‹ La Vie des saintsChapitre 13 sur 536 · APÔTRE DE LA NOR1QUE · texte numérisé non relu

APÔTRE DE LA NOR1QUE

La mort d’Attila, en 453, jeta le désarroi parmi les peuples barbares qu’avait entraînés sa fortune. Trois d’entre eux, Rugiens, Alemans, Hérules, occupaient la Norique (Bavière et basse Autriche), et étendaient de tous côtés leurs ravages, que les garnisons romaines ne suffisaient plus à réprimer. Des chrétiens effrayés retournaient à l’adoration des idoles.

Au milieu de la confusion générale parut un homme qui, à force de douceur, de persévérance et de fermeté, releva les courages et restaura la religion. On le nommait Sé vérin; ses discours annonçaient une origine latine, et ses habitudes une assez longue expérience des mœurs ascétiques de l’Orient. Venu par la route d’Italie et descendant le Danube, il choisit les environs de Faviana (Vienne) pour y fonder un monastère. Son premier soin fut de s’attacher à vaincre le désordre des esprits et à raffermir la foi, puis à préserver la vie et les biens des populations envahies. Il employait le produit des aumônes au rachat des captifs, à l’entretien des malheureux, à l’insuffisance du commerce ; il s’occupait aussi de la défense militaire. Par ses prudents avis, Lauriacum (Lorch), où il avait rassemblé les débris de l’armée romaine , opposa une vive résistance aux Rugiens , et , quand les assiégés, à bout de forces, n’eurent plus en perspective que la mort ou l’esclavage, il alla trouver le roi, et obtint pour eux la faveur d’être respectés dans leurs personnes et leurs biens. Un autre roi, celui des Alemans, maîtrisé par le spectacle de cette intrépide charité, promit de rendre ses prisonniers et d’épargner le pays. Parmi les barbares qui

s’arrêtaient devant sa porte pour lui demander sa bénédiction, il distingua une fois un jeune Hérule, à qui il dit : « Te voilà vêtu de misérables peaux, mais bientôt tu auras de quoi faire largesse. » C’était Odoacre : devenu maître de l’ Italie, il se souvint de la prédiction du moine, et lui accorda la grâce d’un exilé.

Averti de sa fin prochaine,' Sé vérin manda auprès de lui le roi des Rugiens et sa femme Gisa, fougueuse arienne dont il avait eu souvent à combattre les violences. c( Cessez d’opprimer les justes, leur dit-il , de peur que leur oppression ne soit votre ruine. Je vous supplie en ce moment, où je reviens à mon maître, de vous abstenir du mal et d’honorer votre vie par des actions bienfaisantes. » Et il expira (8 janv. 482).

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