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SAINT GRÉGOIRE VII

On ne connaît pas à Grégoire VII d’autre nom que celui d’Hildebrand, qui accuse une origine germanique ; il naquit vers 1020 à Soane, bourg toscan, où son père était charpentier. Elevé à Rome dans un couvent de bénédictins, il y prononça ses vœux, s’attacha au vertueux Grégoire VI et suivit en France le pape exilé. En 1047, il alla se ranger parmi les moines de l’abbaye de Cluny, qu’il avait habitée auparavant; l’ascendant qu’il exerçait autour de lui, joint à l’austérité de ses pratiques, le fit élire prieur. Au sein de cette pieuse retraite, il médita le vaste dessein qu’il avait conçu de réformer le « siècle de fer » où il

vivait, et la Providence lui fournit bientôt l’occasion de se mettre à ?

œuvre.

L’empereur Henri III avait usurpé le droit de nommer au saintsiège, et trois papes de son choix s’y étaient succédé à peu d’intervalle. Le dernier, Léon IX , Allemand de naissance, s’arrêta à Cluny en allant en Italie (1049) ; il vit Hildebrand, et subit l’heureuse influence de son génie. A peine arrivé à Rome, il l’appela auprès de lui, le créa cardinal et commença, d’après ses inspirations, le travail de la réforme. Dès ce moment, l’autorité d’ Hildebrand ne fait que grandir : il est le conseil du saint-siège, le chef de toutes les légations importantes, il conduit les négociations avec les princes, il préside des conciles, comme ceux de Lyon et de Tours. En lutte avec un clergé puissant, mais trop souvent simoniaque ou corrompu, il s’appuie sur les ordres monastiques, qui avaient conservé, dans le désarroi universel, le respect de la règle, l’amour de l’étude et la pureté des moeurs; l’ordre de Saint-Benoît lui fournit des champions nombreux et intrépides. Quatre papes furent élus successivement par ses soins, en dépit de l’empereur, des nobles et de certains prélats ligués contre lui. Avec une si grande puissance, maître et seigneur à Rome, et révéré comme tel, il lui aurait été facile de s’asseoir sur la chaire pontificale, s’il l’eût ambitionnée. Il y fut porté d’un mouvement général et soudain ; pendant qu’il présidait aux funérailles d’Alexandre II, le peuple se mit à crier autour de la basilique de Latran : « Hildebrand pape! saint Pierre l’a élu! » et le clergé confirma sur-le-champ le choix du prince des apôtres (23 avril 1073). Couronné malgré ses larmes et ses gémissements, il prit le nom de Grégoire VII, par reconnaissance envers son ancien protecteur.

Affranchir l’Eglise et la réformer, tel fut le double but poursuivi par le nouveau pontife. En d’autres termes, il voulait réintégrer le clergé dans la légitime influence qui lui était due, et, pour y arriver, il fallait affermir son indépendance, en supprimant le droit que s’arrogeaient les pouvoirs laïques de nommer directement aux bénéfices et dignités ecclésiastiques. « A une époque, » dit Cantù, « oîi, selon le droit politique, le chel de l’Etat n’avait de prééminence sur ses vassaux qu’à raison de la supériorité résultant pour lui de l’inféodation, enlever aux seigneurs le droit d’investir les prélats, c’était soustraire entièrement les derniers à leur dépendance, et soumettre au pontife un tiers peut-être des pro-

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