elles sont parfois simples, sans ramifications et ressemblent ou à une baguette, ou à la plupart des Palmiers ; leur allure donne au paysage un aspect tout particulier; souvent la tige se ramifie, et la ramification se fait selon un ordre qui est le même pour les plantes de la même espèce, ordre qui nous fait reconnaître, à première vue, les Poiriers et les Pommiers, les Cerisiers et les Pêchers, les Peupliers, les Chênes. Dans le Gui, la Petite Centaurée, la loi de ramification est facile à trouver ; chaque branche se divise au même niveau en deux autres, par dichotomie. Dans la Vigne, les rameaux se placent les uns au-dessus des autres, comme s’ils formaient une même lige; chacun d’eux usurpant la direction du rameau sur lequel il est né et le forçant à devenir latéral.
Rien n’est variablecomme la consistance des tiges ; celle des herbes est molle, celle des arbres est dure, celle des Cactus, des Joubarbes est charnue. Lorsque la tige est dure, elle peut l’être plus à la périphérie qu’au centre, comme chez les Palmiers, et dans ce cas, on l’emploie entière dans les charpentes ; si la partie périphérique est moins dure que le centre, comme chez les Chênes, les Châtaigniers, il est bon de n’employer en charpente que des arbres équar-
ris, c’est-à-dire prives do leur partie périphérique. Il est de ces tiges qui, malgré leur faiblesse apparente, sont si résistantes, que l’industrie humaine en a emprunté la forme pour l’appliquer aux constructions. Les géomètres et les physiciens ont montré que les chaumes de nos céréales ont le plus de solidité possible pour le peu de matière qui les compose ; ce canal central, ces diaphragmes qui les coupent de distance en distance, sont nécessaires, selon eux, pour faire porter, par une tige grêle, un épi souvent si lourd. C’est peut-être après avoir observé la structure des chaumes, que Robert Slephenson inventa les ponts tubulaires. L’un des plus beaux qu’on connaisse est celui de Meney, en Angleterre; trois piles, distantes l’une de l’autre de 140 mètres, supportent deux poutres tubulaires qui forment la double voie ferrée et établissent un pont de 400 mètres sur un bras de mer.
Les formes de tiges les plus bizarres sont celles qui sont fournies par les plantes grasses, et c’est dans les pays chauds qu’elles arrivent à leur plus grand développement. Les unes sont formées de raquettes placées les unes sur les autres, telles sont celles qui nous fournissent les Figues d’Inde ou encorecellesqui nourrissent la cochenille du Mexique; les autres sont globuleuses, simples ou formées d’une multitude de petites sphères, comme les Mamillaires ; d’autres encore, les Pilocereus s’élèvent droits, cylindriques, acquièrent une grande
DES FORMES DES PLANTES. <J5
Colle, se couvrent de poils gris, et ressemblent à d’immobiles et tristes vieillards ; d’autres encore,
Fig. 53. — Chaume du Seigle.
comme les Cierges, s’élèvent simples à une grande hauteur, puis se ramifient à la manière de candc-
labres. A voir ces singuliers végétaux penchés au bord d’un précipice, sur une terre aride, on les prendrait, dit un voyageur, pour des désespérés qui lèvent au ciel leurs bras suppliants; ailleurs, c’est l’Euphorbe officinale qui s’élève du sol comme une colonne à nombreuses cannelures, et porte, vers le sommet, des colonnes latérales et plus petites. Ces plantes sont rarement nues, elles se recouvrent de duvets, d’aiguilles, d’épines souvent fort longues, elles croissent ordinairement dans les endroits arides et contribuent à donner au paysage un aspect désolé. Elles sont parfois si abondantes qu’elles interceptent tout, passage et font reculer les animaux eux-mêmes. Le mulet du Chilien ose presque seul s’aventurer dans ces parages hérissés dépiqués, il frappe brusquement de son sabot les gros Mélocactes épineux, et abaissant la bouche sur la blessure récente qu’il a produite, il étanche la soif qui le tourmente.
Enlin les tiges et les rameaux prennent parfois la forme de racines, de feuilles, se transforment en épines, en vrilles, etc. ; ils dérouteraient ceux qui chercheraient à en connaître la nature, si malgré les métamorphoses, ces parties axiles n’obéissaient aux lois qui les font reconnaître par les naturalistes.
Les feuilles ne le cèdent ni aux tiges, ni aux rameaux pour la diversité des formes ; elles caractérisent assez bien, en général, les végétaux auxquels elles appartiennent. Les unes, celle du C.ouet, par
DES FORMES DES PLANTES
exemple, sont composées d’une gaine qui embrasse la tige, dune queue ou pétiole qui lui fait suite et d une portion aplatie ou limbe. La plupart des feuilles n’ont qu’un pétiole et un limbe : telles sont
celles du Lilas, du Pommier, de l’Abricotier, etc. Lnfin, lien est qui n’ont pas de pétiole.
La forme du pétiole est très-variable ; chez la Capucine, il est rond, long et sert à l i ni /
. ’ o’ tl 5,1 1 1 a la plante pour
grimper; chez le Peuplier-tremble, il est long et
aplati transversalement, de sorte que le plus léger courant d’air qui vient le frapper fait oscillci le limbe placé à son extrémité ; cette particularité a fait donner au Tremble le nom qu’il porte. Certains
56. - Rameau d' Acacia à feuilles dissemblables. Certaines feuiUes sont réduites à un pétiole aplati (pliyllode), d’autres sont décomposées en folioles.
Acacias ont des feuilles réduites au pétiole seulement, et comme ce pétiole est aplati transversalement, il s’ensuit que lorsque le soleil brille, 1 ombre
Fig. 57 - Rameau de Fragon ou Petit-Houx. Les feuilles A sont réduite à turt eCa' CS; CertamS rameaux D sonl :'Plati*- Plusieurs portent de!
