‹ La Vie des saintsChapitre 115 sur 536 · SAINTE MARIE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

SAINTE MARIE ÉGYPTIENNE

Zosime, vénérable religieux de la Palestine, ayant traversé le Jourdain pour passer le temps du carême au désert, rencontra, au bout de vingt jours de marche, une créature toute noire, décharnée, sans force, et n’ayant plus figure humaine. Comme elle était entièrement nue, il lui jeta son manteau ; puis il s’informa de son histoire , et pourquoi elle s’était abandonnée à une si effroyable existence.

C’était Marie l’Egyptienne. A douze ans, pour échapper aux corrections de ses parents, elle s’enfuit à Alexandrie et y vécut dans le libertinage. La curiosité l’ayant conduite à Jérusalem avec une troupe de pèlerins, elle voulut les suivre jusque dans une église; mais, en approchant de la porte, il lui fut impossible d’aller plus loin, empêchée qu’elle était par une force secrète. Ainsi repoussée plusieurs fois, elle eut soudain conscience de son abominable état et prit la résolution d’expier ses désordres par la pénitence. Alors elle entra sans difficulté et

2 avril. — SAINTE MARIE ÉGYPTIENNE.

adora la croix. Le même jour, elle se retira dans la solitude, où elle resta quarante-sept ans, ne voyant jamais personne et se nourrissant des maigres fruits de la

terre.

La pénitente termina son récit en demandant, pour toute grâce, à Zosime de lui apporter la communion le jeudi saint de l’année suivante. Il fut exact à remplir sa promesse, et alors, levant les mains au ciel, elle s’écria toute en larmes : « C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre servante. » L’an d’après, le saint religieux retourna au désert et trouva son corps privé de vie, et ces mots à côté tracés sur le sable : (( Enterrez ici la misérable Marie. Je suis morte après avoir communié. )) On ajoute que le solitaire étant embarrassé pour creuser une fosse, un lion vint se charger de ce travail. Les Bollandistes ont placé la mort de la pécheresse vers 321.

Il y avait autrefois dans le quartier Montmartre, à Paris, une église dédiée à Marie l’Egyptienne, et, par corruption, la rue où elle était située fut appelée de la Jussienne.

Fig. 55.

Légende de Marie l’Égyptienne. D’après un vitrail de la cathédrale de Bourges.

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