‹ La Vie des saintsChapitre 123 sur 536 · AVRIL. — LE BIENHEUREUX J.-B. DE LA SALLE · texte numérisé non relu

AVRIL. — LE BIENHEUREUX J.-B. DE LA SALLE

l’entreprise, en reprit la conduite, la soutint d’abord de ses conseils et de son argent, puis réunit les novices dans sa maison, leur dicta un règlement, et fut ainsi amené, par degrés, à fonder un ordre religieux. Cette nouveauté indisposa contre lui la noblesse, sa famille, ses amis

Fig. 58. — Le bienheureux J.-B. Je la Salle. D'après un portrait du temps.

et jusqu’à des ecclésiastiques. On n’épargna rien pour l’en détourner ; mais lui, convaincu de l’utilité de son oeuvre, réussit à la faire recevoir dans la ville même sur deux paroisses (1679), et, en outre, à Guise et à Retliel. Sur l’avis du P. Barré, il donna de plus grandes preuves de son désintéressement : il résigna à un pauvre prêtre le canonicat dont il était pourvu à la cathédrale, sans écouter ni les sollicitations,

ni le sang, qui devaient lui faire préférer un des siens ; il vendit tous

ses biens en faveur des pauvres, et s’abandonna tout entier entre les bras de la Providence (1G84).

La vie que mena dès lors J. -B. de la Salle fut des plus austères : il porta la haire et le cilice, s’habitua, malgré la délicatesse de son estomac, à une vile nourriture, coucha souvent à terre, et passa des nuits entières en oraison. Il allait pauvrement vêtu et n’eut pour tous livres que le Nouveau Testament et l’Imitation de Jésus- Christ. Une de ses plus chères occupations était d’enseigner les novices, afin de les pousser dans les voies de la perfection. Quant aux petits écoliers, on peut dire qu’ils faisaient les délices du saint homme : il s’accommodait à leur caractère, animait leurs jeux, les corrigeait avec douceur et savait mettre ses leçons à leur portée. En même temps il travaillait avec fruit à la conversion des pécheurs, car il avait un talent particulier pour toucher les cœurs les plus endurcis.

En 1685, l’institut était fondé sous le nom de Frères des écoles chrétiennes avec les trois vœux de religion, mais non perpétuels. En dépit des tracasseries et du mauvais vouloir des corps enseignants, nonobstant les nombreux procès qui entravèrent sa marche, il se développa rapidement à Paris et ailleurs : les enfants accouraient en foule à ses écoles, et le peuple, qu’on laissait croupir dans l’ignorance, le prit en affection. Le saint fondateur eut au moins la joie de le voir florissant et respecté avant de mourir de la mort des justes, le 7 avril 1719, à Rouen, dans la maison professe. Grégoire XVI lui accorda, en 1844, le titre de vénérable, et Pie IX a proclamé, en 1873, l’héroïcité de ses vertus.

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