UES FORMES UES PLANTES
projetée est une ligne et non une surface; aussi le célèbre botaniste anglais Robert Brown fut-il étrangement surpris, lorsque, [arrivant à la Nouvelle- Hollande, près d’une forêt tonnée d’arbres semblables , il constata une grande clarté ou de loin il avait vu un épais tourré. Les feuilles ont un limbe tantôt à bord uni, tantôt a bord divisé; dans l’un comme dans l’autre cas, elles peuvent prendre toutes dimensions. Les feuilles de l’Asperge sont microscopiques, celles de la Victoria s’étalent à la surface des étangs de la Guyane, formant un cercle parfait d’environ 2 mètres de diamètre. Le limbe est trèsélégamment découpé dans les Chardons, les Artichauts, les Acanthes, les Figuiers, les Fig. 08. — Sommité d’As- C lié nés, la Vigne, etc., etc., et doit aux formes gracieuses qu’il présente d’êlre employé
perge. Les feuilles sont réduites à de petites écailles et les rameaux axillaires ont la forme d'aiguilles.
comme ornementation des maisons et des édifices. I) aulres feuilles ne sontplus seulement découpées ; elles sont tonnées par un ensemble de folioles, aussi les nomme-t-on feuilles composées. Tantôt ces lobules sont disposés comme les doigts d’une
patte d’oiseau : telles sont celles de la feuille de Marronnier, de Vigne vierge, de Chanvre, de certains Aralias ; tantôt elles sont disposées de côté cl d’autre de l’axe de la feuille composée à la manière des barbes d’une plume: telles sont celles du Rosier, du Robinia, etc.; parfois même, la division va plus loin, comme dans la Sensitive. On conçoit bien que toutes ces formes doivent donner au paysage, selon la prédominance de telles ou telles, un aspect particulier.
Les feuilles qui appartiennent au même végétal ont ordinairement la même forme; cependant il est des circonstances qui peuvent la modifier. Ainsi, les feuilles du Lierre commun, dont le limbe est découpé ordinairement en trois ou cinq segments, lorsqu’elles appartiennent à un rameau stérile, ont un limbe uni, cordiforme, lorsqu’elles sont placées sur un rameau florifère ou fructifère, bcs feuilles de la Sagittaire affectent deux formes; celles qui sont hors de l’eau ont deux portions distinctes, un pétiole allongé et un limbe en forme de fer de flèche, celles qui sont submergées ont la forme de longs cordons ou de longs rubans. Les feuilles aériennes de la Macre ou Châtaigne d’eau, de la Renoncule aquatique, ont un limbe bien marqué ; celles qui vivent dans l’eau sont réduites à de nombreux filaments.
Enfin les feuilles peuvent se transformer en vrilles, en épines, comme les tiges. Il est facile de reconnaître la véritable nature de ces organes
DES FORMES DES PLANTES
transformés, lorsqu’on se rappelle que les rameaux naissent à l’aisselle des feuilles. Ainsi, une épine a-t-elle une feuille ou une trace de feuille au-dessous d’elle, c’est un rameau transformé, et elle peut
Fig. 59. — Sagittaire.
porter feuilles et fleurs; n’a-t-elle rien au-dessous d’elle, c’est une feuille transformée, et il n’est pas rare de trouver un bourgeon à son aisselle. Les épines des Néfliers, des Féviers, des Prunelliers, sont de la nature des rameaux; les épines des Épines-vinettes sont de la nature des feuilles.
L’une des feuilles les plus curieuses qu’on connaisse est celle des Nepenlhes, plantes de l’Asie tropicale et de Madagascar. Ces plantes, que nous avons vues en quantité considérable chez les horticulteurs anglais et qui se trouvent parfois assez bien représentées dans les serres du Muséum, vivent habituellement dans les lieux marécageux. La feuille se compose de quatre parties assez distinctes :
1° de la hase de la feuille qui ressemble assez bien à une feuille de Lis; 2° d’un til long, rigide op spiralé qui la surmonte; 5° d’une sorte de grosse pipe suspendue à l’extrémité du til, verte ou tachetée, plus ou moins ornée, selon les espèces, portant à son extrémité supérieure une ouverture élégamment ourlée, et 4° d’un couvercle en forme de feuille qui surmonte l’ouverture, la clôt d’abord et se relève ensuite. Malgré la complication de cette feuille, on a pu reconnaître dans se§ différentes parties celles qui entrent dans la composition des feuilles
Fig. CO. — Épine-vinette.
Fcnilles transformées en épines à trois branches.
en général.
Le Cephalotus follicularis , qui vit à la Nouvelle- Hollande, présente deux sortes de feuilles; les unes
DES FORMES DES PLAINTES
planes ; les autres presque analogues à celle des Nepenthes; elles n’en diffèrent guère que par le stip-
Fig. Cl. — Feuille de îNepcnthcs.
port de l’urne, qui est grêle et court et non large à la base.
La Sarracénie pourprée, qui est si commune dans les marais de l’Amérique du Nord, a de longues feuilles d’un beau rouge qui représentent un grand cornet ailé dont l’ouverture est supérieure. Cette ouverture est limitée par deux lèvres; l’une en forme d’ourlet, l’autre allongée en pavillon.
Le Rossolis ou Droscra à feuilles rondes peut se rencontrer dans les marais tourbeux des environs de Paris; les feuilles sont petites, en cercle élégamment cilié. Chez la Dionée gobe-mouebe,
plante qui se trouve dans les marais de l’Amérique du Nord, le cercle cilié est partagé en deux moitiés unies comme par une charnière, qui peuvent se rabattre l’une sur l’autre ou s’écarter.
Fig. 6"2. —
Sarracénie pourprée.
Fig. 63. — Feuille de Dionée gobe-mouchc.
Le limbe des feuilles présente à sa surface des cordons saillants dans lesquels courent des vaisseaux et des libres; ces cordons sont des nervures,
DES FORMES DES PLAINTES
et leur disposition, qui est sensiblement la même pour chaque espèce de plante, peut varier d’une espèce à l’autre. Chez le Buis, le Lilas, le Tilleul, etc., une grosse nervure part de la base de la feuille et va jusqu’au sommet, donnant à droite et à gauche d’autres petites nervures, qui sont disposées par rapport à la première comme les barbes d’une plume sur les côtés de l’axe; dans la Mauve, le Lierre, plusieurs grosses nervures naissent à la base du limbe et s’écartent en divergeant comme les doigts d’un canard; dans l’un comme dans l'autre cas, les petites nervures se réunissent les unes aux autres et forment des réticulations. Ce sont ces nervures, ces réticulations, qui restent sur les feuilles mortes enfouies depuis quelque temps dans le sol. Chez le Lis, les Iris, les Narcisses, le Blé, les nervures des feuilles sont toutes parallèles, non réticulées; chez les Bananiers, la nervation est pennée, mais les nervures ne sont pas réticulées. L’observation montre que les plantes dont l’embryon n’a que deux feuilles primordiales ou cotylédons, ont des feuilles à nervures réticulées; que celles dont l’embryon n’a qu’un cotylédon ont des nervures ordinairement sans réticulations.
Une personne qui ne regarderait les choses que superficiellement, croirait difficilement que toutes les feuilles des plantes ont une position réciproque déterminée, aussi exactement calculée que la place occupée par les fenêtres d’un édifice. Quelques observations la convaincraient bientôt.
