SAINT ATHANASE
DOCTEUR DE L’ÉGLISE
« Louer Atlianase, c’est louer la vertu même. » A cet éloge de saint Grégoire de Nazianze, on peut ajouter que sa parole contribua au triomphe du christianisme encore plus peut-être que la puissance de Constantin, tant il déploya de zèle pour le soutenir, tant ses adversaires firent preuve d’acharnement contre lui.
Né en 290 à Alexandrie, il fut élevé au diaconat par l’évêque Alexandre. Enflammé de la passion qui fait les saints, l’amour de Jésus-Christ, il n’avait pas vingt ans lorsqu’il dirigea contre les païens deux écrits où l’on remarquait une profondeur de pensée et une vigueur de logique peu communes. Souvent il s’arrachait à ses travaux pour aller au désert se retremper dans les conversations de saint Antoine, le grand anachorète. Ce fut sous l’influence de ses avis que la conduite d’Alexandre vis-à-vis d’Arius devint plus énergique. Il l’accompagna au concile de Nicée (325), et eut beaucoup de part aux décisions qui furent prises contre l’audacieux hérétique qui niait la divinité du Yerhe. Elu en 326 au siège d’Alexandrie, quoique absent, il inaugura son épiscopat sous d’heureux auspices. D’un tempérament robuste, auquel des veilles assidues et des jeûnes constants n’enlevaient ni la souplesse ni la force, il trouvait du temps pour tout : il ramenait le bon ordre
2 mai. — SAINT ATHANASE.
dans la ville, parcourait les églises de son diocèse, montait en chaire, ou visitait les malades.
Les ariens, soutenus par Eusèbe de Nicomédie, et qui trouvaient dans la famille même de Constantin des partisans et des appuis, obtinrent l’autorisation de convoquer une assemblée à Tyr. Athanase s’y présenta en compagnie de cinquante évêques d’Afrique, et réfuta sans peine les sottes accusations proposées par ses adversaires. Cela n’empêcha point de le déposer; et l’empereur, qui partageait en partie leurs préventions, le relégua à Trêves (335), faute qu’il répara à ses derniers moments, pour apaiser les remords de sa conscience. De plus rudes épreuves attendaient Athanase à son retour. Constance régnait, et avec lui l’arianisme :
il le déclara déchu du siège d’Alexandrie. Les ariens, infatmablés dans leur haine, le condamnèrent derechef au synode d’Antioche; cent prélats orthodoxes le proclamèrent innocent, et le pape Jules confirma cette déclaration. Athanase continua de résider à Rome jusqu’en 347, où il fut rétabli par un décret du concile de Sardique.
Après que Constance fut devenu maître de tout l’empire, les ariens purent encore une fois s’élever contre le patriarche ; il le condamnèrent dans les conciles de Milan et d’Arles, et, le voyant résolu à ne point leur céder, ils eurent recours à la violence. Pendant qu’il célébrait un office de nuit, des soldats envahirent l’église à main armée, et cherchèrent à s’em-
Fig. 78. — Saint Atlianase.
D’après le Dominiquin. XVIIe siècle.
parer de sa personne. Sauvé de cet horrible attentat par les clercs et les moines qui l’entouraient, il se réfugia au désert (356). On l’y poursuivit, sa tête fut mise à prix, et, par crainte de compromettre les solitaires qui lui avaient donné asile, il s’enfonça plus avant. Caché dans une grotte, connue de son seul serviteur, il vécut ainsi plus de cinq années, qui ne furent pas perdues pour les fidèles, dont il s’occupait, par des écrits nouveaux, de fortifier la croyance. A la mort de Constance (361), il reparut à Alexandrie pour quelques mois seulement; les ariens, unis aux païens, l’en firent chasser de nouveau. Rappelé par Jovien. il subit un quatrième exil sous Valens, gagna le désert et se tint enfermé dans un tombeau de famille (364). Peu après, par une permission tacite, il reprenait ses fonctions pastorales, et ne cessa de les exercer avec son activité accoutumée jusqu’à sa mort, arrivée le 2 mai 373.
Saint Athanase fut un des plus grands hommes de son temps et un oracle de l’Eglise, qui l’a mis au rang de ses docteurs. Doué d’un esprit droit et vif, de sentiments généreux, d’un courage réfléchi, il avait une charité sans bornes et une humilité profonde. On le révérait pour l’austérité de sa vie, on l’aimait pour la douceur de son commerce. Sa foi était simple et noble comme l’Evangile, et son éloquence, naturelle, forte, semée de traits perçants, et allant au but avec une rare précision. Durant près d’un demi-siècle , il lutta contre une ligue formidable d’hérétiques et de courtisans, les confondit et leur échappa toujours, et, grâce à une énergie qui ne connaissait pas le repos, il porta en personne dans la plupart des provinces de l’empire les preuves de sa science, de son zèle et de sa piété.