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SAINT LUDGER

Quand Charlemagne, vainqueur des Saxons, voulut pourvoir à la prédication de l’Evangile, ce fut, d’après le conseil d’Alcuin, aux communautés anglo-saxonnes qu’il demanda les premiers missionnaires. Par l’éclat de ses vertus et de ses services, Ludger en devint le plus éminent.

Né vers 743, dans la Frise, et petit-fils d’un chef païen, il fut placé au monastère d’Utrecht sous la conduite de saint Grégoire, qui prit un soin particulier de l’instruire. Ses progrès le firent envoyer aux écoles d’York, où les leçons d’Alcuin attiraient un grand concours d’élèves. Revenu en Frise, il fut ordonné prêtre (776). L’invasion des Saxons l’obligea d’interrompre ses travaux apostoliques. Alors il se

rendit à Rome, puis au Mont-Cassin, et y resta trois ans et demi sous l’habit et la règle monastique sans avoir prononcé de vœux. En 787, son pays ayant été délivré des barbares, Ludger y fut rappelé, et en parcourut les cantons orientaux, renversant partout les idoles et annonçant le vrai Dieu. La résistance de ces tribus grossières n’était pas pour décourager son zèle ; elles finissaient toujours par se rendre à l’opiniâtreté

Fig. 50 et 51. — Irmensul et Crodon, idoles des anciens Saxons. Fac-similé de gravures sur bois du XVII' siècle.

de l’homme convaincu, qui s’attachait à elles avec autant d’intelligence que d’amour.

Cependant, Charlemagne, apprenant le bien qu’avait fait Ludger, l’établit en Westphalie, à Mimingenford, qui fut depuis Munster, et on le sacra évêque malgré lui (802). Grâce à l’autorité de l’empereur, cette seconde mission rencontra moins d’obstacles que la première. « Ludger, dit Ozanam, éleva des églises, et dans chacune il mit un prêtre du nombre de ses disciples. Lui-même instruisait tous les jours ceux qu’il destinait aux autels, et dont il avait choisi plusieurs parmi

27 mars. — SAINT JEAN D’EGYPTE.

les enfants des barbares. Il ne cessait pas non plus d’exhorter le peuple, invitant même les pauvres à sa table, afin de les entretenir plus longtemps. Ses grandes aumônes vidaient les trésors de l’Eglise, jusque-là qu'il fut accusé auprès du roi Charles comme dissipateur des biens du clergé. Il se rendit donc à la cour, et, comme il s’était, mis à prier en attendant l’heure de l’audience, un officier l’appela. L’évêque continua sa prière, et se laissa appeler trois fois, après quoi il obéit. Le prince lui en fit des reproches. « Seigneur, répondit Ludger, Dieu voulait être servi avant les hommes et avant vous. » Cette réponse suffit à Charles pour juger l’évêque, et il refusa d’écouter ceux qui se plaignaient de lui. Ludger, affligé des ravages que les Normands exerçaient sur les côtes d’Allemagne, méditait de porter l’Évangile chez eux, lorsqu’il mourut à Munster, le 2G mars 809.

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