Les Verveines, les Sauges, les Orties blanches, etc. , ont les feuilles disposées deux par deux et placées chacune à l’extrémité d’un môme diamètre de la lige ; une paire quelconque de ces feuilles est toujours disposée en croix, par rapport à la paire qui précède ou à celle qui suit immédiatement.
Une plante commune dans les marais, la Fesse d’eau, a ses feuilles disposées par couronnes nombreuses autour de la tige.
Les feuilles du Tilleul, de l’Orme, sont isolées, mais si l’on essaye de faire passer un fil en spirale par chacune des feuilles d’un rameau, en s’élevant vers le sommet, on remarquera que la feuille du
DES FORMES DES PLANTES, poinl de départ, celle qu’on peut nommer n« 1 , sera (1 un Cüt6 de la tandis que le n° 2 sera du côté opposé ; le n° 3 sera du meme côté que le n° 1 et
Place au-dessus ,1e celui-ci ; le n° 4 sera du même cole rjuc le n” 2 cl placé au-dessus. En un mot, les euilles de l’Orme sont rangées sur deux lignes verticales, datantes d une demi-circonférence, su, ■ I une de ces lignes sont toutes les feuilles impaires
sur l’autre, toutes les feuilles paires.
Les feuilles de 1 Aulne sont isolées, mais elles sont disposées dans un ordre qui diffère de celui des feuilles du Tilleul. En faisant passer un lilspi-
Fig. GG. — Rameau d’ Aulne.
ral par chacune, et allant de la base au sommet d’un rameau, on voit que ce lil passe par trois feuilles avant d’arriver à la feuille n°4, qui est placée immédiatement au-dessus de la feuille n° ! ; la feuille n° 5 est placée au-dessus de la feuille n° 2 ;
DES FORMES DES PLANTES
la fouille n° 6 est placée au-dessus de la feuille n° 5 ; la feuille n° 7 est placée au-dessus des feuilles uos I et 4. En résumé, les feuilles d’un rameau d’Aulne sont disposées sur trois lignes verticales, distantes chacune d’un tiers de circonférence.
En enroulant un fil de la même manière autour d’un rameau de Saule, de Peuplier, de Pécher, de Reine-des-prés , etc. , on pourrait voir qu’avant de trouver une feuille immédiatement au-dessus de la première, il faudrait en rencontrer cinq, et faire deux tours de circon- Fig. férence. Pc n° C est au-dessus du avec une spirale Pasn° 1 ; le n° 7 est au-dessus du n° 2; f nt..Piir la ljase des
leuilles.
le n° 8 au-dessus du n° 5 ; le n° 9 au-dessus du n° 4 ; et ainsi de suite. Toutes les feuilles du rameau sont disposées sur cinq lignes verticales, distantes chacune de 1/5 de circonférence, mais chaque feuille est éloignée d’un arc équivalent à 2/5 de celle qui la précède ou la suit immédiatement.
Ces dispositions ne sont pas les seules que l’observation et le calcul aient fait connaître, mais elles suffisent pour démontrer que les feuilles ne sont pas placées çà et là, sans ordre.
11 est de ces végétaux dont la hase porte des feuilles isolées, tandis que le sommet porte des
G”. — Portion de rameau d’Aulne,
114 LA VIE DES l’ LAN T ES.
feuilles groupées par paires; tel est somenl le Chanvre. D’au 1res portent à la hase des feuilles
Fig. G8. — Rameau de Pêcher.
disposées par paires et en ont au sommet d autres groupées par trois; tel est le Laurier-rose.
On conçoit combien il devient important poui
DES FORMES DES PLAINTES
ceux qui cherchent à imiter la nature, pour les sculpteurs, les dessinateurs, les peintres, par exemple, d’observer consciencieusement les œuvres qu’ils ont à reproduire. Si les lois qui président à la disposition, à l’arrangement des parties des plantes sont méconnues, l’artiste est incapable de créer; c’est en vain qu’il représente exactement les formes d’une feuille, qu’il donne à la lige et aux rameaux leur tournure caractéristique, qu’il montre une élude approfondie des couleurs et des jeux de lumière, il ne produit qu’une» œuvre de pure fantaisie.
One de fois j’ai vu, dans nos expositions annuelles, des personnes regarder les tableaux représentant des rameaux, des fleurs, des fruits, admirer chaque partie de la composition, juger l’ensemble digne d’un grand artiste et se dire : « On a voulu représenter telle plante, la forme de la feuille me l’indique, mais il manque un je ne sais quoi dans l’allure qui m’empêche de la reconnaître. » Ce qui manque souvent, c'est la disposition des parties conformément aux lois qui gouvernent chaque végétal. Assurément, un portrait ne serait pas ressemblant, bien que représentant exactement les yeux, le nez, la bouche d’une personne, si ces différentes parties du visage n’étaient pas à des distances réciproques égales ou proportionnées à celles du modèle.
La connaissance de la disposition des feuilles amène celle de la disposition des rameaux, car ceux-ci naissent dans l’aisselle de la feuille, c’est-
à-clire dans l’angle supérieur que fait cette feuille en rencontrant la tige. Un rameau est tout d’abord un bourgeon, et un bourgeon, nous l’avons dit plus liant, est composé comme la gemmule de l’embryon, d’un axe et de petites feuilles en miniature; c’est un individu qui, né sur une plante, vivra aux dépens de cette plante.
La nourriture de chaque bourgeon se prépare, sous notre climat, dès la lin de l’été; elle s’emmagasine à la base de la feuille pour servir à la formation plus ou moins lente des différents éléments du bourgeon. Chez la plupart de nos arbres fruitiers, les bourgeons sont déjà visibles avant les frimas et ils se garnissent d’organes de protection qui ne sont autres que des organes foliacés, mo-
Fig. G9. — Modifications successives de l’extérieur à l’intérieur (1 à 4) des folioles d’un bourgeon de Groseillier.
difiés pour la circonstance. Les bourgeons des Frênes, des Charmes, des Groseilliers, des Pruniers, des Rosiers, etc., sont entourés par des écailles qui
DES FORMES DES PLAINTES
s’imbriquent à la manière des luiles d’un toit, et qui ressemblent d’autant moins à des feuilles qu’elles sont plus extérieures. Chez le Peuplier, l’Aulne, le Marronnier, etc., on constate aussi l’existence d’écailles protectrices autour des bourgeons, mais, par surcroît de précaution contre l'humidité, ces écailles sont agglutinées par une substance résineuse, de sorle que le bourgeon parait protégé à la manière d’un goulot de bouteille cacheté ou goudronné. On conçoit très -bien la nécessité de telles dispositions; si l’eau de l’atmosphcre arrivait librement dans le bourgeon pendant l’hiver .et qu’un froid rigoureux gelât cetle eau, la glace, occupant un plus grand volume que l’eau, déchirerait le tissu délicat des jeunes éléments du bourgeon. Ce fâcheux résultat se constate toutes les fois que des gelées se font sentir au mois d’avril, lorsque les bourgeons commencent à s’ouvrir. Les écailles, la matière cireuse, ne sont pas les seuls moyens employés pour la protection du bourgeon ; très-souvent, les écailles inférieures et toutes les jeunes feuilles sont protégées par une bourre ou couvertes par un duvet qui s’oppose à la trop grande déperdition de la chaleur.
