SAINTE BALBINE
Vers l’an 130, sous Adrien, plusieurs fonctionnaires de Rome furent dénoncés, en leur qualité de chrétiens, comme ennemis des dieux et
Fig. 53. — Les chaînes de saint Pierre, conservées à Rome, dans l’église de San-Pieti-o in Vincoli.
de l’empire. Le plus élevé en dignité, Hermès, préfet de la ville, qui s’était converti avec tous les siens, eut la tête tranchée; sa sœur Théodora subit le même sort. Un tribun militaire, Quirinus, ami d’Hermès, fut enveloppé dans cette persécution. Il avait une fille, Balbine, que les prières du saint pape Alexandre avaient guérie d’une dangereuse maladie ; elle fit dès lors vœu de chasteté et se consacra au service des pauvres. Suivant la tradition, elle obtint de son père, à qui
sa charge donnait toute autorité dans les prisons, qu’il lui remît les chaînes de saint Pierre, scellées à la muraille du cachot mamertin; le précieux dépôt fut gardé par des mains pieuses jusqu’en 442, où l’impératrice Eudoxie fit bâtir une basilique à Rome pour l’y exposer à la vénération des fidèles. Balbine et son père confessèrent la foi avec courage et furent envoyés au supplice. On enterra leurs restes dans le cimetière de Prétextât, où l’on a récemment découvert le buste de Quirinus ; on les transféra plus tard dans une église du mont Aventin laquelle fut dédiée par Grégoire le Grand à sainte Balbine.
SAINT ACACE.
Acace ou Achate était évêque d’une petite ville de Phrygie nommée Antioche ; ses vertus lui avaient valu l’épithète d ' Agathancje (bon ange). En 251, durant la persécution de Dèce, il fut mandé au tribunal du gouverneur Marcien. Les actes de sa confession, tirés des registres publics, sont parvenus jusqu’à nous.
Invité d’abord à sacrifier aux images de l’empereur, Acace répondit : « De tous les sujets de Rome, il n’en est point qui honorent plus l’empereur que les chrétiens. Nous demandons sans cesse à Dieu qu’il lui accorde une vie longue et heureuse; qu’il lui donne l’esprit de justice et de sagesse pour gouverner ses peuples. Mais le prince ne peut exiger de nous un culte qui ne lui est point dû, ni à quel homme que ce soit. )) Quant aux dieux de l’Olympe, il les montra ce qu’ils étaient dans leurs légendes, débauchés, pervers et criminels, et ajouta : (( Quiconque aurait commis de pareils forfaits serait-il renvoyé absous de votre tribunal, parce qu’il essayerait de se justifier par l’exemple de vos divinités? Et pourtant vous adorez en elles ce que vous châtieriez sévèrement chez les hommes. Pour moi, si j’étais coupable de la moindre faute, je serais le premier à m’en punir, sans attendre votre jugement; mais si tout mon crime est d’adorer le vrai Dieu, et si pour cela je suis livré au dernier supplice, je serai condamné, non par les lois, mais par l’injustice du juge. — Je n’ai pas l’ordre de vous juger, » dit le
31 mars, — SAINT AGACE.
gouverneur, « mais de vous contraindre à sacrifier. — Moi aussi, » repartit Acace, « j’ai reçu un ordre qui me défend de renoncer à mon Dieu. Si vous croyez devoir obéir à un homme qui sera demain la pâture des vers, comment n’obéirais-je pas à un Dieu dont la durée est éternelle et la puissance infinie? — La religion que vous professez n’est rien autre chose que de la magie. — Il n’est personne qui ait plus d’horreur pour la magie que les chrétiens. »
On envoya à l’empereur la relation du procès : il fut si frappé de la sagesse et de la fermeté d’ Acace qu’il ordonna de le mettre en liberté, sans plus l’inquiéter désormais sur sa religion.
Le nom de ce confesseur ne se trouve point dans le Martyrologe romain; mais toute l’Eglise d’Orient l’honore le 31 mars.
Fig. 54. — Sacrifice aux divinités infernales. D’après un bas-relief romain.
1er AYEIL.