Les bourgeons de l’aisselle des feuilles (bourgeons axillaires), existent en concurrence avec d’autres qui se trouvent à l’extrémité des tiges, des branches; on peut en voir aussi dans tous les endroits de la plante où des entailles, des sections, des froissements ont été-laits. Il est de remarque
journalière que lorsque le soc de la charrue, un instrument tranchant ou contondant, une roue de voiture a froissé fortement ou entaillé un tronc, une racine, il se montre sur la partie lésée un ou plusieurs bourgeons dits adventifs , qui deviennent des branches. L’arboriculture a lait profit de l’observation.
Lorsqu’on a voulu multiplier les rameaux d’une plante, on a coupé la tige de cette plante, et, à la surface de section, il s’est produit des rameaux. On coupe les troncs d’arbres des forêts, afin que de nombreux bourgeons adventifs apparaissent, se développent en branches et transforment ces forêts en taillis. On coupe la tète des Saules, afin que les surfaces de sections produisent, selon l'espèce cultivée, de nombreuses branches employées comme échalas ou de petits rameaux qui constituent l’osier.
Parmi les bourgeons, les uns se hâtent de prendre à la plante sur laquelle ils s’établissent une ample provision de nourriture qu’ils mettent en magasin, puis, une fois pourvus, ils se détachent, tombent à terre, s’y développent et vivent ensuite comme une bouture, indépendants de la famille; tels sont les bourgeons qui ont reçu le nom de bulbilles, de bulbes, chez la Ficaire, les Lis, etc., mais la plupart des bourgeons restent à l’endroit où ils sont nés, puisant en frères leur nourriture journalière au centre commun.
11 est certain que si le nombre de bourgeons frè-
DES FORMES DES DEAN! ES
res diminue quantité de rouf plus à
, la plante mère fournissant la même nourriture, les bourgeons restants anse partager et deviendront plus ro-
bustes. De cette considération sonl nées les opéralions de culture connues sous les noms de taille d éborgnage , d 'ébourgeonnement. Tailler un arbre* c’est en couper les branches de manière à ne laisser a 1» ni base qu un petit nombre de bourgeons qui,
par suite de la suppression des autres, se développeront avec vigueur. Éborgner un arbre, c’est détruire une partie de ses yeux ou bourgeons ; cette opération se pratique à l'automne, dans le moment où les bourgeons sont encore fermés ; on reconnaît ordinairement ceux qui donneront des fleurs en ce
Fig. 71. — Rameau de Ficaire portant un bulbillc.
qu’ils sont renflés, et ceux qui ne donneront que des feuilles, du bois, en ce qu’ils sont effilés, pointus. ^bourgeonner un arbre, c’est supprimer une partie des bourgeons déjà ouverts; celte opération se pratique au printemps ; à celte époque, la distinction des bourgeons à fleurs et des bourgeons à bois est, chez tous les arbres, et pour toutes personnes, très-manifeste. La nature se joue parfois des calculs du cultivateur ; elle arrête souvent la fécondité de la plante en ne laissant pas développer
DES FORMES DES PLANTES
au printemps tous les bourgeons qui s’étaient montrés à l’automne, et favorise ainsi le développement des autres; ou bien elle mesure la force d’absorption de cette plante au nombre de ses bour-
Fig. 72. — Poirier cultivé en pyramide. Les lignes transversales indiquent les endroits de la taille.
geons ; ou bien encore, il arrive que les élus du cultivateur, malgré leur bonne mine, s’atrophient en bas âge.
Lorsqu'une mère est trop faible pour nourrir son nouveau-né, elle le confie à une nourrice, et l’on
fait en sorte que la nourrice possède toutes les conditions nécessaires au développement de reniant. De même, lorsqu’un arbre fruitier, fatigué par la culture cl sa fécondité, produit de nouveaux bourgeons, on peut confier ces bourgeons à une
Fig. 73. — Greffe par bourgeon.
1. Portion de rameau de la nourrice sur lequel a été faite l'entaille en T; 2, bourgeon ou nourrisson; 3, bourgeon en place sur la nourrice.
nourrice. La nourrice choisie est ordinairement un sauvageon , un arbre des bois, un arbre qui n’est, pas abâtardi par la culture et qui représente dans son essence l’espèce à laquelle appartient l’arbre fruitier fatigué. On peut choisir aussi pour nourrice une plante qui a une grande analogie avec le nourrisson. Confier ainsi des bourgeons à une autre plante, c'est greffer.
Il ES FORMES DES PLANTES.
On greffe de plusieurs manières : tantôt on détache adroitement le bourgeon de la plante sur laquelle il est né, puis on le porte sur la nourrice (sujet), en le plaçant dans une entaille en T faite sur son écorce; ce bourgeon se développe absolument comme la gemmule de la graine mise en terre. Tantôt, on met un rameau détaché, portant un ou plusieurs bourgeons, dans une fente faite sur le tronc ou sur un rameau de la nourrice, et Ton a soin de bien établir le contact nécessaire; le rameau vit sur sa nourrice à la manière d’une bouture mise en terre. Tantôt encore, deux rameaux d’arbres voisins, non détachés de la plante mère, sont entaillés, approchés par l'endroit dénudé et maintenus pendant quelque temps l’un contre l’autre; ces deux rameaux vivent ensuite, 1,s‘ Jnfc7ieGrelle réunis l’un à l’autre. Cette manière de greffer est souvent pratiquée naturellement dans les forêts par des branches de Hêtres rapprochées ; elle rappelle le développement des branches par marcottes. Ces trois ordres de greffes portent les noms de greffe par bourgeons, greffe par rameaux ou scions, greffe par approche; les procédés employés sont nombreux.
La condition indispensable pour la réussite des
greffes entre plantes bien choisies, est que le con- , # • tact soit immédiat entre les tissus vivants; dans la
Fig. 75. — Greffe par approche.
pratique, ou s’arrange de manière que la partie sous-jacente à l’écorce de la nourrice ou sujet, soit en communication avec la partie semblable de la greffe ou nourrisson.
DES FORMES DES PLANTES
Le nourrisson prend la nourriture que lui donne la nourrice, la transforme en sa propre substance en soi, et montre, en se développant, non les caractères de la plante sur laquelle il vit, mais tous ceux de la plante sur laquelle il est né. Des bourgeons d’Abricotier nourris par un Pécher, donneront, après leur développement, des abricots et non des pèches ; des bourgeons de Poirier nourris par un Cognassier donneront plus tard des poires et non des coings ; vingt bourgeons ou rameaux appartenant à vingt variétés différentes de Pommiers, portés sur vingt rameaux différents d’un même Pommier ou d’un môme Néflier, produiront, après développement, vingt variétés différentes de pommes. La greffe permet de faire porter par une même plante des feuillages dissemblables, des fleurs différentes de forme et de couleur, de conserver les variétés obtenues par la culture de plantes recherchées, de multiplier les plantes incapables de donner des graines, et, comme la nourrice et la greffe conservent leur bois particulier, de varier la nuance des bois employés en marqueterie et en ébénisterie, etc., etc.
Lorsque les feuilles sont groupées dans le bourgeon, elles affectent entre elles et dans leurs différentes parties un agencement particulier, agencement qui varie d’une plante à l’autre et qui est d’un précieux secours, en hiver, pour la détermination des espèces forestières. La feuille delà Vigne est plissée en éventail, celle du Charme a scs deux
moitiés latérales appliquées l’une contre l’autre, celle du Peuplier est contournée en volute sur ses deux bords, celle du Balisier est enroulée en cornet, les frondes de la Fougère sont disposées en crosse d’évêque, etc. Les feuilles de l’Œillet, du Saule, sont à cheval l’une sur l’autre dans le bourgeon, celles de.
l’Iris se disposent comme les doigts
Fig. 77. — Coupc transversale d’un bourgeon d'iris.
de deux mains jointes, etc. Nous renvoyons, pour plus de développements, le lecteur aux traités de botanique où ces différents agencements
Fig. 76. — Bout- , • n 1 i-
geons de Peuplier SOIlt CXpOSeS. Le que MOUS VOUllOllS
envoie de deve- mon{rcr c’est (IUC dailS ICS plus peloppement. 71 1 a
liles parties des plantes, tout est disposé selon un ordre parfait et d’après des modes auxquels obéissent tous les individus.
Dés que la chaleur du printemps se fait sentir, les bourgeons s’cnlr’ouvrent, la résine qui les enveloppait se fond, les écailles protectrices, devenues inutiles, tombent, les feuilles intérieures se déplissent, s’étalent peu à peu à la lumière et parcourent souvent la gamme chromatique du blanc au vert, en passant par le jaune. La couleur verte est due au
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développement, dans les cellules de la feuille,
sencc est nécessaire pour l’absorption de l’acide carbonique de l’air. L’axe du bourgeon, d’abord très-raccourci, s’allonge, comme une jeune tige, dans toute son étendue; les entre-feuilles ou entrenœuds mesurent une plus grande longueur, ils s’écartent les uns des autres comme les anneaux d’une longue-vue qu’on développe. Enfin, la branche est constituée, elle est, pour nos arbres, le portrait fidèle de la tige sur laquelle elle est née, ses feuilles ont adopté entre elles la disposition mathématique suivie par leurs aînées.
Cette disposition reçoit cependant parfois quelques modifications ; la spire sur laquelle sont placées les feuilles de la tige, et qui s’enroulait de droite à gauche, peut, sur les rameaux, s’enrouler de gauche à droite. L’aspect de la plante qui subit ce changement n’est que peu modifié, si les rameaux prennent une assez grande largeur; mais le changement devient manifeste, lorsque les rameaux sont fort courts. Dans les Myosotis, les Consolides, les Bourraches, les Héliotropes, où ces rameaux sont très-courts et portent une Heur, ils paraissent placés les uns au-dessus des autres et simulent un seul axe recourbé en crosse.
Pendant le printemps, pendant l’été, les feuilles de la majorité de nos arbres fruitiers et forestiers restent vertes, bien vivantes ; elles rivalisent d’activité avec les autres parties delà plante. Aux approches de l'automne et pendant celle saison, les feuilles changent d’aspect, la chlorophylle change
d’état*, la couleur verte disparait peu à peu, et fait place à une conteur jaune pale, comme dans le Peuplier, ou à une belle couleur rouge éclatante comme cela se voit sur les feuilles du Bouleau et de la Vigne-vierge ; enfin survient cette couleur caractéristique de feuille-morte. Les cellules de la feuille qui, dans les derniers temps, ralentissaient leur activité, ne fonctionnent plus; elles sont mortes.
Si l’on compare l’aspect de la campagne dans le mois d’octobre à celui qu’elle présente aux mois d’avril et de mai, on le trouve bien différent. Au printemps, c’est la vie qui se montre, c’est l’espérance qui renaît, c’est l’animation, l’activité partout ; aux approches de l’hiver, c’est la vie qui s éteint, les arbres prennent une teinte sombre et
1 D’après M. Fremy. la chlorophylle est formée de deux principes •
1 un jaune, assez stable; l’autre bleu, plus fugace. P P ' '
Hg. 79. — Rameau de Myosotis. Les rameaux floraux placés les uns audessus des autres, simulent un seul axe recourbe en crosse.
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élèvent vers le ciel leurs rameaux décharnés, le silence s’établit.
Lors môme que la nature semble prendre le deuil, elle prépare la venue de générations nouvelles. Que faire maintenant de ces feuilles décolorées, sans vie, qui s’agitent tristement au haut des arbres, qui sont devenues inutiles dans la position qu’elles occupent?... elles ne resteront pas là, elles touilleront, s’accumuleront sur le sol, protégeront pendant la saison d'hiver les jeunes graines ou les jeunes fruits ; puis, elles rentreront définitivement comme engrais dans la terre qui a fourni à l’arbre ses éléments nutritifs.
Les feuilles ne tombent pas toutes au meme moment ; les unes n’ont qu’une existence courte ; d’autres, telles que celles des Buis, des Lauriers-cerises, des Chênes verts, des Pins, des Sapins, etc., restent plusieurs hivers; d’autres encore, comme celles du Chêne de nos forêts, lie tombent qu’aprèsl automne, pendant l’hiver suivant, ou au commencement du printemps ; mais la plupart des feuilles des climats tempérés tombent au commencement de l’automne. Elles se détachent de l’arbre nettement, en un endroit facile à indiquer. C'est en cet endroit qu’il s’établit, un peu avant la chute de la feuille, un tissu cellulaire particulier. Les éléments de ce tissu se dissocient de la partie supérieure à la partie inférieure du pétiole, et la dissociation provoque la chute de la feuille desséchée, à la moindre agitation de l’air.
DES FORMES DES PLANTES
La chute des feuilles, lorsqu’elle se fait, normalement, indique que les plantes entrent dans la période de repos. C’est la période, l’époque la plus favorable pour opérer l’arrachage des arbres, pour exécuter leur transplantation ; c’est celle qu’on choisit pour l’établissement des parcs, des jardins ou pour les modifications qu’ils doivent subir.
Les racines, les tiges, les feuilles des végétaux exécutent parfois des mouvements qui pourraient faire croire que les plantes sont douées de volonté. Ces mouvements sont lents ou instantanés.
Qu’on place une plante en pot dans une salle éclairée d’un seul côté, la sommité de la plante se dirigera lentement vers la lumière. Vient-on à tourner le pot à Heurs de manière que la sommité de la plante soit dirigée vers l’obscurité, le lendemain ou quelque temps après, cette sommité se sera retournée d’elle-même vers la fenêtre.
Qu’on essaye déplacer de jeunes germinations la radicule en l’air, cette position ne sera pas longtemps conservée ; la radicule se recourbera et se dirigera dans le sens centripète. La racine semble aimer l’humidité ; aussi lorsque les tuyaux de conduite d’eau, de drainage, sont dans son voisinage, elle parait en avoir conscience. Elle s’allonge, pénètre les obstacles qu elle rencontre sur son passage, les renverse ou se détourne et finit par arriver dans le tuyau cherché. Là elle s’étend, se ramifie à l’infini et forme souvent ces immenses chevelures qui encombrent les tuyaux, que les constructeurs
d’aqueducs craignent si fort, et qu ils appellent queues-de-renard.
Il a été dit plus haut que la tige volubile du Houblon s’enroule naturellement de gauche à droite, sur son support ; essayez de contrarier sa direction, de l’enrouler de droite à gauche, par exemple, elle reprendra peu de temps après sa position naturelle, si toutefois vous ne l’avez pas lésée dans ses tissus. Si vous l’attachiez à son support, dans la direction forcée, sa végétation s’arrêterait et la plante mourrait sur place. Les tiges volubiles du Liseron, du Tamier, peuvent présenter les mêmes phénomènes. « Les Bestes (ce m’aid’ Dieu!), si les hommes ne ont pas trop les sourds, leur crient : Vive liberté ! » s’exclamait la Boétie ; on pourrait dire que les plantes manifestent encore plus d’indépendance que les animaux, puisqu’elles se révoltent dès que la main de l’homme vient les contrarier brusquement; qu elles meurent même, si elles ne peuvent triompher de l’obstacle qu’on leur a préparé.
Si, à l’exempie du naturaliste Bonnet, on renverse, on courbe des rameaux, de manière à forcer la face supérieure des feuilles à devenir inférieure, cette position antinaturelle des feuilles ne peut être longtemps gardée; le pétiole se contourne, se replie de manière à replacer la feuille dans la position convenable. Le retournement se fait d’autant plus vite que la feuille est moins âgée et que la lumière est plus vive.
Les feuilles des Bossolis exécutent des mouve-
DES FOI! MES DES PLANTES
ments lorsqu’on les touche. Si l’on promène logement une pointe sur le milieu du limbe, toutes les parties de ce limbe se contractent vers le point de l’irritation. Les poils glanduleux des bords jouissent également de la sensibilité et s’inclinent sur la face de la feuille.
Chez la Dionée gobe-mouche, les mouvements sont plus marqués. Si l’on passe légèrement une pointe sur la portion médiane du limbe, les deux portions latérales, d’abord étalées, s’appliquent l’une sur l’autre comme les deux parties d’un livre qu’on fermerait. Le mouvement est souvent si rapide, qu’une mouche placée au point irritable peut èlre saisie et maintenue prisonnière au moyen des longs poils qui bordent la feuille. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que les deux portions du limbe peuvent s’étaler de nouveau. Tels sont les faits qu’on peut vérifier ; il ne faudrait pas croire, avec certains voyageurs, que la feuille est une insectivore, qu’elle prend les mouches pour se nourrir , qu’elle les imbibe souvent d’un mucilage comme pour en faciliter la décomposition : ces récits sont imaginaires.
De toutes les plantes qui exécutent des mouvements, la Sensitive ( Mimosa-pudica ) est la plus sensible et celle dont les mouvements ont été les mieux étudiés. Celte plante croit naturellement au Brésil ; la singularité des phénomènes qu’elle présente la fait rechercher partout. H n’est guère de serre qui, aujourd’hui, n’en possède un ou plu-
sieurs individus. Les feuilles de la Sensitive sont de celles qui ont reçu l’épithète de décomposées; le pétiole commun porte à son extrémité deux ou quatre pétioles secondaires, selon la hauteur qu’il occupe sur le rameau ; chaque pétiole secondaire est assez allongé et porte à droite et à gauche un
Fig. 80. — Feuille décomposée de Sensiiive. Les deux portions terminales sont représentées à l'état de sommeil.
nombre plus ou moins grand de folioles opposées ; un petit renflement se montre à la base du pétiole commun, à la base de chacun des pétioles secondaires et à la base de chaque foliole.
Lorsqu’on pique avec beaucoup de ménagement la partie inférieure du renflement qui est à la base d’une foliole, celte foliole, d’abord étalée, s’élève brusquement sur le pétiole; si l’on pique le renflement d’un pétiole secondaire, ce pétiole seeon-
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daire s’abaisse et souvent toutes les folioles qui y sont attachées se relèvent brusquement sur lui, se rapprochent les unes des autres et s’imbriquent à la manière des tuiles sur un toit ; enfin, si la piqûre a été faite au renflement du petiole commun, ce pétiole commun s’abaisse, les pétioles secondaires s’abaissent aussi et se rapprochent, les folioles se relèvent et s’imbriquent. Le plus souvent, lorsqu’une partie excitable de la feuille est touchée, les parties voisines participent à l’excitation, et la motilité se propage d’autant plus loin que l’irritation a été plus grande.
Si l’on approche une allumette enflammée des dernières folioles, ces deux folioles se relèvent en même temps, puis les deux avant-dernières exécutent le même mouvement, immédiatement ou à quelques secondes d’intervalle ; puis c’est le tour de la paire qui précède et ainsi de suite, jusqu’à ce que la feuille tout entière soit à l’état d’abaissement, complet.
Ainsi le mouvement progressif s’opère aussi bien dans le sens centripète que dans le sens centrifuge, mais dans ce dernier cas, il est ordinairement plus rapide. Quelque temps après l’excitation, les différentes parties de la feuille reprennent leur position naturelle et dans l’ordre même suivi pour le rapprochement antérieur.
Les excitations brusques sur l’une ou l’autre extrémité n’amènent pas toujours un abaissement centrifuge ou centripète continu.
Les mouvements sont d’autant plus rapides que la plante est exposée à une plus vive lumière et placée dans un milieu où la température est voisine de 20 à 50" environ.
Des botanistes, des voyageurs, ont remarqué, au Brésil, que le galop d’un cheval, les pas pressés d’un homme, suflisent pour agir sur des Sensitives qui croissent aux bords des chemins.
Un courant d’air, des changements brusques de température ou de lumière, les décharges électriques, les acides, les bases énergiques, les brûlures, provoquent la motilité de la Sensitive.
Si la plante est soumise aux vapeurs d’éther ou de chloroforme, sa motilité disparaît; les folioles restent ouvertes si elles étaient ouvertes au moment de l’expérience; elles restent fermées, si elles étaient fermées.
Dans certaines circonstances, la Sensitive semble s’habituer aux excitations fréquemment répétées et perdre son excitabilité. Desfontaines ayant placé un vigoureux pied de cette plante dans une voiture qu’il mit en marche, vit toutes les folioles se fermer. Puis, la voiture roulant toujours, toutes ces feuilles se redressèrent, comme si elles étaient devenues insensibles aux chocs répétés. La voiture fut arrêtée, puis, après quelque temps, mise en mouvement, les feuilles s’affaissèrent de nouveau et reprirent plus tard leur position étalée.
On a voulu expliquer l’excitabilité delà Sensitive par la présence, dans cette plante, d’un système
DES FOltMES DES PLANTÉS.
nerveux analogue à celui des animaux déjà élevés eu organisation ; on a voulu voir des parties sensitives et motrices produisant tous les phénomènes de l’action réflexe1.
Celte hypothèse n’est pas soutenable lorsqu’on compare un à un les faits produits chez les animaux à ceux produits chez la Sensitive; mais ces derniers n’en sont pas moins merveilleux. On ne trouve pas de tissu nerveux, ni de tissu contractile analogues aux tissus des animaux, mais l’étude microscopique montre dans les renflements une zone particulière de cellules, et c’est en ellequeréside plus particulièrement la motilité. Tout se passe comme si ce tissu se composait de deux ressorts; l'un, représenté par le dessous du renflement et qui aurait pour but de porter le pétiole en haut ; l’autre, représenté par la partie sus-pétiolaire du renflement qui aurait pour but de porter le pétiole en bas. L’expérience a démontré qu’à la lumière solaire, la tension du ressort supérieur est à celle du ressort inférieur comme l est à 5*.
Plusieurs plantes du même genre sont excitables, mais à un moindre degré ; telles sont la Mimosa chaste, la Mimosa vive, la Mimosa sensitive, laMimosa rude, etc. A côté de ces plantes se placent l’Œschynomène sensitive, lTEschinomène des Indes, etc., le
‘ On appelle act ion réflexe la propriété qu’a notre système nerveux de provoquer des mouvements après des impressions dont nous n'avons pas conscience, qui ne sont pas perçues.
- Voir, pour plus de détails, les travaux sur ce sujet par Dutroclict, Meyen, Brücke, Sacks, Fée, Le Clerc. I*. Bert.
Biophytum sensitivum DC, qui manifestent des mouvements plus ou moins brusques lorsqu’ils sont excités.
Il est des plantes qui, sans excitation artificielle préalable, exécutent des mouvements brusques. Le Sainfoin oscillant ( Hedysarum gyrans L, ou Desmodiumgyrans DC), est l’une de cellesqui présentent les phénomènes les plus surprenants. C’est une plante originaire du Bengale, mais qui est assez souvent cultivée dans nos serres. (Je l’ai en ce moment sous les yeux, dans les serres du Muséum d’histoire naturelle.) Les feuilles sont composées chacune de trois folioles elliptiques; l’une est terminale, et atteint une longueur de 0m,06 à O"1, 07, les deux autres sont latérales, n’ont guère que 0,U,015 à O"1, 020 de long et sont placées sur le pétiole, en face l’unede l’autre, à quelques millimètres delà grande foliole. Celle-ci exécute des mouvements particuliers et différents de ceux des deux autres folioles. Lorsque le ciel est sans nuages, que la lumière est intense, la grande foliole se dresse; si la nuit arrive, celte foliole s’abaisse de telle façon qu’elle peut appliquer son sommet contre la tige; elle est tellement sensible que lorsque des nuages interceptent un moment la lumière, elle oscille comme l’aiguille d’une balance en fonction; le pétiole, moins sensible, il est vrai, que la foliole, se balance pour la même cause et dans le même sens. Le mouvement des folioles latérales est continu et n’est nullement lié à celui de la foliole terminale, il
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s’exécute aussi bien pendant le jour que pendant la nuit; l’une s’abaisse pendant que l’autre s’élève, ordinairement par saccades, et fait chaque lois un mouvement de torsion sur sa base; de sorte que celle qui monte dirige sa face supérieure et son sommet en dedans, tandis que celle qui descend dirige sa face supérieure et son sommet au dehors. Le mouvement de ces folioles est d’autant plus vif que l’humidité et la chaleur sont dans un rapport analogueà celui qui existe dans les pays où le Sainfoin oscillant croit naturellement.
Des mouvements analogues, mais d’une intensité moins grande, ont été constatées chez YHedysarum vespertilionis L. f. et chez YHedysarum cuspida t inn Wild.
Les feuilles d’un grand nombre de plantes prennent, à l’approche de la nuit, une disposition qu’elles gardent jusqu’à ce que le jour ait reparu. Ce fait est connu depuis longtemps : de Candolle rapporte que « Garcias de llorlo remarqua dans l’Inde, en 1567, que les folioles du Tamarin se fermaient le soir sur leur pétiole commun, et se rouvraient le matin; » — que Val. Cordus observa, en 1581, un mouvement analogue sur les feuilles de la Réglisse. Linné appela l’attention sur le phénomène,après avoir été le jouet d’une singulière aventure; il avait vu fleurir dans la journée un Lotuspied-d'oiseau qu'il tenait de sauvages, professeur à Montpellier; ayant eu occasion d’aller la nuit dans la serre où se trouvait la plante, il en chercha en
HO
LA VIE DES l’I. AMES.
vain la lleur, elle avait disparu; Linné la crut enlevée. Le lendemain, au jour, la fleur était de nouveau visible, et à la même place que la veille; elle disparut de nouveau le soir; ce n’est que le jour suivant, à l’approche de la nuit, que Linné put voiries feuilles voisines de la fleur se serrer, s’approcher autour d’elle et la dérober aux regards. L’illustre naturaliste suédois, avec cette disposition particulière d’esprit que lui avait donnée l’étude de la nature, appela le phénomène le sommeil des plantes. De Candolle fait remarquer « que ce terme emprunté au règne animal ne représente pas les mêmes idées dans les deux règnes. Dans les animaux, il représente toujours un état de flaccidité des membres, de souplesse des articulations; dans les végétaux, il indique bien un changement d’état ; mais la position nocturne est déterminée avec le même degré de rigidité et de constance que la position diurne : on romprait la feuille endormie plutôt que de la maintenir dans la position qui lui est propre pendant le jour. »
Linné et, plus tard, de Candolle, en étudiant le mouvement que les feuilles des différents végétaux exécutent le soir, pour s’endormir (en nous servant du langage métaphorique de Linné), virent qu’elles peuvent prendre onze positions différentes. Les unes, telles que celles des Arroches ou Bonnesdames (plantes qui se trouvent dans tous les jardins), du Mouron des oiseaux, dorment lace a face. On peut les voir, le soir, quand vient la nuit,
DES FORMES DES PLANTES. lit
se relever lentement et appliquer l’une contre l’autre, leurs faces supérieures. Les feuilles de plusieurs Onagres se relèvent contre la tige, l'embrassent, l’entourent de leurs bords enroulés ; dans cette position, elles protègent les Heurs ou les bourgeons qui sont à leur aisselle. Les feuilles de la Strainoine pomme-épineuse se relèvent aussi, mais elles prennent la disposition d’un cornet, leur sommet n’étant pas appliqué contre la tige. Celles de la Balsamine se rabattent de manière à servir d’auvent aux Heurs situées au-dessous d’elle. Les folioles du Trèfle incarnat se relèvent de manière à se toucher par leur sommet ; elles forment ainsi une sorte de refuge, de berceau, dans lequel les Heurs peuvent se loger. Les folioles des Mélilots se relèvent, se rapprochent par le bas et divergent par le liant. Celles des Alléluia, des Oxalis en général, se rabattent de manière à se toucher par leur partie inférieure. La feuille de la Sensitive prend, en dormant, la position penchée avec les folioles imbriquées, déterminée par fexcilation. Les folioles du Kobinia (plante qui porte, à tort, chez nous, le nom d’Àcacia), s’abaissent aux approches de la nuit. Les folioles du Baguenaudier s’élèvent, le soir, de chaque côté du pétiole commun, et sont, la nuit, appliquées l’une contre l’autre par leurs faces supérieures, au-dessus de ce pétiole. Des phénomènes analogues à ceux qui viennent d’ètre décrits sont présentés par un grand nombre de végétaux ; le lecteur les constatera à coup sûr, chez les Fèves, les Réglisses, les Lupins,
les'famarins, les Féviers,chez plusieurs Mauves, etc.
Beaucoup de plantes exécutent des mouvements déterminés par les changements qui surviennent dans l’état hygrométrique de l'atmosphère. Le Porlieria hygrométrique, qui est originaire du Pérou, a des feuilles qui rappellent celles du Robinia; ses folioles se rapprochent lorsque la pluie va tomber. La Sélaginclle lépidophylle, qui est originaire de l’Amérique du Nord, peut être arrachée et conservée desséchée impunément assez longtemps sans mourir. Les nombreux échantillons que j’ai vus cette année avaient l’aspect d’une touffe de chicorée desséchée, mais lorsqu’on les plaçait dans l'eau, toutes les feuilles s’étalaient, prenaient une belle teinte verte et continuaient leur végétation interrompue. La rose de Jéricho ou Anastatica 1 est une plante des déserts de l’Arabie, de la Syrie, de l’Égypte ; lorsqu’elle est morte sur pied, elle ressemble à une sorte de pelote, toutes ses feuilles sont rabattues P une sur l’autre, comme les pétales d’une rose, c’est ce qui la fait comparera une rose; vient-ori à t'humecter, toutes les folioles, qui sont très-hygroscopiques, s’écartent et s’étalent . Aujourd’hui encore, la rose de Jéricho est citée comme une merveille ; les charlatans qui la montrent sur les champs de foire ne manquent pas de débiter sur elle les contes les plus absurdes.
Beaucoup de plantes d’eau, telles que les Pola-
1 Anastatica vient du grec «vaTrsertxdj (qui excite).
DES FORMES DES PLANTES
mots, les Algues, desséchées après avoir été tirées de leur élément, redeviennent flexueuscs et vivantes si on les humecte. «Roussel a cherché les rapports des modifications hygroscopiques des cheveux 1 à celles des lanières de Fucus exposées à l’air, et a trouvé que, tandis que la différence d’allongement ou raccourcissement dans un lieu donné était pour le cheveu de 0"\008, celle de Fucus tendu était de 0"\ 050, de Fucus digité de 0m, 078, de Fucus à aspect de cuir de O"1, 090, et enfin de Fucus sucré de 0m,l 70. 11 assure avoir fait un hygromètre très-sensible avec ce dernier varech, etc.» J’ai fait des expériences anologuesl’année dernière, au bordde lamer, et aipu m’assurer de la propriété hygroscopique très-grande de plusieurs espèces de Fucus, des Laminaires. Les habitants des campagnes avoisinant la mer emportent chez eux ces grandes laminaires appelées vulgairement baudriers de Neptune , les suspendent à une fenêtre et s’en servent en guise de baromètre.
Les effets hygroscopiques peuvent se faire sentir sur toutes les parties des plantes; ils expliquent l’enroulement et le déroulement des longues barbes de l’Orge, de l’Avoine, des grandes arêtes des Géraniums; ils déterminent les fentes ou les trous de déhiscence d’un grand nombre de fruits. Nous les étudierons plus loin chez les fleurs et particulièrement chez celles qui ont mérité le nom de fleurs météoriques .
1 La construction de l’hygromètre de de Saussure repose sur les propriétés hygroscopiques des cheveux.